LA VIE DE N. S. JÉSUSCHRIST. CH. CV
cependant, ô malice du cœur humain! ce n'est ni un ennemi ni un étranger^ c'est Judas, ce disciple^ cet intime ami^ qui le trahit^ qui le livre; qui le vole premièremenl, et après le vend lui-même pour un vil intérêt: tant l'amitié, tant la confiance est faible contre l'intérêt. C'est toujours Fintérèt qui fait les flatteurs ; et c'est pourquoi ce même Judas^ que le démon de l'intérêt possède, s'abandonne par la même raison à celui de la flatterie. Il salue Jésus, et il le trahit; il l'appelle son Maître, et il le vend, il lui donne un baiser, et il le livre à ses ennemis. Qui ne te haïrait, ô flatterie, corruptrice de la vie humaine, avec tes embrassements et tes baisers empoisonnés, puisque c'est toi qui livres le divin Sauveur entre les mainsdeses ennemis implacables! Voilà ce que sout les amis corrompus. Voyons ce qu'il faut attendre de ceux qui semblent les plus assurés : faiblesse, méconnaissance, secours en paroles, abandonnement en effet; c'est ce qu'a éprouvé le divin Jésus. Au premier bruit de sa prise, tous ses disciples le quittent par une fuite honteuse. cour, à qui je prêche cet Évangile, ne te reconnais-tu pas toi-même dans celte histoire? Aussitôt qu'il arrive le moindre embarras, tout fuit, tout s'alarme, tout est étonné; ou l'on garde tout au plus un certain dehors, afin de soutenir quelque appa* rence d'amitié trompeuse, ou quelque dignité d'un nom si saint. Et lors même que cette faible amitié ne s'est point démentie dès le premier moment, son zèle aveugle pour nous aider ne sert souvent qu'à nous accabler davantage. Pierre entreprend d'assister son Maître, et il met la main à l'épée... Que faites- vous, disciple inconsidéré? vous frappez les ministres de la justice, et faites peser de nouveaux soupçons sur ce Maître innocent qu'on traite déjà de séditieux! (Bosscet.)
1. Jésus parlait encore^ lorsque Judas Iscariote , l'un des douze, arriva conduisant une cohorte, et des satellites envoyés par les pontifes, les Scribesy les Pharisiens et les anciens du peuple avec des lanternes, des torches, des armes et des bâtons. — Contemi)lons un instant le Sauveur à la lueur des torches sinistres qui éclairent le jardin de Géthsémani, et voyons si sa conduite est bien celle qui convient à un Dieu. D'abord, que pensez-vous de celle douceur inaltérable et de cotte palience infinie qui reçoit ainsi le baiser du plus infâme des traîtres? de celte miséricorde incompréhensible qui s'atlendril sur le criminel au moment même où il consomme son attentat? Au lieu de s'indigner et de foudroyer cet apôtre pervers et hypocrite, le Sauveur songe encore à faire impressiou sur son cœur, à réveiller en lui le remords