Et il leur dit à tous : Quand je vous
^ f 12. C*e8t-i-dire aller & la passion, et par la passion dans le ciel. Ils ne pouvaient le suivre sur la croix; ils n'étaient pas encore assez forts pour supporter le martyre. D'un autre côté, ils devaient conserver leur vie pourévangéliscr le monde.
(Saint Aucustiic.)
* f 13. Ce commandement n'est pas nouveau quant à Tobligalion d'aimer le pro-* chain» mais il est nouveau quant à la mesure de charité qu'il prescrit à l'égard du prochain.
' t 16. Pierre voyait bien ce qu'il y avait de désir et d'amour dans son cœur, mais il ne voyait pas ce qu'il y avait de faiblesse. (Saint Augostin.)
* f 17. C'est-à-dire les coqs n'auront point marqué, par leur chant, différentes heures de la nuit, comme ils ont coutume de le faire.
lU. 13
lAisi vos ftinë Mcevlo, et p«râ , et calceamf ntis, sumquid ali(|aid defuit TObit/
At nii cliernnt : NihiL Dixit ergô eis : Sed nanc qoi faabet sacculum, tollat ; sitniliter et peraan ; et qui non liabet, vendat tnnicam «nam, et emct gladium.
Dico enim vobis, qnoaiam adhùc boc qood acriplnm est oporlet irapleri in roi; : El cum iniqub de putulas est. Et enim ea qa« sont de me, fiaem habect.
At illi dixmint : Domine , eccè duo gladii blc Al ille duit eis :
Salis ebt.
LA TIE Bï If. 8. J£SCC78*C9KISX.: CH. xcriii»
ai envoyés sans argent , sans iM*ovisions et sans chaussure, quelque chose vous a-t-il manqué?
19. Ils répondirent ; Rien, Seigneur, Jésus ajouta : Mais, maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, et que celui qui a un sac le prenne également; que celui qui n'a point d'épée, vende sa tunique et achète une épée*.
20. Car, je vous le dis, il faut encore que s'accomplisse en moi celte parole de rÉcriture, 11 a été rangé parmi les malfaiteurs : car tout ce qui est écrit de moi doit avoir son accomplissement.
21 . Ils lui dirent : Seigneur, voici deux glaives ici*. Il répondit : C'est assez *.
^ f i9. C'est-à-dire vous allez être dans un temps d'épreuve où vous manquerez de tout et où tout le monde vous persécutera, persécutions telles, que les précautions humaines, l'argent, les armes ne seraient pas de trop pour vous y soustraire. Jésus- Christ, comme on le voit, ne fait pas un commandement à ses apôtres de se pourvoir d*armes et d'argent : il leur prédit seulement, par ce langage figuré, les misères et les dangers où ils seront exposés.
* f 2\, Ceux, sans doute, qui avaient servi à l'immolation de Tagneau : car c'est avec un glaive qu'il devait être immolé.
s f SI. Les apôtres n'avaient point compris le sens des paroles du Sauveur; comme il ne juge pns à propos de l'expliquer dans ce moment, .t interrompt le discours par ces mots : cela suffit^ comme s'il disait, Laissons cela, passons à d'autres choses. Et les apôtres restèrent avec l'idée de s'armer: de là vient que Simon Pierre tire un glaive au Jardin des Oliviers.
3. // s'éleva parmi eux une contestation dont le sujet était : lequel d'entre eux paraissait avoir la prééminence. — Rien ne peut éteindre Fambition dans les hommes. Au moment où Jésus-Cbrist venait de donner à ses apôlres une leçon d'humilité en leur lavant lui-même les pieds; lorsqu'il leur parle de sa mort prochaine , et de la trahison qui se trame contre lui ; à cetle même table où il vient de leur donner
GB. xcnil. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 199
la communion, mystère d'abaissement incompréhensible de la part d'un Dieu, ces hommes qu'il avait tirés de la condition la plus humble^ et que déjà plusieurs fois il avait repris sévèrement au sujet de cette prétention, si contraire à sa doctrine et à ses exemples, ces hommes, les apôtres de Jésus-Clirist, se disputent encore entre eux la première place! Connaissons bien le génie de celte passion comme indestruc* tible, qui ne tous quitte pas même au milieu des éfénements les plus tristes, et parmi les pensées et les exemples les plus propres à Textirper de notre cœur et à la faire mourir à jamais. (Bossuet.)
4-5. Les rois des nations dominent sur leurs sujets, et ceux qui ont puissance sur les autres se font appeler bienfaiteurs : qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous. — Voyons si dans le christianisme , malgré l'exemple d'un Dieu humilié et anéanti, on ne trouve pas encore tous les jours de ces maîtres hautains et durs, qui ne savent que se faire obéir, que se faire servir, que se faire craindre, sans savoir ni compatir, ni soulager, ni condescendre, ni se faire aimer; qui, usant de toute la force, et souvent même de toute Taigreur du commandement, n'y mêlent jamais, selon le précepte de l'apôtre. Fonction et la douceur de la charité. L'esprit de domination ne manquera pas de prétextes pour se justifier. On se flatte, parce qu'on est élevé, d'un prétendu zèle de faire sa charge, de soutenir ses droits, de garder son rang; on va plus loin, et quelquefois même on se fait de ses fiertés et de ses hauteurs un devoir : tant l'amour-propre est ingénieux à nous déguiser les vices les plus grossiers sous l'apparence des plus pures vertus. Mais, si c'est un zèle de faire sa charge et un vrai zèle, pourquoi ce zèle ne s'allume-t-il qu'en certaines rencontres et lorsqu'il est question d'abaisser les autres et de prendre l'ascendant sur eux) Pourquoi, dans tout le reste, devient-il si paresseux et si lent? Pourquoi le voit-on languir et s'éteindre du moment que l'ambition est satisfaite?
(BoURDALOUe.)
10. Le Seigneur dit ensuite : Simon, Simon, voilà que Satan vous a demandés pour vous cribler tous comme du froment. — El le Seigneur dit : Simon, Simon, je t'appelle par deux fois, sois attentif, Satan a demandé à vous cribler tous, vous autres, comme on crible le froment. Quelle puissance de Satan! Cribler les hommes, les apôtres même! les agiter, les jeter en l'air, les précipiter en bas; en faire en un mot tout ce qu'il veut. Qui a donné ce droit à Satan , sinon le péché? C'est par le péché qu'il a vaincu l'homme^ qui ensuite de la
196 LA TIE DE If. S. JÉSUS-CHRIST. CH. xgtiu.
victoire lui a été livré comme son esclave. C'est pourquoi il en use avec un pouvoir tyrannique; néanmoins il ne fait rien de lui-même; il demande; c'est une puissance maligne, malfaisante, lyranniquc, mais soumise à la puissance et à la justice suprême de Dieu. 11 a demandé qu'on mît Job en sa puissance ; il est appelé Taccusatour de nos frères; et Dieu lui livre qui il lui plaît, selon les règles de sa justice, selon lesquelles le démon a droit de lui demander ceux en qui il trouve du sien, c'est-à-dire ceux où il trouve le péché. C'est pourquoi Jésus dira bientôt. Le prince de ce monde avance, il n'a rien du tout en moi; mais pour le reste des hommes, il n'a que trop en eux. Il n'avait que trop sur les apôtres qui étaient encore possédés de la vaine gloire, l'un des plus mauvais caractères de Satan, qui est devenu Satan par ambition et par orgueil. Et c'est pourquoi Jésus-Christ leur parle de la demande de Satan , à ^occasion de la vaine gloire qui venait de paraître en eux, et de leur dispute ambitieuse. Vous vous tourmentez qui aura la première place, vous avez bien d'autres affaires qui vous devraient occuper : Satan entre au milieu de vous par vos disputes, vous lui avez donné lieu et lui avez fait une ouverture bien grande pour vous dissiper, pour vous cribler. Tout ce qui est possédé de la vaine gloire est léger et propre au crible de Satan. Au lieu donc de vous disputer pour des préséances ridicules, et de devenir par là la risée et la proie de l'enfer, unissez-vous contre une puissance si redoutable. (Bossl-et.)
10-11 . Simon... fax prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point; et vousy quand vous serez converti, soutenez et affermissez vos frères. — Jésus-Chrit élève, en face du genre humain, une chaire, d'où il veut, s'adressant à toutes les générations, jusqu'à la fin des temps, perpétuer lui-même les enseignements de son Évangile. Mais les hommes ont besoin d'un langage sensible pour les préserver d'illusions. Jésus-Christ parlera par la bouche de Pierre; la chaire de Pierre sera kl chaire indéfectible et infaillible de Jésus-Christ; et les ponlifcs romains, pour le dire avec Bossuet, seront tous un seul Pierre. C'est à Jésus-Christ, dans Pierre, qu'est due la primauté du sacerdoce; c'est à Jésus-Chrisl, dans Pierre, que revient l'empire des âmes. A Pierre le jugement suprême, parce que le jugement suprême appartient à Jésus-Chrisl. Pierre ne peut jamais enseigner l'erreur, parce que Jésus-Christ est la vérité divine; Pierre ne pe:it jamais avoir le dessous dans la lutte, parce que Jésus-Christ est la force du Très-Haut. Jésus- Christ est toujours victorieux dans Pierre; toujours il règne avec iu..
CB. XGTili. LÀ VIE DE N. S. JÉSDS-CHRIST. 191
toujours il commande parlai. Lorsque Pierre semble le plus faible, c'est alors qu'il est le plus fort. Les empereurs et les philosophes, les rois et les politiques, tous les oppresseurs de la vériié, tous les publics corrupteurs de la morale se ligueront contre le Christ du Seigneur; ils lui feront la guerre avec rage dans la personne de Pierre, ils le traîneront en exil, ils le cnlomnieront, ils Toulrageront, ils lui cracheront au visage , ils le couronneront d'épines, ils le tueront. Mais, au moment où les insensés publieront leur triomphe, ils seront vaincus I Lorsqu'ils crieront à l'univers : 11 esl mort I Pierre, comme le Christ, sortira du tombeau^ renversant ses ennemis dans la poussière; et ils auront passé avec ignominie, eux, leur puissance et leurs systèmes; mais Pierre demeurera jusqu'à la consommation des siècles, toujours plus grand, toujours plus radieux. Il verra successivement les empires crouler; le pouvoir, sous quelque forme que la philosophie le constitue, s'en aller en poudre; les débris des trônes et des républiques emportés sur les flots des révolutions ; tandis que lui, demeurant sauf au milieu de tous les naufrages, debout sur le vaisseau de rÉglise,et la main ferme au gouvernail, s'offrira comme Tunique espoir de salut à nos sociétés expirantes* Et les peuples alors, le saisissant par son vêtement sacré , lui diront : Vous avez le dépôt des vérités éternelles, enseignez-nous les voies du Seigneur, ô pontife suprême! et que vos mains soutiennent notre ruine ! [W^ Sïbour.)
10-11. Shnon, Simon, Satan a demandé avec instance de vous criblei* comme on crible le froment; mais fai prié pour vouSj afin que votre foi ne défaille point. — Que sommes-nous allés voir à Rome? c'est rÉglise mère et maîtresse de toutes les autres, ce siège indéfectible où Terreur ne s'assit jamais; celte chaire suprême d'où part avec le rayon de la doctrine le rayon du gouvernement; centre de l'unité, lien qui unit toutes les intelligences dans une même foi, toutes les volontés dans un même amour, tous les peuples dans une même famille , tous les membres en un même corps, et pour tout dire en un mot, la tête, le cœur, la main et la voix de cette grande société catholique qui a l'immensité pour limite, et pour durée l'éternité. Car nous n'avons garde de séparer ici le siège d'avec le pontife , à l'exemple de ces raisonneurs subtils qui, par un effort d'abstraction', ont cru pouvoir établir une distinction entre la chaire romaine et son chef auguste, et refuser à celui-ci un privilège qu'ils accordent à celle-là. Non, ce n'est pas un siège abstrait, métaphysique, idéal que nous sommes allés vénérer; mais un siège animé, vivant, occupé et tout rempli de Tauto*
198 LA VIE DE N. 8. JÈSUS-CHRlST. CB, xcviM.
rite, de l'esprit, de la grâce du prince des apôtres, qui continue à y parler par la bouclie de ses successeurs; c'est le siège de celui à qui Jésus-Christ a dit , PierrCy j'ai prié pour loi; vous l'entendez , c'est la prière d'un Dieu, toujours sûr d'être exaucée à cause de la dignité de sa personne; PierrCy fai prié pour toi, afin que ta foi y non la foi de ton siège, inais ta foi, comme fondement et chef de TÉglise, ne défaille point y et que tu sois toujours debout pour y conflrmer tes frères.
(Mp^ Giraud.)
11. Mais fai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point ; et vous, quand vous serez converti ^ soutenez et affermissez vos frères. — Jcsus-Clirist nous apprend que nous n'avons de secours contre Satan que dans Tintercossion et la médiation du Jésus- Christ même. Admirons la profondeur de sa sagesse. Parce qu'en réprimant l'ambition de ses apôtres, il avait parlé d'une manière qui eût pu donner lieu à ceux qui n'auraient pas bien pesé ses paroles, de croire qu'il n'avait laissé aucune primauté dans son Église, et qu'il avait même affaibli celle qu'il avait donnée à saint Pierre, il parle ici d'une maiiiëre qui fait bien voirie contraire. Satan, dit-il, a demandé dévoua cribler tous, mais, Pierre, j'ai prié pour toi en particulier. J'ai prié pour toi, et non pas j'ai prié pour vous. L'eifet de cette prière qu'il faisait pour Pierre regardait les autres apôtres, sans doute, mais d'une manière indirecte : la suite du discours le fait paraître manifestement, puisqu'il ajouteaussilôtaprès, Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères. Quand ildit: J'ai prié pour toi que ta foi ne défaille pas, il ne parle pas de cetîefoi morte qui peut rester dans les pécheurs, parce que cellelà n'empêche pas qu'on soit criblé par Satan: c'est cette foi qui opère par la charité , laquelle, dit-il, j'ai demandé qu'elle ne défaillit point en.toi. Jésus-Christ lé demandant ainsi, lui qui dit : Je sais, mon Père, que vous m'écoutez toujours, qui peut douter que saint Pierre n'ait reçu par cette prière une foi constante, invincible, inébranlable, et si abondante d'ailleurs, qu'elle iût capable d'affermir, non-seulement le commun des fidèles , mais encore ses frères les apôtres et les pasteurs eu troupeau, en empêchant Satan de les criblerl Et cette parole revient manifestement à celle où il avait dit : Tu es Pierre, je fai changé ton nom de Simon en'celui de Pierre en signe de la fermeté que je veux communiquer, non-seulement pour toi, mais encore pour toute mon Église, car je la veux bâtir sur cette pierre. Je veux mettre -en toi, d'une manière éminente et particulière , la prédication de la foi qui en seraUe fondement, et les pontes d'enfer ne prévaudront point
CH. xcvin. LA VIE DE N. S. JÈSDS CHRIST. tM
contre elle, c'est-à-dire qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Salan, jusqu'à être inébranlable. Et cela, qu'est-ce autre chose que ce que Jcsus-Christ répète ici : Salan a demandé de vous cribler, mais, Pierre, j'ai prié pour toi , ta foi ne défaudra pas , et toi , confirme tes frères? Il est donc de nouveau chargé de foute TÉglise; il est chargé de tous ses frères, puisque Josus-Christ lui ordonne de les affermir dans celte foi qu'il venait de rendre invincible par sa prière.
(BOSSUET
11. Quand vous serez converti, soutenez et affermissez vos frères.^ Telle est la mission du chef des ai)otres , telle est aussi celle des successeurs sur le siège de Rome. Rome chrétienne a été pour le monde moderne ce que Rome païenne a élé pour le monde antique, le lien universel; celte capitale des nations remplit toutes les conditions de sa destinée, et semble véritablement la Ville éternelle. Il viendra peutêtre un temps où l'on trouvera que c'est pourtant une grande idée^ une magnifique institution que celle du trône poutiDcal. Le père spirituel, placé au milieu des peuples , unit ensemble toutes les parties de la chi'étienlé. Quel beau rôle que celui d'un pape vraiment animé de l'esprit apostolique ! Pasteur général du troupeau , il peut ou contenir les fidèles dans le devoir, ou les défendre de l'oppression. Ses États, assez grands pour lui donner l'indépendance, trop petits pour qu'on ait rien à craindre de ses efforts, ne lui laissent que la puissance de l'opinion : puissance admirable, quand elle n'embrasse dans son empire que des œuvres de paix, de bienfaisance et de charité. C'est une chose assez généralement reconnue que TEurope doit au saintsiége sa civilisation, une partie de ses meilleures lois et pres(|ue toules ses sciences et ses arts. Les souverains pontifes vont maintenant chercher d'autres moyens d'être utiles aux hommes : une nouvelle carrière les attend; et nous avons des présages qu'ils la rempliront avec gloire. Rome est remontée à cette pauvreté évangélique qui faisait tout son trésor dans les anciens jours. Par une conformité remarquable, il y a des Gentils à convertir, des peuples à rappeler à l'unité, des haines à éteindre, des larmes à essuyer, des plaies à fermer, et qui demandent tous les baumes de la religion. Jamais Rome n'a eu devant elle de plus grandes espérances et de plus brillantes destinées. Nous disons des espérances, car uous comptons les tribulations au nombre des désirs de l'Église de Jésus-Christ. Le monde dégénéré appelle une seconde prédication de UÉvangile; le christianisme se renouvelle, et sort victorieux du plu^ ierrible des assauts que l'enfer lui ait encore
^0 LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ch. xctui.
livrés. Qui sait si ce que nous avons pris pour la chute de l'Église n'est pas sa réédification ? (De Chateaubbiand.)
12. Mes petits enfants , je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. Vous me chercherez , et ce que f ai dit aux Juifs , quHls ne pouvaient venir où je vais, je vous le dis aussi pour le présent, — Entrons dans les sentiments de la tendresse du Sauveur. Mes petits enfants, souvenez-vous de cette parole d'un évangéliste : Ayant toujours aimé les siens, il les aima jusqu'à la fln. Et maintenant il va ramasser toute sa tendresse pour leur donner le précepte de la charité fraternelle ; car, pour établir cette loi d'amour^ il voulait faire ressentir à ses disciples des entrailles toutes pénétrées de tendresse. Mes petits enfants^ il ne les avait jamais appelés decelle sorte, presque jamais il nelos avait nommés ses enfants, et pour dire quelque chose de plus tendre, Mes petits enfants, dit-il, comme s'il eût dit, Voici le temps que je vais vous enfanter. J'ai été toute ma vie dans les douleurs deTenfanteraent; mais voici les derniers efforts et les derniers cris par lesquels vous allez naître; mes petits enfants, écoutez donc celte parole paternelle, Je serai encore avec vous un peu de temps, profltez donc de ce temps pour entendre mes dernières volontés. Vous me chercherez; viendra le temps que vous rachèteriez de beaucoup la consolation d'entendre ma parole; et comme j'ai dit aux Juifs, Vous ne pouvez pas venir où je vais; je vous le dis aussi présentement; profltez donc encore une fois du temps que j'ai à être avec vous ; car je m'en vais en un lieu où vous ne pouvez pas venir, ainsi que j'ai dit aux Juifs. (Bossuet.)
13. 3Ion commandement est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés; d'avoir ce même amour les uns pour les autres. — Celui qui aime véritablement dans la vue de Jésus-Christ ne cherche dans son ami ni la noblesse, ni les dignités, ni les richesses, pas même la réciprocité d'affection ; mais il aime sans intérêt, sans interruption, sans refroidissement, quand mêmeson ami lui manquerait de foi, quand il deviendrait son ennemi, quand il aurait résolu de le perdre : Jésus-Christ seul qu'il aime dans celte personne, soutient tout, supplée à tout, suffit à tout. Tant que celui qui aime a les yeux sur son divin maître, son amitié reste ferme, incorruptible et inébranlable ; car il nous a donné le modèle de celte amitié toute céleste, en aimant des ennemis, des insolents, des blasphémateurs, des persécuteurs, des furieux qui le haïssaient à mort , qui ne pouvaient pas même le voir, qui étaient prêts à tout moment à courir aux pierres
CH. x€Tin. LÀ YIE DE N. S. JÉSUS CHRIST. SOI
pour le lapider; et qui les a aimés de cette charité la plus haute et la plus sublime , qui va jusqu'à donner sa vie pour ceux que Ton aime. Après même qu'ils Tont crucifié, il les aime encore. Leur rage s'est épuisée contre lui, mais sa charité ne s'épuise point. Il veut les guérir^ il redouble sa compassion, il intercède pour eux envers son Père : Mon Père, lui dit-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Et aussitôt qu'il est ressuseité, il leur envoie ses apôtres pour les convertir et les sauver. Soyons sans cesse attentifs à ce modèle ; imitons cette charité d'un Dieu ; retraçons en nous cette amitié si généreuse, afin qu'ayant été les imitateurs de Tamour de Jésus-Christ, nous soyons aussi les héritiers de sa gloire. (Saint Jean-Chbysostôme.)
13. Je vous donne un comûiandemenl nouveau : c'est de vous aimer tes uns les autres. — Si jamais charité a é*é nouvelle, singulière, d'un caractère à se distinguer et à se faire remarquer, il est évident que c'est celle que Jésus-Christ a eue pour nous; et quel a été ce caractère distinclif ? Ah ! chrétiens, peut-on l'ignorer et avoir la moindre idée de Jésus-Christ? Ce caractère a été le désintéressement ; ce divin Haitre nous a aimes jusqu'à sacrifier pour nous tous ses intérêts en qualité d'IIomme-Dieu ; il nous a aimés jusqu'à s'anéantir parlesexcès d'une humilité sans bornes et sans mesure, voilà l'intérêt de sa gloire; jusqu'à prendre la forme de serviteur, voilà l'intérêt de sa liberté; jusqu'à devenir un homme de douleur, voilà l'intérêt de sa béatitude; jusqu'à mourir comme un criminel, voilà Tinlérct de sa réputation et de sa vie; le dirai-je? jusqu'à paraître devant Dieu comme un anathème, et à être traité comme un sujet de malédiction, voilà l'intérêt de sa sainteté et de son innocence... Tel est le modèle de notre charité pour nos frères... Autrefois on distinguait les chrétiens par la charité, parce que la charité des chrétiens était victorieuse de tous les inlérêts de la terre; et maintenant on pourrait bien nous distinguer pour le désordre de la cupidité, puisque toute notre charité n'est qu'amourpropre et intérêt. Disons mieux : autrefois les ennemis mêmes de Jésus- Christ, surpris du généreux détachement qu'ils remarquaient dans les fidèles, leur rendaient avec admiration ce témoignage en forme
d'éloge. (BOURDALOUB.)
14. Ce à quoi tous connatlront que vous êtes mes disciples^ c'est si vous pratiquez la charité les uns envers les autres. La charité, charitas: ce n'est pas l'amour, il est trop passionné; ce n'est pas l'attachement, il est trop faible; ce n'est pas l'amitié, elle est trop bornée ; ce n'est pas
fOS LA TIE DE N. S. JÉSUS-GHRIST. gh. xgtiu.
la pitié, elle est trop humaine; c'est la charilé, charitas. Charité, c'est- \-dire grâce, grâce de la part du riche qui la fait au pauvre au nom de Dieu^ et grâce de la part du pauvre qui Tobtient de Dieu en faveur da riche. Charité, c'est-à-dire joie, joie dans le riche qui la fait, et joie dans le pauvre qui la reçoit; joie sur la terre dont elle fait le bonheur^ et joie dans le ciel qui en est la récompense. Charité, c'est-à-dire amour de Dieu et des hommes; amour de Dieu, Père commun de tous les hommes, et amour des hommes qui sont tous les enfants d'un mêaie Dieu; amour de Dieu pour aimer les hommes plus efficacement, et amour des hommes pour aimer Dieu plus dignement. Belle et admi* rable réciprocité, dont Jésus-Christ seul nous a donné l'idée, et qu'oa 'ne trouve nulle part avant lui. L'Orateur romain avait bien dit la charité du genre humain, charitas gencris himani, mais ce n'était là qu'un simulacre de charité, aussi dépourvu de sanction que de motif, et non moins vague dans son principe que dans son application. C'est la gloire exclusive du christianisme d'avoir fondé la bienfaisance sur des molifs surnaturels, d'avoir mêlé Dieu à tous les sentiments immalns pour les rendre plus nobles et plus purs, d'avoir créé celle vertu célesle de la charité, qui sacrifie tout parce qu'elle espère tout, qui sans cesse nous ramène vers nos frères par l'amour de Dieu, et vers Dieu par l'amour de nos frères, et qui, ne faisant de ces deux amo-irs qu'un seul et même sentiment, donne à nos afTcctions généreuses et bienfaisantes le plus haut degré d'activité dont le cœur humain soit capable. (De Boulogne.)
14. Ce d quoi tous connaîtront que vous êtes mes disciples, c'est si vous praUqvez la charité lesuns envers les antres.-- Ainsi, queTon arme, tant qu'on voudra, l'esprit contre la raison, ou la raison contre le sentiment, toujours ilseravraiquelascience enfle, et que lâchante édifie ; toujours il faudra convenir quMl y a dans notre religion un principe de bien qui ne se trouve nulle part ailleurs, et que, n'eût-elle en sa faveur que eette seule preuve, la chose vaudrait bien sans doute la peine que ron y pensât. Ah I si c'est là une fable, qu^on nous laisse cette fable qui est bonne à tout; que l'impie garde sa vérité qui n'est bonne à rien , ou plutôt qu'il laisse sa fable , et qu'il revienne à la vérité, à cet Évangile divin dont une seule ligne nous dit mille fois plus que tout le faste 'des discours mondains; cet Évangile qui , par un heureux accord qui n^appartient qu'à lui , secourt les pauvres par les riches , et sanctifie les riches par les pauvres; et qui seul peut nous retirer de l'abîme 4mvert sous nos pas. Voilà la bienfaisance qu'il nous faut^ non cette
CB.xGyiii. LA TIE DE N. 6. JiSUS-CHAIST. WS
tiiste philosophie qui, sans la religion, n'est qu'un rêve trompeur, et potti- le pîmvre qu'elle désole, et oour la riche qu'elle corrompt; non cette pénible métaphysique qui ne sait Tiyre que d'abstractions, qui^ dans sa dureté superbe, se vante de négliger les détails pour embrasser rensemhle, compte pour tout l'espèce , et les individus pour rien; non cette humanité de théâtre, qui n'a jamais produit une seule vertu, comme elle n'a jamais essuyé une seule larme. (De Boulogne.)
16. Je suis prêt à aller avec vous y dans la prison et à la mort. Je donnerai ma vie pour tous. — Quand Dieu accorde ou promet des grâces, il faut s'humilier et reconnaître de qui elles \icnnent. Au lieu de considérer sa faiblesse, Pierre s'eniporii juscju'à dire par un excès de confiance en lui-même : Seigneur, je suis prêt à vous suivre partout et jusqu'à la Dïori. Mais Jésus-Christ qui l'avait élevé si haut, sait bien rabattre sa présompîion : Simon, dit-il, j'ai prié pour toi, ta foi ne déftiudra point, confirme les frères. Et un moment a|)rès : Je te le déclare à toi, à qui je viens de dire de si grandes choses ; mais à toi qui présumes de toimôme, au lieu de t'humilier de mes dons, je le déclare, dis-jo, que tu tomberas cetlenuit, dans un moment, et par trois fois, dans une faute qui semblera un naufrage dans la foi : afin que tu sentes que si tu portais un grand trésor, tu le portais dins un fragile vaisseau de (erre, et que ce qui se fait en loi de grand se fait, non point par toi-même, mais par la sublimité delà vertu de Dieu. Toutefois sa chute n'empôcha pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu'il ait renié, et par trois fois, et la dernière fois avec blasphème et exécration, en sorte que dans ce genre de crime il ne pouvait pas tomber plus bas, Jésus, qui fond les cœurs par ses regards, lui en réserve un des plus efficaces et des plus tendres, et cet homme, si entêté de lui-même et de son courage, se retire fondant en larmes, et celui qui était tombé parce que son Maître avait détourné sa face pour un moment, apprend qu'il n'est converti que parce qu'il a daigné jeter sur lui un regard.
(BOSSUET
18-19. Quand je vous ai envoyés sans argent, sans provisions et sans chaussure, quelque chose vous a-t-il manqué? Ils répondirent : Rien, Seigneur. Jésus ajouta : Mais maintenant , que celui qui a une bourse la prenne. — Rien ne vous a manqué. Tel a été le soin du Sauveur : il n'a pas voulu que ses disciples aient manqué de rien. Mais quoi! n'ont-ils pas été dans le besoin? Qu'était-ce donc que d'être réduits à rompre des épis dans leurs mains pour se nourrir? N'était-ce
904 LA YIE DE N. S. JÉSUSCHRIST. ch. xctui.
pas là une assez pressante nécessité? Jésus-Christ ne dit pas qu'ils n'aient jamais souffert Jamais été dans le besoin; mais il dit que jdmais ils n'ont manqué absolument et qu'ils ont été bientôt secourus, non que Jésus-Christ ait fait des miracles pour cela, car nous ne lisons pas qu'il ait multiplié les pains plus de deux fois en faveur de tout un grand peuple; et la conduite de sa famille allait par des voies plus naturelles. Apprenons donc à nous fier à celte conduite douce et imperceptible de Jésus-Christ^ par laquelle, au milieu des besoins et des souffrances^ il conserve pourtant aux siens les provisions nécessaires.
(BOSSUBT.)
ÉLÉVATION
Pourrions-nous douter encore que nos âmes, dont nous nous occupons si peu, n'aient un prix immense à vos yeux^ Seigneur? Non content d'avoir pris notre nature infirme pour nous retirer par vos souffrances et votre mort, de l'abîme où nous avait plongés la première faute de l'homme, vous voulez nous élever jusqu'à vous, nous faire participer en quelque sorte à vos perfections divines par la charité. «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. n> Voilà la mesure du commandement nouveau qui, pratiqué par quelques justes de Tancienne loi, mais inconnu au plus grand nombre, nous est donné aujourd'hui. Quel modèle ! Vous avez accompli vous-même , bon Sauveur, tout ce que vous avez enseigné : humilité, douceur, bonté, indulgence, zèle ardent de notre salut, mais sans amertume; chacun de vos actes a été une manifestation de ces belles vertus qui devraient remplir le cœur du chrétien. Seigneur, ce commandement nouveau, celte parole solennelle prononcée au moment où vous donniez à l'homme la plus grande preuve d'amour, sera désormais la règle de notre vie; nous ne déguiserons plus, sous de beaux noms, nos aversions, la durelé de nos paroles, nos infractions aux préceptes de la charité ; nous aimerons nos frères comme vous nous avez aimés, puisque le bonheur et Téternel repos du ciel ne peuvent être obtenus qu'à ce prix.