JEAN DANS SA PRISON
rochers avançant en saillies au-dessus de l’abîme et entourés de murs. Aux angles étaient placées des tours hautes de soixante coudées ; et c’est dans l’une de ces tours que Jean-Baptiste était enfermé. Sur la place, au milieu de la citadelle, s’élevait un magnifique château : c’est là que le létrarque se tenait avec son état-major pendant que la guerre le forçait à rester dans ces contrées. Dans ce palais était une vieille tige de rue d’une telle hauteur que Josèphe a cru devoir en faire mention. Au fond du vallon croissait une racine magique nommée Baaras, dont on racontait des effets merveilleux. Telle était cette forteresse de Machère, qui s’élevait elle-même comme un donjon de l’enfer dans cette vallée, longue de soixante stades, et d’où l’on apercevait la mer Morte à une distance de trois lieues et demie. Cependant Jean -Baptiste, du fond de son cachot, entendit encore parler des
actions merveilleuses de Notre - Seigneur Jésus -Christ.
« Alors Jean fit venir deux de ses disciples, les envoyà « à Jésus pour lui dire : Êtes- vous celui qui doit venir, a ou devons- nous en attendre un autre? Ces envoyés « arrivèrent au moment où Jésus guérissait beaucoup « de maladies et d’infirmités; et il leur dit : Allez annon- « cer à Jean : Les aveugles voient, les boiteux marchent, « les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts tt ressuscitent, et l’Évangile est annoncé aux pauvres; a et heureux est celui qui ne se scandalise point de moi.» Jean en avait appelé à Isaïe lorsqu’il avait répondu aux envoyés du grand conseil : « Je suis la voix de celui qui « crie dans le désert : Préparez la voix du Seigneur. » (xxxx, 3.) Il en avait appelé au même prophète (lui) lorsqu’il avait appelé Jésus l’agneau de Dieu qui porte les péchés
du monde. Aujourd’hui le Sauveur à son lour le renvoie à Isaïe disant (xxxv, 5) ; « Alors s’ouvriront les yeux « des aveugles et les oreilles des sourds ; la langue des « muets se déliera, etc. » Et au chapitre xlii : « Voici « comment vous reconnaîtrez mon bien -aimé en qui « j’ai mis ma complaisance. Je lui ai donné mon es- « prit, non pour qu’il suscite des troubles, mais pour « qu’il guérisse les aveugles, et les mène dans le droit « chemin, qu’ils ne connaissaient pas auparavant, et qu’il « tire de leur prison ceux qui sont assis dans l’ombre de « la mort. » Notre -Seigneur fait par là comprendre à Jean qu’en lui s’étaient accomplies toutes ces choses. Il voulait aussi lui donner à entendre qu’il était venu pour délivrer les pécheurs des liens du péché , mais non tirer de leur prison ceux qui souffraient pour la justice , et que lui -même, du fond de son cachot, pouvait lire sa destinée dans les oracles des prophètes. Toutefois, cés paroles de Notre-Seigneur étaient moins encore un reproche pour Jean-Baptiste qu’une reconnaissance honorable de sa haute mission et un encouragement à ne pas se laisser abattre par l’adversité. Elles étaient en effet pour lui un témoignage qu’il n’avait pas travaillé en vain en préparant les voies à Jésus-Christ, dont la mission produisait de tels fruits.
« Comme les envovés de Jean s’en allaient , Jésus dit
« au peuple : En vérité, je vous le dis, entre tous ceux «.qui sont nés d’une femme, il ne s’est encore montré « personne plus grand que Jean -Baptiste; et cependant le « plus petit dans le royaume du ciel est encore plus grand « que lui. Mais depuis les jours de Jean -Baptiste jusqu’à « ceux-ci le royaume de Dieu souffre violence*, et les vio- « lents seuls le ravissent. » Si Notre-Seigneur Jésus-Christ,