Et étant sorti, il pleura amèrement
18. Lorsque le jour parut, les anciens du peuple et les Princes des prêtres et les Scribes s'assemblèrent pour faire mourir Jésus ^; et l'ayant fait amener devant eux dans leur Conseil, ils lui dirent: Si vous êtes le Christ, dites-le-nous.
19. 11 leur répondit: Si je vous le dis, vous ne me croirez point;
20. El si je vous interroge *, vous ne me répondrez point, et vous ne me renverrez point.
21 . Or , désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu.
22. Alors tous lui dirent : Vous êtes donc Fils de Dieu? Il répondit: Vous le dites, je le suis.
des Princes des prêtres, continua tonte la nuit dans la cour, où étaient les soldats et les satellites des JuiTs.
' f 18. Comme lears pieds sont agiles pour aller répandre le sang 1 Dès la première heure du jour, ils sont déjà tous rassemblés dans la salle du Conseil.
* f SO. De manière à vous forcer d'avouer vous-mêmes mon innocence*
At ilU dixerunl : Qnid «dhùc de»ider«inm lestimon !ain ? ipai enirn «adi- ▼imu« de or« ejos.
Et mrgens omnis maliilndo coruiD , Tioclum adduxerunt vam, el tra« diderunl Fonlio Pilalo prsftidi*
Ttanc Ttdens JatUi , qui eam tradidit i qudd damoalus eieel, pœnilentià duclns, relulil tri-
ÊinU argeuleos Priucipias, el aenioribus,
Diccns t Peccarî , tradens Mnguinem juslam.
Ât illi dixernnl : Qatd ad DM? la Tideris.
El projeclis «genteU in trmplo , rcceisii j et •biens, l«q«eo m supeDdiU
LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. cvil.
23. Et ils dirent: Qu'avons-nous encore besoin de témoignage? nous l'avons nousmêmes entendu de sa bouche,
24. Et tous en foule se levant, ils lièrent Jésus, l'emmenèrent de la maison de Caïphe, et le livrèrent au gouverneur Ponce-Pilate.
25. Alors, Judas, le traître, voyant que Jésus était condamné, se repentit et reporta les trente pièces d'argent aux Princes des prêtres et aux anciens ,
26. En leur disant : J'ai péché en livrant le sang innocent*. Mais ils lui dirent : Que nous importe ^? c'est votre affaire.
27. Sur quoi, ayant jeté l'argent dans le temple, il se relira, et , s'en allant, il prit une corde et se pendit *.
f 26. Ce repentir D'est pasane vraie pénitence; ce sont les remords d'an criminel qui ne peut plus se supporter lui-même. Judas voit son cri me et le supplice qu'il mérite, il en a horreur» il 8*en repent, il en failnn aveu public, il restitue l'argent qui en a été le fruit ; mais il n'est pas pénitent, parce qoe, dans son repentir, il n'a point recours avec une liumble confiance A la divine miséricorde, et qu'il n'est point animé du désir de rentrer dans l'état do justice d'oà le péché l'a précipité.
* f 26. 11 leur importait beaucoup; car Judas n'était que leur complice et eux étaient les premiers coupables.
* f 27. Et après qu'il se fat pendu, son corps se dédiira par le miliej» et toutes ses entrailles se répandirent. (AciEft.)
i. Pierre le renia devant tous , disant : Femme ^ je ne connais point cet hommes je ne sais pas ce que vous voulez dire. — Vraiment le sage a raiscm de dire : Bienbenrem l'homme qui est toujours en crainte, qui se craint toujours lui-même. Si saint Pierre eût eu celte crainte^ il n'aurait pas suivi Jésus dans la maison de Caïphe : car personne ne le lui afvaît ordoBué^ et rien ne loi commandait ceHe ac-
CH. cvil. LA VIE DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 295
tion téméraire ^ si ce n'était sa présomption. Il aurait craint^ il aurait prié, sa foi se serait fortifiée... mais il va, croyant tout pouvoir; il s'expose volontairement à un péril trop grand pour sa faiblesse : son zèle le trompe , son amour le trompe, sa propre vertu lui devient un piégeetle jette dans la présomption... Pauvre cœur humain, viens f instruire par l'exemple d'un si grand apôtre. Il présume, il s'engage, il renie; une servante fait trembler cet intrépide qui se vantait de ne rien craindre. Ce n'est pas assez , pour rompre Tenchantement de son amour-propre, de renier une fois : il faut qu'il renie jusqu'à trois, et encore avec jurement, avec blasphème, avec exécration !..,
(BOSSUET
8. Pierre le rma derechef avec serment et dit: Mon ami, je n'en suis point, je ne connais point cet homme. ~- Il ne le connaît plus l il alTecte d'ignorer jusqu'au nom de son divin Maître ! lâche disci pie ! Mais c'est ce Jésus qui de pêcheur de poissons vous avait fait devenir pêcheur d'hommes, et qui vous avait établi le chef et le principal ministre de son Église; mais c'est ce Fils du Dieu vivant, que vous aviez si généreusement confessé et pour qui vous aviez tant de fois protesté que vous étiez prêt à mourir; mais c'est ce même Jésus qui vous soutenait sur les flots; à qui les vents et la mer obéissaient, et que vous avez vu sur le Thabor, environné de tant de gloire et d'immortalité. Vous ne le connaissez plus ! Mais enfin c'est le Christ à qui tous les prophètes ont rendu témoignage ; cet Agneau de Dieu que Jean-Baptiste vous a montré, que tous les sacrifices avaient figuré, que tous vos pères avaient demandé; que les hommes appelaient, il n'y a qu'un moment, les ans Ëlie, les autres Jean-Ba[)tisie, ou quelqu'un d'entre les prophètes; «t que vous aviez reconnu vous-même pour le Fils et l'envoyé de Dieu^ qui seul avait les paroles de la vie éternelle. 11 ne le connaît plus! il oublie ses bienfaits, ses miracles, sa doctrine 1 Jusqu'où le respect hu* main n'aveugle-t-il pas un cœur faible et timide I (Massillon.)
14. Alors Pierre se mit à jurer avec des imprécations horribles f quUl ne connaissait point cet homme. — Voici, si je ne me trompe, Id dernier coup qu'on peut recevoir d^une amitié chancelante : un grand zèle mal soutenu et un commencement de constance qui tombe dans la suite tout à coup , et nous accable plus cruellement que si Ton nous quittait au premier abord; le même Pierre en est un exemple. Qu'il est ferme I quil est intrépide! il veut mourir pour son Maître; il n'est pas capable de l'abandonner; il le suit au commencement; mais^ 6
296 LÀ VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. crn»
fidélité commencée qui ne sert qu'à percer le cœur de Jésus par un reniement plus cruel, par une perfidie plus criminelle ! Ah ! que Tamitié de la créature est trompeuse dans ses a|)parences, corrompue dans ses flatteries, amère dans ses changements, accablante dans ses secours à contre-temps, et dans ses commencements de constance qui rendent l'infidélité plus insupportable! Jésus-Christ supporte toutes ces misères, pour nous faire haïr tant de crimes que nous fait faire ramîlié des hommes, par nos aveugles complaisances» Haïssons-les, chrétiens, ces crimes; et n'ayons ni d'amitié ni de confiance , dont Dieu ne soit lô motif, dont la charité ne soit le principe. (Bossubt.)
14. Aussitôt Pierre se mit à jurer avec aes imprécations horribles, qu'il ne connaissait point cet homme. — profondeur, ô abîme des conseils de Dieu ! Pierre, tout éclairé qu'il était d'en haut, n'était pas encore inébranlable ; c'était la pierre sur laquelle l'Église devait être bâtie; mais cette pierre n'avait pas encore toute la stabilité nécessaire pour l'affermissement de l'Église. En un mot, saint Pierre, après avoir confessé Jésus-Christ, le renonça; après avoir dit à cet Homme-Dieu : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, il fut assez faible et assez lâche pour dire, parlant de ce même Sauveur : Je ne le connais point. Dieu le permit ainsi, chrétiens, et la Providence eut en cela ses desseins particuliers que nous devons adorer. Hais, dans cet exemple, reconnaissons-nous nous-mêmes : car voilà ce que nous faisons en mille rencontres. Nous confessons Jésus-Christ de bouche; mais combien de fois dans la pratique l'avons-nous renoncé plus indignement et plus honteusement que saint Pierre 1 combien de fois et en combien d'occasions n'avonsnous pas rougi d'être chrétiens! combien de fois n'avons-nous pas paru devant les autels du Seigneur, comme si jamais nous ne l'avions connu ! et cela tantôt par un respect humain, tantôt par une fausse politique, tantôt par un libertinage affecté, tantôt par un scandale qui nous a entraînés, et auquel nous n'avons pas eu la force de résister; d'autant plus coupables en trahissant ainsi notre foi , qu'il ne s'agissait pas pour nous, comme pour saint Pierre, de perdre la vie. Chute de saint Pierre qui doit toujours nous faire trembler, qui que nous soyons, et quelque fermes jusqu'à présent que nous ayons pu être : car si cet apôtre et ce prince même des apôtres a eu un sort si déplorable, que ne devons-nous pas craindre pour nous ! Si ce fondement de l'Église a été ébranlé , et s'il est tombé en ruine, nous, qui sommes la faiblesse même , avec quelle défiance de
en. CYil. LÀ YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 297
nous-mêmes et quelle frayeur des jugements de Dieu ne devons-nous pas nous conduire ! Cette chute de saint Pierre procéda de trois causes : de sa présomption ^ de son orgueil, et de son imprudence.
(BOURDALOUE
16-17, Et le Seigneur, se retournant , regarda Pierre... Et Pierre, étant sorti f pleura amèrement. — Jésus le regarde^ il se réveille , il commence à sentir qu'il ne fallait point aller au lieu d'où il ne peut se retirer trop tôt. Hélas I sMl y demeurait, il renierait peut-être encore. Hais quoi! ne pleure-t-il pas sincèrement son péché? Sans doute; mais la partie la plus essentielle de la pénitence, c'est de sortir du péril, c'est de fuir; autrement on tombe encore; et faute d'avoir profité de sa chute, on tombe sans ressource et on n'en relève jamais. (Bossuet.)
17. Et Pierre, étant sorti, pleura amèrement. —Mais par quelle pénitence le chef des apôtres se relève de sa chute et la répare ! Pénitence la plus prompte : il ne fallut qu'un regard pour le toucher et le convertir; pénitence la plus fervente : il pleura, et il pleura amèrement; pénitence la plus constante.: durant tout le reste de sa vie, oublia-t-il jamais son péché, et ne Teut-il pas toujours devant les yeux, pour le pleurer toujours avec la môme amertume; pénitence qui nonseulement rétablit sa foi, mais qui le mit en état de rétablir la foi des autres : car c'est à lui que le Sauveur du monde avait dit : Quand vous serez converti et (|ue vous serez revenu de votre égarement, travaillez à rappeler vos frères dispersés, à les rassembler et à les confirmer. Or n'est-ce pas ce qu'il a fait, et n'eut-il pas une grâce particulière pour gagner les cœurs les plus endurcis, pour convaincre les esprits les plus opiniâtres et pour leur inspirer le don de la foi?.. «Aujourd'hui que la faute est si admirablement réparée , attachons-nous à la foi de saint Pierre; et si nous sommes tombés comme lui, faisons pénitence comme lui. Si le libertinage de notre cœur nous a séduits en certaines rencontres et en certains temps de notre vie , renonçons à nos erreurs, quittons ces lieux funestes où notre vertu a fait naufrage, pleurons à notre tour, pleurons amèrement et toute notre vie; et comme jamais saint Pierre ne se dévoua plus ardemment au service de Jésus-Christ qu'après son péché , que nos égarements passés ne servent aussi qu'à redoubler notre zèle. (Bourdaloue.)
24. Et tous en foule se levant, ils lièrent Jésus, l'emmenèrent de la maison de Catphe , etc. — Tous les pas que va faire désormais le Sau-
^ft LA YIE DE N. 8. JÉSUS-CUEIST. en. crn.
veur ne seront plus que de nouvelles ignominies. Au sortir de la malson de Caïpbe où il vient de passer une nuit si ignominieuse et si amère : livré à Tinsolence et à la brutalité des ministres et des serviteurs; du pontife; exposé tout seul^ et pendant toute la nuit à des opprobres dont le souvenir fait frémir notre foi^ et arrache des larmes à la piété; abandonné de tousses disciples; n'attendant le jour que pour voir recommencer avec plus d'éclat rhisloire de ses ignominies aux yeux de tout Jérusalem : il est conduit au prétoire à travers les rues de cette ville ingrate et inconstante; suivi, comme un scélérat, d'une foule séditieuse qui l'insulte. Quel changement I nous l'avions vu entrer, il n'y a pas longtemps dans Jérusalem, au bruit des acclamations publiques , et comme un roi triomphant qui venait prendre possession de son empire : aujourd'hui, quel nouvel appareil ! chargé de confusion, de tous les analhèmes de ce même peuple ému, et qui demande sa mort avec des cris effroyables. Vous vouliez, 6 mon Dieu, que vos serviteurs apprissent, dans cet exemple, à ne point compter sur la gloire du monde et sur l'estime des hommes si inconstante et si peu solide ; encore plus , à ne pas sacrifier le devoir de la conscience à leurs vains jugements, et à s'attacher à vous seul, qui nous voyez toujours tels que nous sommes» et dont les jugements seuls demeureront éternellement. (Massillon.)
25-26. Alors Judas le Irattre, voyant que Jésus était condamnéySe repentitf et reporta les trente pièces d'argent aux Princes des prêtres et aux anciens y en leur disant : J^ai péché en livrant le sang innocent. — La malice des hommes est encore consommée dans la mauvaise foi des prêtres qui condamnent Jésus : le repentir de Judas ne les touche point : il vient leur déclarer, le désespoir peint sur le visage, qu'il a péché en livrant le sang innocent 1 Jamais témoignage ne fut moins suspect : c'est l'ennemi de Jésus-Christ qui dépose en faveur de son innocence. C'est un traître qui n'a pas encore joui du fruit de sa trahison et qui vient en restituer le prix funeste. C'est un infortuné qui alors n'attend plus rien de son Maître et qui, le voyant humilié, outragé, sur le point d'être condamné, n'a garde de se flatter qu'il puisse reconnaître un jour son repentir : la force de la vérité toute seule lui arrache la confession de son crime. Quoi de plus favorable que son désaveu ! cependant, ses juges d'iniquité, qui s'étaient servis de sa faiblesse, ferment les yeux à son repentir. C'est votre affaire, lui disentils ; ce n'est pas la leur de ne point condamner un innocent; ce n'est
CH. cvii. LA VIE DE N. S. JÉSUS CHRIST. «99
pas la leur de répanJie le sang du juste, et de combler leur mesuie par le plus grand de tous les crimes. Dieu ! que tous êtes terrible^ quand vous eudorcissez les cœurs 1 (Massillon.)
25-26. Le tratire... reporta les trente pièces émargent aux Princes des prêtres el aux anciens, en leur disant: J'ai péché en livrant le sang innocent. — Ainsi donc Judas a restitué au maître qu'il a trahi sa réputation ; il a rendu Targent qu'il avait acquis par un sacrilège; il a réjiaré le scandale; il a confessé son injustice; il en a réclamé le châtiment. Et pourtant, ô terrible mystère 1 après tant de démarches qui sembleraient devoir obtenir son pardon^ Judas ne Tobtient pas; après tant de démon* strations de repentir, Judas meurt dans Timpénitence ; et quand il semblait devoir s'attendre à la mort précieuse des justes^ lui-même met fin à ses jours el meurt de la mort épouvantable des réprouvés. Pourquoi? C'est qu'après tant de marques de pénitence, dit Euthymius, il ne s'est pas tourné, pour demander humblement pardon, vers Celui qui seul poorait le hii donner; c'est que, même en détestant son crime, il désespéra de la bonté du Sauveur^ et^ selon la remarque de saint Ambroise, il se rendit coupable d'un nouveau péché contre le Saint- Esprit. Il abhorra son péché, non comme une offense faite à Dieu, mais comme une horrible dégradation de sa personne; il s'afQigea, non d'a« voir encouru l'indignation de Dieu, mais d'être devenu un objet d'infamie et d'horreur aux yeux des hommes. De même qu'il avait péché dans l'intérêt de son avarice, il ne se repentit que dans l'intérêt de son orgueil. Pécheur et pénitent, Judas fut toujours sa propre idole. Sa pénitence offensa Dieu^ observe saint Léon ^ plus que son péché même; cUe fat un nouveau crime ajouté à ses autres crimes ; et ce fut le plus grand de tousl Par conséciuent cette pénitence, au lieu d^effacer son péché, ne fit que Taggraver, et disposa cet in^gne criminel à la mort la plus fatale. (Lb R. P, YEirruiiA.)
25-27. Alors Judas se repentit et reporta les trente pièces émargent aux Princes des prêtres et aux anciens. Il se reliray prit une corde et se pendit. — Judas ne peut vaincre et dévorer son remords, comme on étouffe, comme on dévore un soupir; rongé par le souvenir de son crime, il se condamne lui-même, il se prononce un arrêt de désespoir, n rapporte aux Pharisiens le prix qu'ils lui ont donné de son maître; il leur jette au milieu du temple cet argent dont il ne veut plus; car, dit-il, f ai péché en livrant le sang innocent. El il prit une corde, et alla «e pendre. U avait compris qu'il ne devait pas plus consener la vie
500 LA TI£ DE N. 6. JÉSUS-CHRIST. CD.cvii.
que l'argent qu'il rejetait avec horreur ; qu'après avoir accepté une récompense sacrilège^ il n'était pas digne du salut ; et il se condamna à la mort pour se punir d'avoir livré le Christ, la vie du monde entier. Judas, par la sévérité avec laquelle il se j uge et se condamne lui-même, avoue bien biutement celui qu'il reniait par sa trahison. Le peuple n'avait pas condamné le traître, Pilate n^avait porté contre lui aucune sentence^ mais il se juge, il se condamne lui-même, car il n'a pas besoin déjuges pour savoir qu^il est coupable. Celui qui n'est condamné que parles hommes, peut n'être pas coupable; mais celui que sa conscience condamne, n'a point d'excuses de sa faute. Si le jugement des hommes est trop sévère, celui qu'il a subi peut quelquefois attendre de son juge un peu d'indulgence; mais s'il a porté lui-même son propre jugement, à qui demandera-t-il l'indulgence? (Sauit Avbroisb.)
ÉLÉVATION
Quelle leçon pour nous que la faute de Pierre elle repentir si prompt qui la suit! Il ne savait pas que la présomption est presque, toujours suivie de la chute; que, plus on a de confiance en soi-même plus on tombe facilement, et que l'homme qui se soutient le mieux est celui qui, osant le moins se promettre de rester toujours ferme, est toujours sur ses gardes. Vous avez permis celte chute de Pierre, Seigneur, parce que, voulant le charger du soin de veiller à ce que ses frères demeurent fermes dans la vérité, vous saviez que personne n'est plus porté à compatir aux infirmités des autres que celui qui les a éprouvées. Hais à peine est-il tombé, qu'il se relève etnous, combien de jours n'avons-nous point passés dans votre inimitié. Seigneur! Combien de fois, par un regard plein de tendresse, ne nous avez-vous pas reproché nos infidélités ! Nous avons soutenu ce regard sans être touchés de repentir, et notre vie est demeurée la même. mon Dieu I jetez sur nous ce regard qui convertit votre disciple, qu'il soit comme un rayon de lumière qui ranime toutes les semences de vertu que vous avez répandues en nous. Nous voulons désormais vous donner sur nous-mêmes l'empire que vous prendrez, lorsque, devenu inexorable, vous ne nous regarderez que pour nous confondre. Mon Dieu! que je n'échappe pas maintenant à la puissance de votre regard : afin que je ne puisse en supporter la terrible majesté au jour de votre colère I Amen.