‹ La vie de n. s. Jésus-ChristChapitre 117 sur 141 · TOUS. (BOSSUET · texte numérisé non relu

TOUS. (BOSSUET

17. Qu'allons^ous faire? car cet homme opère beaucoup de prodiges. — Ils ne peuvent se dissimuler la vérité des miracles de Jésus , ils en conviennent ensemble; mais c'est cela même qui les aigrit et qui les aveugle. Ils se sentent diminués dans l'estime du peuple à mesure que la réputation de Jésus-Christ s'établit et s'augmente. Que ferons-nous? disent-ils. Aveugles et conducteurs d'aveugles ! ce que vous ferez? c'est de vous écrier avec le peuple : Que le Seigneur a visité Israël, et qu'un grand prophète a été suscité parmi vous; c'est de lui dire avec le Scribe

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instruit dans le royaume des deux : Maître, nous savons que vous êtes envoyé de Dieu, car personne ne peut faire les œuvres que vous faites, si Dieu n'est avec lui. Ce que vous ferez? c'est de dire avec Taveugle-né : Seigneur, nous croyons que vous êlesle Fils de Dieu; avec une femme tyrienne : Fils de David, «lyez pitié de nous! avec le juste Siméoa: Nous mourrons en paix maintenant, puisque nos yeux ont vu le salut àt Dieu; avec les disciples : A qui pourrions-nous aller désormais, puisque vous avez les paroles de la vie éternelle? enfin, du moius^ avec les démons : Nous savons qui vous êtes, ô saint de Dieu ! Ce que TOUS ferez? Ah! Tyr et Sidon, où il n'a jamais opéré de prodiges, pourraient dire : Que ferons-nous, et qui nous montrera le salut promis à la terre?.». Mais vous, que pourriez- vous avoir à faire que de l'écouter et de recevoir le salul depuis longtemps promis à vos pères?

(Massillon.)

17. Qu^allons-nmis-fatre? car cet homme opère beaucoup de miracles, — Après un si grand miracle, il semble qu'il ne faut pas s'étonner que plusieurs crussent. La résurrection de Lazare était arrivée en présence de tout le monde, à la porte de Jérusalem, avec le concours qu'attire un deuil dans les maisons considéraMes. Plusieurs crurent, dit l'Évangéliste. C'était là l'elTet naturel d'un si grand miracle. Mais d'autres qui savaient la haine des Pontires et des Pharisiens contre Jésus, et qui y entraient, leur allèrent dire ce qu'ils avaient vu. Sur cela on assembla le Conseil, et la résolution en fut étrange. Cette homme fait beaucoup de miracles. Ds ne nient point le fait ; il est trop constant. Que feronsnous ? La réponse paraît aisée : croyez en lui ; mais leur avarice, leur faux zèle, leur hypocrisie, leur ambition, leur envie de dominer sur ks consciences, les aveuglait. En cet état ils ne peuvent croire, comme nous verrons bientôt : et ils aiment mieux résister à Dieu que de renoncer à leur tyrannique domination. Ailleurs ils disent encore : Que ferons-nous à ces hommes, car le miracle qu'ils viennent de faire est public? Tout Jérusalem en est témoin, et nous ne saurions le nier. La réponse naturelle était, 11 y faut croire; mais ils se disaient en même temps : Si nous y croyons, nous ne serons plus rien ; c'est à quoi ils ne pouvaient se résoudre. Les incrédules s'écrient : Comment tout le monde nVt-il pas cru, s'il y a eu tant et de si grands miracles? Ils n'entendent pas le profond attachement de l'homme à ses sens, et aux aflkires qui le flattent : d'où suit une indifférence prodigieuse pour le salut. Ce qui fait qu'on ne daigne pas s'appliquer à ce qui y a rapport, ai s'en informer^ et que ceux qui l'ont vu s'étourdissent eux-mêntes

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pour n'y pas croire ^ de peur qu'en y croyant ils ne soient forcés de renoncer à tout ce qu'ils aiment, et d'embrasser une vie qui leur paraît triste et insupportable. Il faut donc entendre, qu'outre les miracles du dehors, il en fallait un au-dedans, pour y changer la- mauvaise disposition des cœurs. Et c'est là l'effet de la grâce. De là vient que si peu de gens ont cru; encore qu'on ait vu tant de prodiges, et qu'ils eussent été écrits dès le commencement avec des circonstances si particulières, qu'il n'y avait rien de plus aisé que d*en découvrir la vérité. Gomme rien n'eût été plus impudent, ni plus capable de rebuter les plus crédules, que de leur avancer tant de faits positifs, dont le contraire eût été si constant : la foi n'a eu lieu que dans ceux qui ont assez aimé leur salut, et la vériié, pour prendre soin ou de s'enquérir des choses qui se passaient en Judée à la vue de tout le monde, ou d'y faire s'ils les voyaient, les réflexions nécessaires, afin de les voir d'un autre œil que le vulgaire attaché aux sens, et aux préventions. Ce qu'il y a ici de plus étonnant, c'est que ceux qui ne virent pas la main de Dieu dans les miracles qui la déclaraient si évidemment, étaient les plus savants du peuple, les Ponlires, les Pharisiens et les Docteurs de la loi : parce que des hypocrites comme eux, qui n'emploient le nom de Dieu qu'à trom* per le monde; des avares, des orgueilleux qui faisaient servir la religion à leurs intérêts, devaient être naturellement les plus opposés à la vérité, et les moins susceptibles de ses secrets. C'est donc ainsi que les pensées de plusieurs Turent découvertes, parce qu'on devait voir jusqu'à quel point l'intérêt devait animer les hommes les plus sages en apparence, comme les plus considérables du peuple, contre Dieu et la vérité. Loin de profiler du miracle de la résurrection de Lazare, ils résolurent non seulement de tuer Jésus, qui était l'auteur du miracle, mais encore Lazare même, en qui il s'était accompli. Trop de monde le venait voir, et c'était un témoin trop vivant contre eux. Us voulurent donc le tuer, croyant obscurcir par là le miracle de sa résurrection, en montrant du moins que le Sauveur n'avait pas pu le faire vivre longtemps. Ils songent à le tuer, comme si par cette sorte de mort ils pouvaient lier les mains à Dieu. Et il fallait encore que la gloire de Jésus- Christ révélât au monde ce prodige de malignité et de folie. Il ne faut donc plus s'étonner de l'aveuglement des Juifs. Celui des impies et des hérétiques est à peu près de même genre : les secrètes dispositions de tous ces gens-là devaient être découvertes. C'est que l'effort qu'il faut faire contre ses sens, et contre soi-même, pour se donner tout entier à la vérité et à Dieu, est si grand, que plutôt que de le faire, ils aiment mieux étouffer la grâce, et l'inspiration qui les y porte, et s'aveugler

eux-mêmes. Nous sommes aussi de ceux pour qui Jésus-Christ est un signe de contradiction. Et une de ces pensées du cœur humain^ que Jésus-Christ Tenu au monde devait découvrir^ c'est la prodigieuse insensibilité de ceux qui^ élevés dans la foi^ et au milieu des lumières^ préfèrent encore leurs sens et les plaisirs qui les enchantent^ à la vérité qui luit dans leur cœur , et ne craignent pas de vivre comme les impies et les infidèles. (Bossuet.)

17-18. Et les Pontifes et les Pharisiens s* assemblèrent en conseil, et ils se disaient : Qu' allons-nous faire f car cet homme opère beaucoup de prodiges. Si nous le laissons continuer j tous croiront en lui, et les Romains viendront f ruineront notre ville et notre nation. — Pour qui sait Tentendre, quelle force invincible dans le témoignage d^un peuple contemporain! Et ce n^est pas tout : ce peuple infidèle a continué jusqu'à nos jours à reconnaître dans les miracles du Sauveur une exception réelle aux lois de la nature, et les païens en ont tous porté le même jugement. Savants^ ignorants, Juifs^ idolâtres, il n^j a qu'une voix sur la nature évidemment miraculeuse des œuvresde Jésus-Christ. Ils ont tout dit, ils ont consenti à tout admettre^ à tout supposer» plutôt que de les regarder comme des événements naturels. Les uns les ont attribués à la puissance du nom ineffable de Dieu, que Jésus avait dérobé dans le temple; les autres, au pouvoir de Beizébub; quelques-uns, comme Porphyre, à la théurgie; presque tous» aux secrets de la magie; et c'est aux incrédules à voir si ces explications les peuvent satisfaire. Toujours sera-t-il certain que les prodiges opérés par Jésus-Christ et par ses apôtres sont.de véritables miracles, de Taveu de tous les hommes qui en furent les témoins et qui en ont entendu parler; de Paveu des Juifs, des païens, des chrétiens, des musulmans; car voici en quels termes le faux prophète des Arabes fait parler Dieu dans le Koran : a Nous avons donné à Jésus, le Fils de Marie, des signes manifestes, et nous Pavons fortifié par TEsprit-Saint; 9 et ces signes manifestes, il les appelle ailleurs des miracles évidents.

(De Lamennais.]

19-20. L'un d'entre eux, Caïphe^ qui était grand prêtre celle année-là^ leur dit : Vous n'y entendez rien ; il ne vous vient point à la pensée qu'il faut qu'un homme meure pour le peuplCy afin que toute la nation soit sauvée, — La grande habileté des politiques, c'est de donner de beaux prétextes à leurs mauvais desseins. 11 n'y a point de prétexte plus spécieux que le bien public, que les pontifes et leurs adhérents font semblant de se proposer. Hais Dieu les confondit, et leur politique ruina

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]e temple, la \i1Ie^ la nation quMls faisaient semblant de Toaloir sauver. Et Jésus-Christ leur dit à eux-mêmes : Vos maisons seront abandonnées, et tout périra par les Romains^ que vous faites semblant de touloir ménager. Sans être dans les affaires publiques, chacun peut ici considérer ce que c'est que la fausse prudence ou la prudence 4e la chair, ses artifices pour cacher aux autres, et souvent àeHe-inéme, ses mauvais desseins; les vains prétextes dont elle se sert pour cela; sn présomption à faire Phabile, pendant qu'en effet elle est dans la souveraine ignorance; ses fausses maximes pour décider ce qu'on appelle cas de conscience, et l'abus qu'elle fart <les maximes vraies^ l'abus qu'elle fait aussi de son autorité, lorsqu'elle en a, et môme quelquefois la grâce de son ministère, comme fit Caîphe de la prophétie, en quelque sorte annexée au pontificat, comme saint Jean le remarque. Tout cela peut découvrir à chacun les fautes qu'il fait dans la conduite de sa famille, de sa communauté, de soi-même en particulier; comme on s'entête du bien des communautés, à qui souvent on sacrifie des particuliers innocents. Encore croit-an rendre service à Dieu, comme Jésus-Ghriât le dit distinctement des pontifes et des autres ennemis de la vérité, (Bossuet.)

ÉLÉVATION

Heureux Lazare, d'avoir mérité que notre Sauveur t'aimât d'un amour de préférence, et répandît des larmes sur la mort prématurée! Heureuses larmes d'où devaient sortir pour toi le salut et la vie I Seigneur^ qu'avons-nous à envier à celui dont les Juifs étonnés disaient, à la vue de votre douleur : Voyez comme il l'aimait. Nous avez-vous moins aimés^ Seigneur Jésus? Ces pleurs de sang qui inondent le jardin de l'agonie, sur qui les avez-vous versés? Ne devaient-elles pas vivifier la terre où les hommes, ayant perdu leur voie, marchaient, par des chemins ténébreux, hérissés de ronces et d'épines, dans les régions de la mort? Chacun de nous n'a-t-il pas eu sa pari de ces larmes douloureuses? Ahl ne souffrez pas, mon Sauveur, qu'elles nous laissent ensevelis dans le linceul du péché; déliez-nous même des nombreuses bandelettes qui tiennent attachés nos pieds et nos mains et nous empêchent d'obéir à votre voix. Rendus à la lumière par vos souffrances et par votre grâce, nous laisserons ses rayons vivifiants pénétrer dans les plus profonds replis de nos cœurs, pour y détruire le vieil homme» et y former cet homme nouveau dont vous voulez faire pour l'éternité votre frère, votre ami, et que vous voukz admettre à partager votre gloire. Amen.

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