‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 83 sur 589 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Jésus fuit hors de sa patrie.

Jésus, après avoir rassemblé autour de lui les prémices de ses apôtres (c’est ainsi qu'il les nomme lorsqu’il les envoie dans la Judée), quitta la Galilée, qu’il avait choisie pour être le premier théâtre de sa vie publique, et se rendit avec ses nouveaux disciples à Nazareth, où il avait été élevé, et où il avait passé sa jeunesse. C’est là qu’il commença à prêcher comme Messie l'Évangile du royaume de

Dieu, dans la synagogue, un jour de sabbat. Peut-être , comme membre de la commune, avait-il été déjà nomme lecteur, ou même interprète; car il avait coutume de visiter la synagogue tous les jours de sabbat. Ou bien peutêtre le chazan, ou président spirituel, l’en gagea-t-il à faire une lecture accompagnée de quelques paroles d'édification, parce que c’était la première fois qu’il paraissait comme docteur en Israël. Ou peut-être enfin prit-il la parole de lui-même, en sa qualité de Messie. Bref, le ministre de l’église gardien des livres sacrés lui présenta le livre du prophète Isaïe, où devait se faire la lecture ce jour-là, et le Sauveur ouvrit le livre à l’endroit où il est écrit, etc. Il se leva pour lire, puis rendit le livre et sc rassit. On ne devait jamais lire assis, ni expliquer la leçon debout. On ne devait jamais lire moins de 21 versets des prophètes; et ce qu’on avaitlu servait ensuite de texte pour le discours. Il y avait cependant une exception pour les jours de sabbat, à cause des nombreux exercices qui se succédaient alors; et l’on se contentait de lire de 3 à 7 ver-

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sets. Jésus-Christ observa exactement ces deux prescriptions . comme nous le voyons par le rapport de saint Luc (rv, 16).

Depuis la captivité de Babvlone on lisait la Bible tous les jours de sabbat, dans la synagogue des Juifs, d’après le texte hébreu primitif. Mais comme cette langue n’était plus comprise du peuple depuis longtemps, on traduisait le texte, verset par verset, en langue syriaque : c'était la langue usuelle du pays. Cette pratique était encore observée, au temps des apôtres , par les Juifs convertis au christianisme, quoique beaucoup eussent entre les mains le texte grec de la Bible. Au reste, il est remarquable que les rabbins eux -mêmes voyaient avec peine qu’on mit la Bible entre les mains de tous indistinctement. Bien plus il est écrit que Gamaliel, maître de saint Paul, se tenant un jour sur la montagne où était bâti le temple, on lui présenta dans un livre sa propre traduction de Job, et qu’il ordonna d’enfouir le livre dans la boue, pour qu’il pourrit et que la sainte Écriture ne fut pas profanée en étant lue publiquement dans une autre langue. Ceci prouve combien «t peu fondée l’opinion de plusieurs Pères de l'Église, que Socrate et Platon avaient connu la Bible.

Le divin docteur et ses apôtres parlaient donc et enseignaient en langue syrio-chaldéennc ou araméenne, qui était, depuis la captivité de Babylonc, la langue qu’on parlait dans le pays. Et l’évangéliste saint Marc nous a conservé, d’après les souvenirs de saint Pierre, plusieurs mots de Jésus dans cette langue. Un grand nombre de lieux en Palestine portaient aussi des noms syriens, comme Akeldama, Bethesda. Us parlaient aussi la langue grecque dès leur enfance, quoique Eusèbe ( Démonstr . étang., 1. tu.

p. 73 et 88) prétende que les apôtres ne savaient que le syriaque. Bien plus, la Décapole était composée de villes grecques. Scvthopolis , Philadelphie, Gérasa , Hippos, Pella, etc., étaient des villes grecques situées dans la Judée orientale. Les côtes syriennes , phéniciennes et juives étaient partout, depuis la domination des Macédoniens, semées de villes grecques en tout ou en partie; et môme dans l'intérieur de la Judée, de la Samarie, et dans toute la Galilée, la population était composée en grande partie de Grecs, comme à Néapolis ou Sichem. Aussi Notre-Seigneur, dans ses voyages et dans ses entretiens avec les Hellénistes, comme s’appelaient alors les Juifs parlant grec, se servait de la langue grecque comme d’une autre langue maternelle. Et les Juifs disaient à ce propos, et non sans raison, que Japhet était entré dans les lentes de Sem. Les apôtres et les évangélistes sans distinction écrivaient aussi en grec. Le texte primitif, quoiqu’il fût inintelligible pour le plus grand nombre, était cependant toujours tenu en grand honneur, et l’on continuait de le lire- dans la synagogue ; mais l’interprétation devait se faire en langue vulgaire. Cet ordre dura près de deux siècles, depuis la fin du règne d’Antiochus, qui avait défendu de lire la Bible; mais, dès qu’il cessa de régner, on ne tint plus compte de sa défense. D’après l’ancien ordre de la synagogue, c’était d’abord aux prêtres qu’il appartenait de lire dans la Bible , puis aux lévites, quand il y en avait de présents, puis aux cinq anciens de la commune que le président de la synagogue appelait, selon leur i*ang, les jours de sabbat. Pour lui, il ne faisait jamais delectures. L’interprétation de l’Écriture ne pouvait être faile que par un docteur juif ou par un maitre en Israël.

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