‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 76 sur 589 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Prédication de Jean - Baptiste.

Le peuple, docile à la voix de Jean, rentrait en soiuwme et confessait ses péchés. Ceux que la parole de Jean avait convertis ne se contentaient pas de s’avouer coupables en général , ce qui aurait été superflu , mais ils confessaient leurs péchés en particulier et en détail. Les Juifs, en effet, de même que les Perses et plusieurs autres peuples de l’antiquité, avaient une confession orale semblable à la nôtre, et à laquelle ils attachaient la rémission des péchés. De plus, ils se demandaient mutuellement pardon, comme c’était la coutume, à la fête des Expiations. C’était en ce jour seulement que le grand prêtre faisait au nom d’Israël tout entier une confession générale

sur le bouc émissaire; après quoi le temple et tous les ustensiles qui servaient au culte étaient nettoyés et purifiés. C’était un symbole de la purification des cœurs produite par la pénitence.

La confession ne suffisait pas pour la justification, il fallait encore satisfaire pour les péchés qu’on avait commis; et Jean-Baptiste inculque au peuple qui l’écoute la nécessité de cette satisfaction. Le peuple lui demandant : « Que « devons-nous faire maintenant? » il leur répondit : « Que « celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui « n’en a pas, et qu'il en soit de même pour les aliments. » 11 parlait ainsi afin d’opposer une barrière au luxe des habits, qui, à cette époque, était arrivé à son comble. Les publicains vinrent aussi trouver Jean -Baptiste pour se faire baptiser, et ils lui disaient : « Maître, que devons- « nous faire? » Et il leur répondait : « N’exigez rien au « delà de ce qui est juste. » C'est que l’amour du gain était depuis longtemps le côté faible des Juifs. Mais leur conscience était éveillée par les malheurs du temps, qui étaient tels, que quiconque tenait encore à l’ancienne foi croyait voir approcher le dernier jour. C’est pour cela que les publicains repentants de leurs fautes venaient trouver le prédicateur de la pénitence. Ce lieu, en effet, où passait la grande route quico nduisait en Arabie, était pour eux une station importante, d’autant plus qu’il n’était pas éloigné de la ville de Jéricho.

Les militaires venaient aussi trouver Jean , et lui demandaient ce qu’ils devaient faire. Et il leur répondait : « Ne « faites violence à personne, n’accusez faussement périt sonne , et soyez contents de votre solde. » Ces soldats faisaient partie de la troupe qui gardait l’intérieur du

temple et protégeait l’honneur du sanctuaire , que Pilate allait bientôt profaner. Eux aussi avaient pris part aux désordres et à la corruption de cette époque, et s’étaient rendus coupables sans scrupule de bien des violences, des séditions et des calomnies. Dans ces temps de trouble , le pauvre peuple était opprimé impunément; et l’historien Josèphe nous a dépeint plusieurs fois dans scs livres les injustices, les violences et l’audace des hommes de guerre. Toasces hommes qu’avait attirés la parole de Jean lui demandaient le baptême, et il les baptisait au nom du Messie qui venait; car tous étaient convaincus que le Messie approchait, et beaucoup même prenaient Jean-Baptiste pour le Messie.

Les Juifs avaient trois sacrements : la circoncision , le baptême et les sacrifices, qui figuraient le sacrement de l’autel. La circoncision , ou le baptême de sang . avait été établie pendant la vie d’ Abraham : et cette institution était, à cause de cela, commune à plusieurs autres peuples. Moïse avait établi des sacrifices réguliers; mais le baptême ou la purification par l’eau avait précédé la loi écrite. Lorsque les Juifs, conduits par une colonne de nuages qui marchait devant eux, traversèrent la mer Bouge, ce passage était pour eux comme un baptême symbolique. Et saint Paul lui-même en fait la remarque dans sa première Épitre ani Corinthiens, ch. x, lorsqu’il dit que « tous, après * Moïse , furent baptisés dans le nuage et dans la mer. » La tradition des rabbins qui ont vécu avant Jésus-Christ nous apprend que tous les enfants d’Israël avaient reçu réellement le bain baptismal trois jours avant la promulgation de la loi sur le mont Sinaï. Chaque nouvelle impureté devait être effacée par une ablution de ce genre. Les

Juifs regardaient le paganisme comme une lèpre, et ils lui donnaient même cenom. Dieu punit plus d’une fois de la lèpre les Juifs qui tombaient dans l’idolâtrie; et cette maladie devait, de même que toutes les autres impuretés légales, être purifiée par des ablutions, comme nous le voyons par l’exemple de Nahaman. Aussi tous ceux qui passaient du paganisme au judaïsme étaient soumis au baptême. Tacite lui-même fait mention de ce fait (. Hist ., 5, 5). Ceux qui étaient initiés aux mystères païens, ceux qui chez les Juifs voulaient entrer dans l’ordre des Esséniens devaient être baptisés ou purifiés par une eau consacrée. Et l’on peut même dire que ces ablutions se retrouvent comme symbole dans toutes les religions du paganisme, toutes les fois qu’il est question de sacrifices ou de quelque cérémonie expiatoire.

Le baptême s’administrait du consentement de la curie juive, en présence de deux ou trois témoins; car le témoignage de deux hommes au moins était nécessaire pour attester un fait. Nous retrouvons ces deux témoins dans le baptême de Jean, et ils servaient en même temps à relever de l’eau celui qui avait été baptisé. On l’administrait aux prosélytes mâles quelques jours après la circoncision et lorsque la blessure était guérie. Les femmes et les enfants eux-mêmes étaient baptisés et revêtus de la robe baptismale, comme nous le voyons déjà au temps du patriarche Jacob. (Genèse, xxxv, 2). Car le baptême était un privilège auquel les enfants mineurs pouvaient participer. Les Juifs n’admettaient pas la possibilité de renouveler le baptême. Celui-ci s’administrait régulièrement, non par ablution, mais par immersion, et en cela T Église grecque est restée fidèle aux traditions du judaïsme. Ceux

qui étaient baptisés gardaient quelquefois tous leurs vêtements; et c’est pour cela que le baptême est exprimé souvent dans l’Ancien Testament par ces mots : « laver ses e habits, » comme il l’est dans la nouvelle alliance par ces mots: « revêtir l’homme nouveau. » On n’administoit le baptême ni les jours de sabbat, ni les jours de fêtes, ni pendant la nuit.

Ici, aux jours de Jean , le baptême est encore imposé à tous les prosélytes du christianisme ; et Jean l’administre à tous ceux qui sont disposés à passer de la loi mosaïque à celle du Messie , et prononce sur eux les paroles consacrées: « Je te baptise au nom du Messie qui vient. » Mais lorsque celui-ci se fut montré et eut achevé son œuvre , le baptême préparatoire, conféré au nom de Moïse, c’est-àdire d’après sa loi, ou au nom du Messie, cessa, de même que la circoncision, d’être nécessaire pour les païens qui fc convertissaient au christianisme. Car l’œuvre de Jean n’était qu’une œuvre préparatoire, et il le confessa luimême lorsque le peuple le pressait de se déclarer comme k Messie. Ce n’était point un homme de parti qui cherchait * gagner le peuple pour accomplir ensuite une révolution, nous dit saint Chrysostome; c’est pour cela qu'il congédia ceux qui lui faisaient cette proposition. Ces paroles, dont f Évangile se sert aussi à propos des assemblées du peuple qui se formaient autour de Jésus-Christ, justifient suffisamment le précurseur des accusations du tétrarque Hémde, qui le fit mourir sous prétexte qu’il voulait exciter une sédition.

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