Et où j'ai cinq frères, afin qu'il leur
Jésas-Christ ne parie pas de la sépaltnre da pauvre Lazare, probablemeDt parca qa*il n'en a pas eu : ]e panvre mendiant, déshérité pendant sa vie. ne Test-ii pas également après sa mort? Heureusement que les anges de Dieu veillent sur son cadavre, sanctifié par la souffrance, aussi bien que sur son émel D'ailleurs, l'important pour l'homme, ici-bas, n'est pas d'entrer dans sa tombe avec pompe, mais d'en sortir revêtu de gloire.
*■ f iO. Gardons-nous bien de chercher à b6tir de vains raisonnements sur cette métaphore que Jésus-Christ emploie ici, et qu'il continue dans le verset suivant, pour nous rendre son instruction plus sensible.
> ^ 22. Gr. ànkla^tç vu Ta àyaOà 9ou iv rii Çca^ vov, recepitti tu bona (ua in vUâ tuâ, vous avez reçu, vous, vos biens durant votre vie : la récompense du peu de vertu que vous avez pu pratiquer, tandis que Lazare subissait , durant la sienne, les peines que ses fautes ont pu mériter.
en. Lxxiii.
ne et ipsi Tentant in hune locum lormentorum.
El ait illi Abraham :
/fabent Mopen et Prophelas: anuiant illoe.
At ille dïiit : Non, pafer Abraham; sed si qois ex morluls ieril od eos, poBnitentiam agent.
Ait antem illl : Si Mojsen et Prophelas non aodiant, ncque si quis ex morluis resarreierit, credent.
LA VIE DE N. S. JÉSUSCffRIST. S37
atteste ces choses , et qu'ils ne viennent point, eux aussi, dans ce lieu de tourments.
26. Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent.
27. Et il répondit : Non, mon père, ce n'est point assez pour eux; mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils feront pénitence.
28. Abraham lui dit : S'ils n'écoutent point Moïse et les prophètes, quelqu'un d'entre les morts reviendrait, qu'ils ne croiraient pas davantage ^
* f 28. Plustenrs ont considéré ce passage de l'Évangile comme l'tiistoire d'un fait réellement arrivé, il est beaucoup plus probable que c'est une parabole; mais le ssns n'en est ni moins consolant pour le pauvre délaissé sur la terre, ni moins terrible pour le riche insensible à la souffrance de ses frères.
5. V homme quittera son père et sa mère^ pour s'attacher à son épouse^ et ils seront deux dans une même chair. — Cependant, et malgré cet oracle divin, qu'est devenue cette amitié dont jadis vous donniez tant de témoignages? Où est le respect dû à une union si légitime, et qui vous rappelie de si doux souvenirs? Où est cet attachement qui, après des années, devrait être pour vous un besoin et comme une seconde nature? Rougissez de voire conduite, ô bomme inconsidéré, en vous rappelant les douceurs que cette épouse vertueuse s'applique à répandi*e sur voire vie. Elle est une partie de vous même; elle vous environne constamment de ses soins; vos enfants rappellent leur more; elle est voire secours dans vos maladies, et votre consolation dans vos cbagrins; vous pouvez lui confier votre maison et tout ce que vous avez de plus précieux. Elle partage vos douleurs et vos Joies; dans la prospérité, elle accroît votre bonbeur; dans l'adversité, elle porte avec vous le poids de la misère, et cberche, en les partageant, à diminuer les maux qui vous accablent. Qn^il survienne un revers de fortune, les amis et les serviteurs vous abandonnent et vous
laissent seul sous les coups du malheur. Uépouse alors est la seule n. 22
338 LA TIE DE N. S. JÉSUS -CHRIST* ch. lxiliii.
qui reste attachée à son mari; que dis-je? redoublant de tendresse pour lui, elle devient sa servante assidue et dévouée , elle essuie ses larmes et verse sur la plaie de son cœur un baume salutaire. Elle le suit jusque dans les cachots; et si l'on ne veut pas lui laisser une libre entrée^ elle demande à s'enfermer avec lui. Qu'on lui refuse cette faveur^ elle ne s'éloignera point;. martyre de la fidélité^, elle restera aux portes de la prison, bravant la faim, la honte et Tigneminie. Nous avons connu nous-même une femme qui s'était fait couper les cheveux et avait pris le costume et le rôle d'un serviteur pour ne point se séparer de son mari oblige de fuir et de se tenir caché. Elle l'accompagna ainsi durant plusieurs années sous la forme d'esclave, et se livrant aux plus durs travaux pour le soutenir et adoucir ses peines.
(Saind» Astère.)
10. Si telle est la condition deThomme qui a pris une fcmme^ il n'est guère avantageux de se marier. — Notre Seigneur n'avait rien dit à ses disciples de la virginité avant que ceux-ci lui en eussent parlé eux-mêmes; et c'est alors qu'il fit cette réponse : 11 en est qui ont paralysé en eux-mêmes l'aptitude au mariage, à cause du royaume des deux. Toutes les fois qu'il s'agit de la.pratique d'une vertu grande et difficile, d'accomplir un acte de courage héroïque auquel on peut exhorter, mais qu'on ne peut ordonner comme un devoir, il faut attendre ) avant défaire cette exhortation, que ceux à qui elle doit être adressée se montrent d'avance désireux d'y obéir; et c'est par des moyens détournés et habilement ménagés qu'on doit chercher, à leur insu, à faire nattre en^ eux ce désir. Telle est la conduite de Jésus- Chrîsi dans cette circonstance. Ce n'est pas en discutant d'abord sur leméi'ite de la virginité, qu'il inspire à ses disciples l'amour de cette vertu :'il leur parle seulement du mariage; il s'arrête à leur montrer tous les inconvénients qui raccompagnent, et il arrive si bien à son but; que ceux qui jusqu'alors n'avaient jamais douté de l'excellence du mariage, s'écrient d'une voix unanime : Il vaut mieux garder le célibat!' (Saint Jean-Chrvsostôhb.)
12. // est des eunuques qui lé sont de naissance; d'autres qu9 le^ Hommes ont' rendus tels, et d'antres qui se sont imposé la même privation à cause dû royaume des deux. — L'Évangile parle ici de ceur qui, sans le secours d'un ffer tranchant , mais à l'aide de la< raison et de la sagesse, et surtout avec leconcours de la bonté divine, ont anéanti dans leurs corps la source des pensées criminelles. Il faut donc distinguer deux classes d'indlvidua : les uns victimes de la. bar--
CB. LxxiiU LA VIF. DE N. S. JÉSUS*G»RIST* 339
barie d'autriii^ les autres affranehis, par la piété qui les aaimaii; des «ntcaves du péché. Bien que le procédé ait été différent, ils sont cependant placés dans les mênries conditions. Je dis> les mime» y non par une suite de la Tolonié, mais par une conséquence naturelle. N^esi-il pas vrai que les uns et les autres ne sauraient connaître les, plaisirs charnels? L'efiet est le même, la cause est différente. Voilà pourquoi il n^y a pas de récompense réservée à ceux sur lesquels la violence a été exercée; les autres seront, au contraire, les héritiers du royaume des cieux« L'abstinence est cependant égale de part et d^autre; mais d'un côté elle est contrainte par la nécessité , tandis que de Tautre, elle est un acte libre. Et quoi! vous accordez i rhomme Tindépendance, il peut agir de lui-même, sans être enchaîné par une force quelconque; et le maître des anges ne pourrait absolu* ment rien faire de lui-même I Le bienheureux Paul nVt-il pas dit : <( Dans une grande maison il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent; mais il y en a aussi de bois et de terre ! les uns pour des usages honnêtes, et les autres pour des usages honteux, d Si donc quelqu'un se garde pur de ces choses, il sera un vase d'honneur, sanctifié et propre au service du Seigneur. (Saint Jean-Chrysostômb.)
12. Et (Tautres qui se sont imposé la mime privation à cause du^ royaume des deux, — Tandis que les uns, plongés dans les douceurs du sommeil, ne peuvent se décider à renoncer aux voluptés charnelles, les autres, plus généreux et plus avides de lumières, délaissent la terre avec ses joies, et prennent leur essor vers un monde plus durable, plus pur, et plus digne de leur noble ambition. Plaisirs et soucis du mariage, jouissances et inquiétude des richesses, ils déposent tous ces liens qui nous enchaînent ici-bas, et n'aspirent qu'après Dieu et son royaume. Gardons-nous donc de croire que le. mariage, qui fut autrefois accordé comme une grâce à notre faiblesse^» soit devenu depuis une obligation à laquelle tous doivent se sou-*mettre. Dieu désire, au contraire, que les hommes gardent le céliba^ et la virginité,^ et ce désir est exprimé dans ces paroles de Jésus : a Que celui qui peut comprendre ma parole la comprenne. »... Ce n'est pas la virginité qui est funeste à l'accroissement du genre humain , mais bien le libertinage et la débauche. Nous eu avons une preuve éclatante dans celte grande catastrophe qui, du temps de Noé, détruisit les, hommes et les animaux, ensevelissant tous les êtres vivants sous les eaux du déluge. Si les enfants de Dieu avaient résisté à l'impétuosité des passions,, s'ils avaient pratiqué la sainte continence, et craint de
S40 LA YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. CH. Lxziii.
fixer leurs regards sur les filles des bommesy cette grande désolatioa ne serait pas venue les surprendre. Je ne veux point dire que le mariage soit cause de cette vengeance du ciel : loin de moi une pareille pensée ! je veux faire entendre que ce n'est point la virginité, mais bien le péché qui est funeste à Taccroissement du genre humain.
(Saint Jean-Chrtsostôiie.)
16-17-18. Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et chaque jour il faisait une chère splendide; et il y avait un mendiant, nommé Lazare, lequel était couché à sa porte, couvert d'ulcères, convoitant, pour assouvir sa faim, les miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait. — Reconnaissez donc ici votre crime, riches avares et insensibles; vous renversez toute réconomie des desseins de Dieu, et tout le plan de sa sagesse. Il a voulu donner en vos personnes des consolateurs à la terre, et vous en devenez les fléaux. Du théâtre de ses bienfaits vous faites un séjour de soufiTranceset de larmes; il a trouvé bon d^ôler aux uns le superflu^ et vous les privez du nécessaire; il a permis que le partage des biens fût inégal, et vous le rendez monstrueux; cette inégalité était sans doute le chef-d'œuvre de sa providence, et^ par votre dureté^ elle en devient le scandale ; elle ne devait faire que des pauvres^ et vous faites des malheureux; elle ne devait produire que des vertus, et votre dureté n'enfante que des crimes. Dans le plan de la Providence, je vois régner partout Tordre, la proportion et Tbarmonie; tous les extrêmes disparaissent, les montagnes sont abaissées et les vallées sont comblées; chaque pauvre a son protecteur, chaque op|)rimé son soutien, chaque captif son libérateur. Dans le système de votre cupidité, je n'aperçois que le trouble, la confusion et le chaos. Je vois dans les uns toutes les privations, dans les autres toutes les jouissances; ici tous les plaisirs^ là tous les besoins; d'un côté^ c'est la joie dans toute son ivresse, de l'autre le désespoir dans toute sa fureur; dans ceux-là c'est la prospérité qui insulte, dans ceux-ci la pauvreté qui rougit; d'une part ce sont des victimes, de l'autre des tyrans; plus de travail, ni pour le riche par le dédain, ni pour le pauvre par impuissance; plus de patrie, ni pour le riche qui lui est inutile, ni pour le pauvre qui n'en attend rien; plus de vraie grandeur, ni pour le riche que rapetisse la vanité, ni pour le pauvre que le malheur dégrade; plus de mœurs, ni pour le riche que l'abondance corrompt, ni pour le pauvre que la détresse décourage; enfiu plus de Dieu, ni pour le riche qui l'oublie, ni pour le pauvre qui le blasphème.
(De Boulogne.)
en. ixxiii. LA VIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST SU
17. Et il y avait un mendiant nommé Lazare^ lequel était couché à sa porte y couverte ulcères. — Nous devons ici remarquer comme toutes choses sont dignes de considérations dans le langage du Sauveur; plusieurs leçons nous y sont données dans une seule. En nous représentant le pauvre et le riche si voisins l'un deTautre, le premier dans rindigence et la douleur^ et le second dans les délices^ Jésus- Christ nous offre deux tableaux dans un seul, dont le contraste produit une double condamnation pour le riche^etpar son refus detoutsecours envers le pauvre^ et par Tétalage de son propre bien-être qu'il lui met chaque jour sous les yeux, comme pour insulter à sa détresse et le pousser au désespoir. Par combien de tentations^ en effet, ne pensez-^ vous pas que fut éprouvé Lazare, en proie à Tindigence et à la douleur^ alors que, privé lui-même de pain et de santé, il voyait devant lui le riche abondant des choses nécessaires^ et nageant au sein de toutes sortes de délices et de voluptés? L'un était dans la peine et souffrait de toute la rigueur du froid, dont ne pouvaient le garantir quelques mouvais haillons; l'autre s^abreuvait de jouissances^ drapé de pourpre et de fin lin. Le pauvre demandait Paumône^ le riche la refusait! Certes, le pauvre aurait eu bien assez du fardeau de la pauvreté , pour sa part de malheur dans la vie, alors même qu'il eût joui de la meilleure des santés ! Il aurait encore eu assez des douleurs cuisantes occasion^ nées par ses plaies! Hais pour que son épreuve fût plus dure et plus affligeante, il avait reçu en partage la pauvreté et la maladie; il voyait le riche vivre d'abondance, entouré de courtisansetde flatteurs, tandis que pas un seul être humain ne compatissait à sa misère et à ses douleurs ! Car, qu^il fût délaissé de tous , c'est ce qui apparaît assez, parle récit de FÉvangilc. Dans l'histoire de Lazare et du mauvais riche, le divin Maître nous découvre donc deux sortes de jugements qu'il exerce en ce monde; il nous représente le mendiant Lazare couché à la porte du riche, pour nous faire voir combien celuici augmente son crime par sa dureté impie, et combien le pauvre augmente ses mérites en supportant avec patience une si grande épreuve. (Saint Grégoire.)
18. Et le pauvre convoitait , pour assouvir sa faim, les miettes qui tombaient de la table du riche; et personne ne lui en donnait. — Voyez ce pauvre qui s'en va demander l'aumône au moment où les ténèbres de la nuit qui commencent lui laissent l'espoir de n'être pas reconnu : il a quitté son toit solitaire pour aller de porte en porte solliciter de quoi soutenir sa misérable existence. Dans la posture la plus humble^ près-
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que coavbé jusqu'à terre, également aecablépar la honfe etpar la fàim^ il tend une main eupplianie; il ne demande qu'un inoreeau de pain^ et on le lui refuse I et le yoïlk réduit à s^en retourner comme il était ▼enu, les mains irides, implorant la pitié de cerne qu'il rencontre par les iFoies publiques , à traders la fange des rnes^ et regagnant son déplorable gtte, où il ne trouvera ni feu pour le réchauflér, ni aliment pour apaiser la faim qui le dévore. Je vous le recommande , dhré* tiens, cet infortuné, fie retour vous-fliâmes dans tos maisons , où la lumière de ric^s flambeaux supplée à TabseDoe du jour, ou tous attendent des tables somptueuses, et la couche de l'opulence, souvenez-vous de ce pauvre plus abandonné que vos animauK domestiques, qui n'a pour lit qu'un peu de paille; pour aliment^ que ses larmes; et pour abri, qu'un réduit où il est en proie à tous les maux* •Quiconque peut voir une telle misère sans en être ému et sans chercher i la^ulager, eelui-»là n'a de l'humanité qu'une vaine apparence, à travers laquelle on aperçoit le cœur d'un tigre.
(Saint JBAK-CBBrraosrAaB.)
19. Et le riche mourut aussij et il fut enseveli dans Tenfei\ — Les âmes de ceux qui sont morts habitent trois séjours bien différents» selon la diversité de leu!*s mérites : l'enfer, le purgatoire, le paradis. L'enfer est habité par les méchants; le purgatoire, par ceux à qui il faut des expiations; le paradis, par les bienheureux. Dans l'enfer, plus de retour, plus de rédemption; dans le purgatoire, supplices d'expiation complète avant d'obtenir sa délivrance; dans le ciel, joie sans mélange, possession de Dieu. — Dans le séjour des expiations, le Dieu des miséricordes permet que ses enfants, desthiés à la gloire, soient quelque temps encore livrés à des épreuves qui effacent en eux les irestes des souillures de la terre. Tendre une main secourable à ces fimes saintes, abréger leurs tourments par nos prières, nos bonnes œuvres, et par l'offi-ande de l'auguste sacrifice, tels sont les services que la charité fraternelle exige que nous leur rendions. Une des deux autres régions est celle de l'enfer. Région affreuse, région formidable et qu'il nous faut éviter à tout prix, terre d'oubli, terre d'affliction et de calamités, ou règne, avec la confusion et le désordre, une horreur éternelle; séjour de la seconde mort : là, flammes ardentes, ver qui ne meurt point, honte et confusion, chaînes étroites, et à jamais douloureuses. Je frissonne tout entier d'horreur et glacé d^ffrei à la seule pensée de cet épouvantable séjour, tous mes os en sont ébranlés. Commentes-tu tombé, Lucifer, 6 toi, astre brillant du matin? Les pierres pnécieuses rayonnaient sur tes vêtements. Au lieu de eette
jco. i/xxiu. LA VIE DE N. S. JESUS^HRIST. 543
ricbe {mrnrQy les flammes hideuses. d^uu supplice éternel I Tel est le feu pc^paré pour Je démon et pour ses esclaves... Et là^ mourir sans être Anéanti, brûler sans. être consumé, tsouffrir sans un^aul moment de relàcbel^. Latroisième région est celle du paradis céleste. Aégioa heureuse qu^babitent.les anges et les saints^ où Tadorable Zrinité se montre sans tvoile et sans nuage ^ où les cbœurs des esprits. bienheureux font éclater leurs transports par des fafymnes d'allégresse; séjour de délices ineffables., et où rien >ne trouble le calme fortuné dontonjouiL (Saint Be&naad.)
19. Il arriva que Id mendiant mourut ^ et quHl fut pofté par tes anges dans lesein d'Abraham* — Songez-vous aux terreurs qui vou5 assiégeront au sortir de ce monde^ à Pheure de la séparation de Tâme et dn corps? Quelles angoisses, quelles perplexités pour une âme sur le point d'être initiée aux redoutables mystères de Tautre vie? Les anges du Seigneur, une foule d'esprits célestes, une légion de puissances infernales sous la conduite de leurs chefs se réunissent autour du lit d'un mourant pour se disputer son âme, et pour en fixer les destinées éternelles. Si c'est un chrétien riche de vertus, dont la vie a été pure et qui a marché condtamment dans les sentiers de la justice^ il voit, à son heure dernière, ces mêmes vertus auxquelles il a été Tidèle se thanger en iautant delbons anges qui le défendent contre les attaques des puissances infernales. Les esprits célestes ouvrent leurs rangs pour recevoir l'âme de ce chrétien, et au milieu de leurs transports ^de joie et d*àllégresse, entonnant un hymne de victoire en l'honneur du Très-Haut, ils vont la porter au pied du trône de Jésus-Christ. C'est là que cette âme unit ses adorations à celles que l'armée céleste rend au Roi de gloire; c'est alors qu'elle entre en possession du royaume des cieux, lieu derepos et de joies ineffables, foyer de lumière éternelle^ séjour où l'onneiconnalt ni la douleur, ni les gémissements, ni les larmes, ni les soucis; séjour de lu vie immortelle et d'une joie qui n'aura point de fin. (Saint Ephreii.)
20. Comme il était dans les tourments, lemnt les yeux^ il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. — Le mauvais riche, «nper- :cevant Lazare dans le sein d' Abraham :. Mon père, s'écria* t-il., ayez pitié de moi. Il implore la pitié dans les mêmes termes que le plus abandonné de tous les indigente... Et que demande-t-it? — Envoyez Lazare. Quoi! ce Lazare près de qui. mille fois il a passé sans le voh*, Quoi! ce pauvre sur qui ses regards ne daignaient jamais s'abaisser,.
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c'est là celui quil implore comme un sauveur! Mais où sont ces compagnons de débauches ^ ces parasites , ces flatteurs, qui entouraient avec lui cette table splcndide, qui foulaient ces tapis voluptueux? Qu'est devenu ce faste? qu'est devenu cet orgueil, et tout cet or que Ton gardait si soigneusement, et ce luxe de vêtements que les vers disputaient à leur maître y et ces trésors à qui l'on décernait une sorte de culte? Tout cela, feuilles légères que l'aquilon a emportées, songe vain que les premiers rayons du jour ont dissipé, ombre fugitive qui n'a pas tenu contre la vérité ! (Saint Jean-Chrysostôme.)
22. Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu vos biens durant votre vie. — Vous avez reçu. Est-ce qu'il lui était dû quelque chose? Oui, tout criminel qu'il était , il pouvait avoir fait quelques bonnes œuvres; les prospérités humaines en ont été la récompense. Peut-être aussi Lazare, quoique juste, avait-il quelques légères fautes à ex [lier. Car où est sur la terre l'homme qui puisse se vanter d'être exempt de tout péché? Les tribulations qu'il essuie en deviennent l'expiation. Dans l'un , c'est la balance des péchés qui l'a emporté; dans l'autre, celle des actions vertueuses. Arrivés tous deux au terme de la vie, le premier s'est faitvoir vide de justice; le second, puriQé de ses fautes. A l'un un inconsolable supplice ; à l'autre des consolations sans mélange. Ne vous méprenez donc pas dans le jugement à porter sur les prospérités y comme sur les adversités humaines. Ce méchant que vous voyez nager dans l'opulence, pleurez sur son sort : il est réservé au châtiment. Cet homme vertueux, écrasé sous le poids de la disgrâce^ proclamez-le bienheureux : il est purifié de ses fautes, il marche à la récompense. Malheur à celui dont la souffrance ne vient point expier les fautes I un jour viendra où il implorera vainement une goutte d'eau pour étancher la brûlante soif dont il sera consumé. Malheur donc aux heureux du siècle dont les crimes restent impunis sur la terre! leur prospérité même est la cause et l'aliment du supplice qui les attend. (Saint Jban-Chrtsostôme.)
27. Non^ mon pèrey ce n'est point assez pour eux; mais si quelqu^un des morts va vers euXy ils feront p^ntïence.— Tel est le langage que l'on tient dans le monde. Les voilà , ces mêmes hommes qui nous disent : Qui est revenu de l'autre monde? où sont les morts que l'on ait vus ressusciter? qui est venu pour raconter ce qui se passe dans les enfers? Celaient là les propos qui se tenaient journellement dans la maison du riche , au temps de ses prospérités; et il avait bien ses raisons pour
CD. Lxxiii. LÀ YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 3f5
demander que l'on envoyai à ses frères quelque mort ressuscité. Quand on lui citait nos saintes Écritures, il s'en moquait, il ne répondait que par le sourire du dédain ; il se persuadait que tout cela n'était que des fables vaines^ et supposait ses frères à cet égard dans les mêmes sentiments que ceux où il avait été lui-même.(S. Jean-Chrysostôhe.)
28. Quelqu'un des morts reviendrait qu'ils ne le croiraient pas davantage, ^hes morts sortiraient du tombeau : je ne vois pas ce qu'y gagneraient ceux qui demandent à les voir. Jugez-en par ce qui se passe dans les tribunaux humains. Les incrédules ne croient pas à l'enfer, parce qu'ils ne le voient pas : c'est une vérité qui ne se manifeste qu'aux yeux de la foi. Hais les tribunaux où la justice humaine prononce ses arrêts^ où chaque jour elle ordonne que tel sera conduit au supplice; que les biens de tel seront confisqués; que tel autre sera condamné, soit aux mines, soit au feu, n'importe à quel genre de torture, on les a sous les yeux; les malfaiteurs, les pervers, les scélérats entendent ces arrêts, voient ces exécutions. En deviennent-ils meilleurs? Us se rassurent, et continuent leurs dérèglements, parce qu'ils n'ont pas été eux-mêmes atteints par les mains de la justice. Hais je vais plus loin. Combien de fois, atteints eux-mêmes par la loi, mais échappés au supplice et sauvés des cachots, combien de fois n'en a- t-on pas vu risquer les mêmes aventures, et enchérir sur leui*s crimes passés! Ne cherchons donc pas à entendre de la bouche des morts ce que les Écritures nous apprennent tous les jours avec encore plus d'autorité. (Saint Jëan-Cbrysostôme.)
28. S^ils n'écoutent point Moïse et les prophètes , quelqu^un des morts reviendrait qu'ils ne le croiraient pas davantage. — Si Jésus-Christ a opéré des miracles même durant sa vie, et aux premiers temps de son Église, pourquoi n'en opère-t-il plus? Pourquoi il n'en opère plus? Hélas I il en opère encore chaque jour; mais vous ne les voyez pas. Il en opère avec moins de prodigalité, parce que le miracle moral et social, le miracle qui demandait du temps, est accompli et sous vos yeux. Quand Jésus-Christ posait les fondements de son Église, il lui fallait obtenir la foi à une œuvre qui ne faisait encore que commencer; aujourd'hui elle est faite, quoique pas encore achevée : vous la voyez, vous la touchez, vous la comparez, vous la mesurez, vous jugez si c'est une œuvre humaine. Pourquoi donc Dieu prodiguerait-il le miracle à qui ne voit pas le miracle? Pourquoi, par exemple, vous conduirais-je aux montagnes du Tyrol pour y voir des prodiges que
5i6 LA VIE DE ^^ B. JLSUS CBRIST. CH. Lxxiii.
cent mille.de nos contemporaine y ont tus depuis quinze ans ? Pourquoi ramasserais-je une pierre dans la caniàre, quand PÉglise est bâtie? Le :monument de Dieu est debout : toute forœ y a touché, toute science Ta scruté; tout blasphème Ta maudit; regardez-le, il est là. Il est suspendu dix-huit siècles entre le ciel et la terre, comme dit le comte de Maislre : Si vous ne le voyez pas, que verriez-vous? Dans une parabole célèbre, Jésus-Christ parle d'un mauvais riche dfeant à Abraham : Envoyez à mes frères quelqu'un des morts. %t AJiraham répond : S'ils ne croient pas à Moïse et atm prophèteSy ils ne croiront pas à quélqu^un revenu des morts. L^Église esit Moïse, l'Ëglme est tons les prophètes, llÊglise est le miracle vivant :'Qui'ne voit pas les vivante, comment verrait-il les morts? (Le R. P. 1.a€o»aris.)
ÉLÉVATION
Les richesses, la fortune viennent de vous. Seigneur^ vous les donnez à qui vous voulez, et ceux auxquels vous les avez départies ne doivent s'en regarder que comme les dépositaires* Aussi ne frappezvous pas d'anàthême la richesse, Fon^ l'argent, mais l'abus que uotn en faisons, et la folie de ceux qui atlacfaent à ces biens ieurs cœurs, leurs désirs, toutes leurs pensées. Ce dépôt que vous confiez à l'homme lui sera redemandé un jour. S^il a eu pitié du pauvre, du malheureux Lazare couché à sa porte , il a placé avec usure un trésor enire vos mains. Ne nous excusons donc pas, pour nous dispenser de venir en aide à ceux qui soufiRrent, sur ce que nous sommes pauvres nousmêmes; si nous avons peu, donnons peu : Dieu ne nous demande pas de rien faire au-dessus de nos forces, et notre Sauveur loua plus la modeste offrande du denier de la veuve que les présents offerts par les riches. Si. nous ne pouvons pas donner à Tindigeot le ;paia matériel qui doit nourrir son corpq, ne pouvons-^nous j»oint, par nos conseils, par notre compassion^ par nos encouragements, alléger sa misère et verser du baume sur ses plaies? Seigneur, dans la mesure de nos forces nous nous attacherons à placer dans votre royaume ce trésor qui doit nous acquérir des droits aux récompenses de l'éternité; nous nous efforcerons d'exercer la miséricorde envers nos frères souffrants, afin de trouver .nous-mêmes en vous un Dieu nçiisénoor» dieux.