CHAPITRE XV
Le sourd-muet. — Le Christ et Beclzcbul.
« On lui amena un sourd-muet qui était possédé, et « 011 le pria de lui imposer les mains. Et il le prit à part, « en le tirant de la foule, lui mit les doigts dans les « oreilles , toucha sa langue avec de la salive , leva les « yeux vers le ciel, soupira et lui dit: Ephphata, c’est- « dire ouvre-toi. Et ses oreilles s’ouvrirent aussitôt; sa « langue fut déliée , et il parla distinctement. Ceux qui c< étaient présents étaient dans la stupeur, et toute la foule « du peuple était dans l’étonnement que le diable eût été « chassé de cet homme, et ils disaient : N’est-ce pas là le « fils de David (c’est-à-dire le Messie)? On n’a encore « rien vu de tel en Israël. Il leur défendit, il est vrai , de « le dire à personne : mais plus il le leur défendait, plus « ils le divulguaient. Et ils étaient dans une grande admia ration , et disaient : Il a bien fait toutes choses : il a fait « entendre les sourds et parler les muets. » Bientôt aussi, ceux dont l’oreille n’avait jamais encore entendu la loi de Dieu, dont la bouche n’avait jamais annoncé vraiment ses louanges, devaient voir tomber leurs liens. Bientôt ils allaient entendre la parole de l’Évangile ; leur langue allait parler et l’esprit malin allait les quitter.
« Les pharisiens et les docteurs de la loi qui étaient a venus de Jérusalem, témoins de celte jubilation du « peuple, disaient : Il a Beelzebul, et il chasse les démons « par le prince des démons. Mais Jésus, qui savait leurs « pensées , les appela, et leur dit en parabole : Comment
LA VIE DE N.-S. JEiüLS-CHRlST.
« un démon peuUil en chasser un autre? Tout royaume « divisé en soi-même est détruit; et toute maison divisée « contre elle-même ne peut subsister, mais s’écroule. Si « donc un démon en chasse un autre , il n’est plus d’ac- « cord avec soi-même; il est divisé par la sédition, et M par conséquent c’en est fait de lui ; car comment son « royaume pourrait- il subsister? Et pourtant vous dites tt que je chasse les démons par Beelzebul. Mais si je chasse a les démons par Beelzebul, par qui vos disciples les « chassent - ils donc? » Le mot grec employé par les évangélistes saint Matthieu et saint Luc signifie également enfant et disciple, « Ceux-ci seront donc vos juges. Mais « si je chasse les démons par l’esprit de Dieu, le royaume « de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous. »
Notre-Seigneur veut nous faire comprendre par ces paroles que le démon n'est pas assez maladroit pour se méprendre sur ses véritables intérêts jusqu’au point de travailler contre soi-même. C’était là un argument sans réplique : mais les pharisiens s’inquiétaient peu de sc mettre en contradiction avec eux-mêmes, pourvu qu’ils pussent affaiblir la confiance que le peuple avait en Jésus- Christ. Notre-Seigneur, dans les paroles qui suivent, expose admirablement la nature du pouvoir qu’il exerce, lui et ses disciples, sur les puissances infernales, et les effets qui en résultent.
« Loi^qu’un homme fort et armé garde sa maison, ce « qu’il a est en sûreté. Or comment quelqu’un peut- il « entrer dans la maison d’un homme fort, et lui prendre « son mobilier, s’il ne le lie auparavant? Ce n’est qu’après « cela qu'il peut piller sa maison. Mais s’il en vient un « autre plus fort que lui , qui remporte sur lui la victoire.