‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 82 sur 589 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Vocation des apôtres.

Plusieurs disciples s’étaient groupés autour de Jean- Baptiste, et attendaient avec de vifs désirs la venue du royaume de Dieu. Les principaux d’entre eux étaient Simon, fils de Jona ou de Jean, et son frère André, et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean. C’étaient des pêcheurs de Galilée, nés, les premiers, à Bethsaïda, et les derniers à Capharsichin. Leur métier les avait souvent amenés sur les rives du Jourdain , où ils avaient des relations d’aflaires avec les pêcheurs de Béthanie. Il parait même qu’à l’époque des grandes fêtes, ils portaient leurs marchandises au marché de Jérusalem. C’est ainsi que Jean l’Évangéliste avait eu occasion d’aller chez Caïphe , pour porter ses poissons à la cuisine du grand prêtre, et qu'il avait connu la portière de la maison, qui à sa prière laissa entrer Pierre dans le vestibule, lorsque Jésus fut amené devant Caïphe. Dans cet endroit du Jourdain où il près de se jeter dans la mer Morte, le fleuve se courbe et forme de nombreuses sinuosités, comme si ses eaux refusaient de se mêler aux eaux salées et sulfureuses de ce ùc. Les poissons aussi, semblant pressentir le sort qui les attend , cherchent à remonter le fleuve : car ceux qu’entraîne son courant meurent aussitôt qu’ils sont tombés dans cet abîme de désolation; de sorte qu’à ce même endroit la pêche est ordinairement très-abondant.*: figure touchante et sensible de ce qui devait arriver dans une région plus élevée, par le ministère de ces mêmes hommes

qui allaient pêcher dans les eaux du Jourdain. N’est-ce pas eux, en effet, qui devaient gagner au royaume de Dieu ceux qu’effraie et fait reculer l’abîme de l’enfer, en les tirant des eaux de cette vie avec le filet de la doctrine céleste.

Ces pêcheurs étaient donc venus dans la contrée où Jean prêchait la pénitence, amenés, soit par leur industrie, soit parla fête des Expiations, qui se célébrait alors: mais un appel supérieur s'était fait entendre en leur âme. Pleins de feu et d’énergie , ils s’étaient bientôt attachés au nouveau prédicateur, et avaient reçu de lui le baptême, en ce même fleuve dont le Christ avait sanctifié les eaux par le contact de son corps sacré. Ils n’avaient pas assisté cependant à son baptême; et c’est par Jean qu’ils apprirent les merveilles qui s’y étaient passées, comme nous le lisons clairement dans l’Évangile de saint Jean. La fête des Expiations avait attiré dans le pays d’autres disciples, tels que Philippe, que nous ne connaissons que par son nom grec, et Théodore ou Nathanaël.

Or , le lendemain du jour où la députation des pharisiens était repartie, Jésus passa par là, revenant du déserl. Jean était sur le rivage du fleuve , accompagné de deux de ses disciples, qui lui servaient de témoins pour le baptême. Il leur dit: « Voici l’Agneau de Dieu. » Cette expression , que le Christ s’appliqua plus tard à soi-même , contient un symbole aussi beau que touchant pour celui qui en étudie sérieusement la signification. En effet, on était à la fête des Expiations, où le bouc émissaire, chargé par le grand prêtre de tous les péchés de la nation , était conduit, sous les yeux du peuple, dans le désert. Or. précisément en ce même temps, le Christ , qui portait le?

péchés du monde entier, était conduit par l’Esprit dans le désert pour y être tenté par le démon.

Depuis les parvis du temple, au rapport des rabbins, jusqu’au désert de Tsoc, dans un espace de douze milles , une cabane était dressée de mille pas en mille pas. Dans chacune de ces cabanes se réunissaient un certain nombre de Juifs, la veille de la fête des Expiations. Celui qui conduisait le bouc émissaire au désert était accompagné jusqu’à la première station par une députation de prêtres et des principaux habitants de la ville. Les Juifs qui se trouvaient à la première station l’accompagnaient jusqu’à la seconde , et ainsi de suite jusqu’à la dixième et dernière cabane. Ceux qui étaient à la dernière station accompagnaient le bouc émissaire l’espace de mille pas; puis celui qui était chargé de le conduire l’emmenait seul jusqu’au désert, séjour des démons. Arrivé là, il lui donnait un grand coup, et le chassait dans l’immense solitude. Cependant, comme le bouc revenait souvent, ce qui était pour le peuple un grand sujet d’angoisse, on prit plus tard le parti de le précipiter du haut d’un rocher qui portait le même nom que le désert; et presque toujours il était brisé et mort avant d’avoir roulé jusqu’au pied du rocher. Plus tard encore, on construisit une rampe ou un arc, sous la forme d’un aqueduc, qui, passant au-dessus delà vallée de Cédron, conduisait au mont des Oliviers : et c’était de là qu’on chassait le bouc émissaire, parce que sans cela, nous disent les rabbins, tous les Juifs voulaient lui jeter des pierres, et l’auraient assommé pendant la route, au milieu des outrages et des malédictions. Il y a dans ce bouc émissaire quelque chose de mystérieux. Le Talmud, en effet, rapporte que, quarante ans avant la

destruction de Jérusalem, c’est-à-dire à partir de la mort de Jésus-Christ, le lien de couleur rouge écarlate qui attachait la tête de cet animal ne devenait plus blanc comme autrefois. C’était un signe que le déicide des Juifs avait consommé leur réprobation.

Dans les premiers temps, lorsqu’on s’en tenait aux anciennes règles, le bouc émissaire était conduit dans le désert, et là on lui donnait la liberté. Les rabbins racontent à ce sujet une multitude de fables. Ils disent , par exemple, que les Sarrasins, ayant pris une fois le bouc, le tuèrent et le mangèrent, et qu’ils attirèrent ainsi sur leur tête tous les péchés dont il était chargé. Mais ordinairement il était dévoré par le diable, en vertu d’un pacte fait entre Dieu et lui, d'après lequel Dieu abandonnait ce bouc au démon à la place d’un pécheur. Le peuple regardait comme un très-mauvais augure que le bouc revînt du désert, ce qui arrivait pourtant quelquefois, et ce qui doit être arrivé bien souvent depuis la mort de Jésus-Christ, si nous en croyons le témoignage des rabbins dont nous avons parlé plus haut. Il en fut de même l’année du baptême de Jésus, au rapport de la voyante de Dulmen. Le bouc, bien reconnaissable à ses cornes parées de divers ornements, revint précisément au moment où Jésus retournait du désert; et ce fut l’objet d’un étonnement général et des conversations de tout le peuple. Et c’est alors que Jean le Précurseur fit remarquer aux deux disciples, et à la multitude qui l’entourait, le Sauveur qui passait, et qu'il leur dit : « Voyez-vous le véritable Agneau de Dieu, qui porte « les péchés du monde? »

Le bouc, animal lascif, consacré à Bacchus, est dans l’ancienne alliance le dépositaire symbolique des péchés

du monde. Daiis les paraboles de Jésus-Christ, il figure les damnés, qui sont à la gauche du juge, pendant que les brebis, représentant les justes, se tiennent à sa droite. Mais l’agneau, qu’Abel immolait déjà sur un autel au Seigneur, le seul animai que Dieu ait créé sans défense et sans armes, a toujours été considéré, dès la plus haute antiquité, comme le symbole de l’innocence : et dans la nouvelle alliance il représente la faute expiée et pardonnée, depuis que Jésus -Christ, l’agneau sans tache,, a pris sur soi et porté sur la croix les péchés du genre humain. C’est pour cela que Jean appelait prophétiquement Jésus F Agneau de Dieu . La vérité et la poésie, fart et la nature s’unissent et s’embrassent dans ces paroles. il n’v a que dans la vie de Jésus que nous voyons de telles choses.

« Les deux disciples, ayant entendu ces paroles de Jean, « suivirent Jésus. Celui-ci se détourna, et voyant qu’ils le

* suivaient, il leur dit : Que cherchez- vous? Ils lui réponds dirent : Maître, où demeurez-vous? ou plutôt où restez o vous? Il leur dit : Venez et voyez. Ils le suivirent donc,

* et virent où il restait, et ils passèrent ce jour avec lui. » Les disciples qui le suivirent étaient Jean et André.

* André alla trouver aussitôt son frère Simon , et lui dit : a Nous avons trouvé le Messie; et il le lui amena. » Lorsque Jésus-Christ le vit, pénétrant dans son àmc avec sa science toute divine, il lui dit: « Tu esSimon, fils de Jean : « dorénavant tu t’appelleras Céphas, c’est-à-dire rocher. » Les noms, dans l’antiquité, sont pleins de signification : ils sont des réalités; de sorte qu’un changement de nom exprime toujours un nouvel état, une nouvelle dignité. Jésus donne à Simon le nom de Pierre ou Rocher , parce

qu’il voulait en faire la pierre fondamentale de son Église, le prince des apôtres et le père des croyants. Aussi, par suite de ce choix , Simon est toujours dans l’Évangile nommé à la tête des apôtres. Sa primauté sur les autres n’est pas exprimée seulement dans l’Écriture, qui, quand elle nomme les douze apôtres , a soin de distinguer Pierre de tous les autres, en disant: Pierre et les apôtres; mais l’antiquité ecclésiastique tout entière reconnaît ses prérogatives. Ainsi, la tradition rapporte que Pierre est le seul des apôtres qui ait été baptisé par Jésus-Christ lui-même, et que c’est lui ensuite qui a baptisé tous les autres. Saint Matthieu (x, 2 ) le nomme aussi expressément le premier. Nous pourrons comprendre toute la force de ce texte , si nous considérons après Origène que chaque mot de l’Écriture, toujours si sobre de paroles, est littéralement vrai et d'une signification aussi profonde qu'étendue.

« Le lendemain, Jésus, voulant aller en Galilée, trouva « Philippe, et lui dit: Suis-moi. Philippe était de Peinte saïda, patrie de Pierre et d’André. » Mais ces deux derniers étaient venus du pays situé au delà du lac , ets’élaienl établis en deçà, à Capharnaüm , pour y exercer leur métier de pêcheurs en société avec Zébédée et ses fils. Si nous tenons compte ici de la coutume ou l’on était de donner aux enfants qui naissaient le nom des princes régnants, nous devons conclure que Philippe était encore jeune à cette époque; car il n’v avait pas encore trente ans que le tétrarque Philippe avait commencé à exercer son pouvoir dans le pays, et établi son siège successivement à Césarée et à Bethsaïda. Comme les deux apôtres choisis les premiers étaient allés trouver Pierre, frère de l’un d’entre eux, ainsi Philippe alla trouver son ami pour l’amener à

Jésus. Nathanaël , fils de Ptolémée, était assis sous des figuiers, et priait comme un vrai Israélite, s’entourant pieusement le corps avec ses téphilin. C’étaient des bandelettes sur lesquelles étaient inscrites certaines prières. On croyait, en les portant, suivre à la lettre ce précepte de Moïse : Lie-toi aux commandements de Dieu. » Le Talmud nous parle souvent de rabbins qui étudient ou prient à l’ombre d'un figuier, comme ici Nathanaël. Il pensait au Messie; et le Messsie l’apercevant de loin, le choisissait pour son disciple. « Philippe alla le trouver, et lui dit : Nous avons » trouvé celui dont Moïse et les prophètes ont écrit. C’est « Jésus, le fils de Joseph de Nazareth. Mais Nathanaël ré- » pondit : Est-ce qu’il peut sortir quelque chose de bon de « Nazareth? » C’était un jeu de mots. Car Nazareth , Nazora, dans saint Jérôme, signifie aussi méprisable. Peutêtre aussi était-ce un proverbe: et c’est probablement dans ce sens que saint Matthieu prend le nom de Nazaréen (ch. n). Nathanaël, que la tradition nous représente comme plus instruit que les autres, considérant le sens mystérieux des mots, fit à Philippe cette réponse : « Peut-il venir quelque

• chose de bon de Nazareth? Philippe lui répondit : Viens, « el vois. Jésus, le voyant venir, dit de lui: Voici un

* vrai Israélite, en qui il n’y a point de fausseté. Nathaa naël étonné lui dit : D’où me connaissez-vous? Jésus lui « dit: Avant que Philippe t’ait parlé, lorsque tu étais « sous le figuier, je t’ai vu. Alors Nathanaël lui répondit : « Maître, vous ôtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d’is- « raël. » Il le reconnaissait comme le Messie : car ces mots: Messie , Fils de Dieu , roi d' Israël , ou Fils de l'homme, avaient le môme sens pour les Juifs. — « Jésus

lui répondit : Parce que je t’ai dit t’avoir vu sous le

« figuier, tu crois déjà. Tu verras des choses bien plus « grandes que celles-ci. En vérité, en vérité, je vous « le dis , vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu « monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. « Et ils continuèrent leur chemin vers la Galilée. Partant de Jéricho , ils passèrent à Bélhel , où l’échelle mystérieuse apparut à Jacob. C’est pour cela que Jésus parla à ses disciples des anges qui devaient monter et descendre audessus du Messie. Il n’y avait, d’ailleurs, que quelques jours que les anges de Dieu étaient descendus dans le désert pour servir le Fils de l’homme, qui avait rétabli le commerce interrompu entre le ciel et la terre. Le figuier esl ici , comme en plusieurs autres endroits, le symbole du peuple juif et de la loi de Moïse. Il ne portait plus aucun fruit, et ne donnait plus d’ombrage : aussi c’est sous un figuier que le Sauveur appelle ses disciples à de nouveaux travaux.

« Jésus retourna en Galilée, poussé par l’Esprit, et le u bruit de sa renommée se répandit devant lui. 11 prêchait « l’Évangile du royaume de Dieu et disait : Le temps e?l u accompli où le royaume de Dieu est proche : faites péni- « tence et croyez à l’Évangile. » (Luc, iv, 14). Comme ils marchaient sur le rivage de la mer de Tibériade, il> rencontrèrent Zébédée avec ses fils, Jacques et Jean. Ils étaient occupés à la pêche et raccommodaient leurs filets dans une barque, aidés par quelques journaliers (3forc, i, 1 9), Les deux fils de Zébédée , abandonnant aussitôt leurs filets et leur père, s’en allèrent avec Jésus. Les Juifs, pour distinguer ce Jacques de Nazareth, l’appelèrent Jacques de Sechania ou de Capharsichin , village situé près de Cann et de Capharnaûm. Sechania était un pauvre petit bouiv tributaire de Jérusalem, ou du temple, et qui fut dans h

guerre des Juifs détruit par ceux-ci, ainsi que Magdala, à cause de son adultère , c'est-à-dire parce que ses habitants étaient devenus chrétiens. Sichin est donc la patrie inconnue jusqu'ici des fils de Zébédée.

Le divin Sauveur appela ensuite ses autres apôtres. 11 en choisit douze, selon le nombre des douze tribus d’Israël. Parmi eux se trouvaient encore, outre les fils de Jouas et de Zébédée, trois frères, fils d'Alphée, d’après la prononciation grecque, ou Clopas, d’après la prononciation rude des Galiléens , qui ne distinguaient point les deux voyelles aleph et hé. La première était comme le sibbolet des Galiléens, qui donnaient à toutes les voyelles un son guttural, comme c'est la coutume chez les peuples des montagnes. Et c'est cette prononciation qui trahit saint Pierre, et fit connaître le pays d'où il était, dès la première parole qu'il prononça pendant qu'il se tenait près du feu dans le portique du grand prêtre. Le dialecte syriaque ne tarda pas à pénétrer parmi le peuple, où il subit diverses altérations et devint plus grossier encore. Les Samaritains, au contraire, se distinguaient des Galiléens, dans leur prononciation, par l'excès opposé : ils ne pouvaient prononcer le sehi, et remplaçaient les sons gutturaux par la voyelle aleph, plus douce et plus facile. Demeurant dans la plaine, ils setaient fait une dialecte uniforme et sans accent, et avaient mélangé peu à peu l’idiome hébraïque d’un grand nombre de mots étrangers. Ces Juifs seuls se vantaient de parler purement leur langue; de sorte que le type primitif, et le caractère particulier de chacune des trois branches dont se composait la nation juive, se manifestaient dans leur langage et leur prononciation.

Clopas était frère de saint Joseph , au rapport d'Hégé-

sippe, cité par Eusèbe : c’est pour cela que les trois disciples dont nous venons de parler s’appelaient aussi les frères de Jésus, d’autant plus qu’il avait été élevé avec eux à Nazareth. Le premier est Jacques appelé le Mineur, c’est-à-dire le petit ou le jeune, pour le distinguer de Jacques le Majeur, fils de Zébédée. Peut-être ce nom lui avait-il été donné à cause de sa petite taille, comme il arriva plus tard pour Pépin le Bref ou Denvs le Petit. Mais il porte encore le nom de Juste. C’élait en effet le plus austère des disciples de Jésus. Hégésippe, cité par Eusèbe (2, 23), raconte de lui, entre autres choses, qu’il ne mangea jamais de chair ni de pain , et ne but jamais de vin, qu’il ne se servit jamais d'huile, que jamais il ne se rasa les cheveux ni la barbe; en un mot, que, semblable au Précurseur, il menait la vie d’un nazaréen fidèle à son vœu, et qu’il ne vivait, comme le dit saint Augustin (in Faust. , 20 ) que de graines et d’herbages. Judas Alphée est aussi appelé Lebbeus. Selon Pline (5, 1 9), Lebbe est une petite ville de Galilée, située à l’ouest au bord de la mer . dans le voisinage du mont Carmel. Mais ici ce nom doit être synonyme de celui de Thaddée, qu’on lui attribue ordinairement, et qui signifie homme de cœur, homme de zèle. Simon enfin est aussi nommé le Zélateur, probablement parce qu’il avait été le disciple de Judas le Gaulonite , fameux chef de parti, fondateur de la secte des zélateurs , qui tomba plus tard dans un si grand discrédit.

Les zélateurs, imitant en cela les pharisiens, qui s’étaient révoltés à l’époque de la naissance du Christ , se soulevèrent aussi la septième année de notre ère, à l’occasion du nouveau recensement entrepris sous Cyrinus. C’étaient les piétistes de ce temps-là : ils avaient beaucoup

d’affinité avec la secte des essénicns. Ils 11e reconnaissaient aucun roi terrestre, niais prétendaient n’avoir de maître qu’au ciel. Ils finirent par prendre les armes, et par se révolter ouvertement : d'où leur vint le nom de sicaires ou d’assassins, et ce sont eux en grande partie qui attirèrent par leurs révoltes la ruine de Jérusalem. Comme les Juifs, dans leurs idées étroites, ne comprenaient pas qnon put s’attacher à d’autres sectes que celles qu’ils avaient connues jusqu’alors, ils rangeaient Jésus-Christ et >es disciples parmi les zélateurs enthousiastes, ne pouvant les classer ni parmi les sadducéens, ni parmi les hérodiens. Lorsque, par exemple , les collecteurs des impôts demandaient aux apôtres : « Votre maître ne paie-t-il pas « aussi la drachme? » c’était parce qu’ils soupçonnaient qoe Jésus était du parti de Judas le Galiléen, qui se tenait dans ces contrées, et qui refusait de payer aux Romains l'impôt du temple. Et lorsque, dans uneautre circonstance, les hérodiens, poussés par les pharisiens , demandent perfidement à Jésus s’il est permis de payer l’impôt à César , ils voulaient le perdre de réputation, en le faisant passer pour un zélateur. Cette méprise sur les intentions et sur la mission de Jésus -Christ, volontaire en sa source parce qu’elle était l’efTet de la haine et de la mauvaise foi, nous ® retrouvons dans toute la vie du Sauveur, depuis sa fuite en Égy pte, lors de la révolte des Juifs contre les Rotins, jusqu’à sa passion , où ses ennemis l’accusèrent faussement devant Pilate d’être un séditieux , et le firent condamner à mort, parce que le peuple de Galilée avait 'oolu en faire son roi. Et plus tard, lorsque Paul, étant vef>u à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte , fut pris dans une sédition et jeté dans une prison, on le regarda

aussi comme un zélateur ou un sicaire (Actes, xxi, 38). El nous avons vu plus haut que le nom de nazaréen comportait cette signification. Au reste, saint Paul s’appelle lui-même zélateur , mais dans le bon sens de ce mol , et l’apôtre Simon peut bien avoir reçu ce nom à cause de son zèle pour la gloire de Dieu. Jésus -Christ lui-même pouvait s'appeler en ce sens un zélateur, lui qui était tellement dévoré du zèle du Seigneur, qu'il chassa impitoyablement du lemple les marchands qui le profanaient.

Dans les bibles allemandes, on lit en saint Matth., (x, 4) et en saint Marc (ni, 18) : Simon deCana ou Simon le Cananéen. C’est une erreur; car les trois derniers apôtres étaient frères (Marc, vi, 3) et nés à Nazareth, d’où le Seigneur les avait pris avec lui. Mais le mot Cananéen veut dire ici, comme nous l’avons vu déjà, zélateur. 11 y avait un quatrième frère, ou un autre fils de Marie Cléophas , qui s’appelait Joseph ou José ; mais il parait qu’il était encore mineur à celte époque. C'est ce Joseph, surnommé Barsabas, qui, aussitôt après la mort de Jésus, fut propose avec Matthias aux apôtres pour remplir daus le collège apostolique la place devenue vacante par la mort du traître Judas. Comme son frère Jacques, et comme Joseph, père nourricier de Jésus ( Matth. , i, 19), il porta aussi le surnom de Juste (Actes, i, 23). La justice était comme le caractère distinctif de cette noble famille. Le nom de Barsabas paraît aussi lui avoir été familier : car ce nom est attribué à Judas Thaddée, aux Actes des apôtres (ch. xv, 22). Ce mot dans sa signification intime veut dire fils de la Sagesse ou fils de la vieillesse , de sorte que Jésus, en choisissant ses trois frères pour apôtres, n’agit

point par un sentiment de prédilection pour sa famille , mais par la connaissance qu’il avait de leurs vertus.

Il choisit encore Thomas ou, selon le grec Didvme, cest-à-dire le jumeau ; mais nous ne connaissons point son frère. Sa patrie nous est inconnue également. Nous avons cependant des raisons de penser qu’il habitait une des villes qui étaient situées près du lac de Génésarelh, où les Hébreux vivaient mêlés avec les Grecs, et portaient à cause de cela un double nom. Nous pouvons le conclure plus probablement encore de sa fuite en Galilée, après la mort du Christ, et de la part qu’il prit à la dernière pèche racontée par saint Jean (xx, 24 — xxi, 2). Car les apôtres étaient tous Galiléens (Actes, i, 1 1 — u, 1 ), à l’exception d Iscariote, qui était Juif. Celui-ci fut choisi le dernier, et portait la bourse. Or le juif vendit son maître et trahit son Sauveur.

Les Juifs donnent à Jésus cinq disciples : Matthée, sous le nom duquel ils possédaient un évangile hébraïque , Naquée, peut-être Jacques le Majeur, qui était très-renommé parmi eux comme thaumaturge, et qu’ils firent mourir ensuite à Jérusalem par le glaive; Nezer, l’autre Jacques de Nazareth, premier évêque de Jérusalem, qu’ils lapidèrent ; Bonéc ou Nicodèmc, et enfin Thoda, ou Judas Thaddée, qui leur écrivit aussi une épitre. L’altération de leurs noms est probablement l’effet de quelque théorie cabalistique. Au reste, les Juifs prétendent que ces cinq apôtres ont été condamnés à mort.

Page 1