FUITE DE JÉSUS
L'assemblée tout entière était dans l’attente, lorsque Jésus entra pour la première fois comme docteur de la loi. Tous les yeux dans la synagogue étaient fixés sur lui. Et il leur annonça le grand sabbat de la Rédemption ; car les dix semaines jubilaires de la prophétie de Daniel, au bout desquelles devaient être accomplies les promesses, touchaient à leur fin, et l'an de grâce du Seigneur était arrivé. « L’esprit du Très-Haut fut sur lui, du Très-Haut, qui « l'avait oint pour annoncer aux pauvres l’Évangile, qui « l’avait envoyé pour guérir les blessés; et il annonça aux « captifs la délivrance, aux aveugles la lumière, la liberté « aux opprimés, et il appela le grand jour de la rétribu- « lion. Et il dit : Tout cela s’est accompli aujourd’hui devant « vos yeux. Tous l'applaudirent, admirant les belles pa- * rôles qui sortaient de sa bouche et se demandant :
« S’est-ce pas là le fils de Joseph? »
Les Juifs gardaient alors, comme ils le font encore aujourd’hui dans la synagogue, la tète couverte, et portaient probablement sur eux le thalith : c’était une espèce de drap dont ils se couvraient pendant qu’ils faisaient leurs prières. Les femmes avaient aussi la tête couverte, et étaient enveloppées dans un long voile. C’est l’apôtre saint Paul qui a introduit pour les hommes la coutume de se découvrir la tête dans l’église (Jre JÉp. aux Cor., ch. xi). Nous avons vu plus haut comme les Juifs racontent que Jésus, étant entré un jour pendant sa jeunesse dans la synagogae la tête découverte, en avait été repris par H illel Scbammée. D’après celte légende, le Christ serait le premier qui aurait donné à la maison de Dieu ce témoignage de respect. Notre-Seigneur, se posant devant la synagogue comme le vrai Messie, se mit à reprendre les habitants de
Nazareth, leur annonçant que les païens seraient choisis à leur place, s’ils se rendaient indignes de la faveur de Dieu. II leur parla des jours d’Élie, où une veuve seulement fut visitée de Dieu, et des jours d’Elisée, et du petit nombre de ceux qui furent purifiés et justifiés à cette époque. Or dans les destinées de ces deux prophètes étaient représentées prophétiquement les siennes. Les Nazaréens, entendant ces choses, furent enflammés de colère dans la synagogue; ils n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles de recevoir de tels reproches d'un homme qui était leur compatriote et le fils d’un charpentier. Mais il leur dit :
« En vérité, aucun prophète n’est accueilli dans son pays.» Ils se levèrent alors, et l’arrachant de la chaire, ils le jetèrent dehors, et le traînèrent jusqu’au sommet de la montagne, où leur ville était bâtie, pour le précipiter eu bas.
Dans la vie de Jésus se reflète, comme dans un miroir, l’avenir de toute son Église. Ainsi ce qui se passa à Nazareth relativement à la personne de Jésus -Christ, s’accomplit encore tous les jours à l’égard des vrais prédicateurs de la parole divine. Tant qu’ils ne touchent que légèrement les plaies de leur époque, ou qu’ils n’y appliquent que le baume d’une morale douce et facile, ils recueillent une ample moisson d’éloges. Mais, si , fidèles à leur vocation , ils essaient d’opposer à l’incrédulité l'inaltérable pureté du dogme, et aux vices du temps les vertus du siècle passé, on les arrache de leur chaire et on les envoie en exil. Tous peuvent trouver ici un sujet de consolation en contemplant le sort de leur maître.
Les habitants de Nazareth, dans leur fureur, traînent Jésus sur le sommet de la montagne pour le jeter de là