Sachant cela , Jésus leur dit
Hommes de peu de foi, pourquoi arrêter vos pensées sur ce que vous n'avez point de pain? N'avez-vous donc encore ni sens ni intelligence? Votre cœur est-il donc encore aveuglé.
24. Quoi ! ayant des yeux, vous ne voyez point? ayant des oreilles, vous n'entendez point? et vous n'avez point de souvenir?
25. Quand je rompis cinq pains entre cinq mille hommes, combien de corbeilles remportâtes-vous pleines de morceaux? Ils lui dirent : Douze.
26. Et quand je rompis sept pains entre quatre mille hommes, combien remporlâtes-vous de paniers de ce qui était resté? Uf \ui répondirent : Sept.
^ f ^{, Hérode, à prix d*argent et par des promesses , avait suborné un certaia nombre d'hommes pour accréditer la doctrine qa*il était lui-même le Messie. Comme la secte des Hérodiens ne valait pas la peine d'être nommée, Jésus-Cbrist neparleqoe du cheft
CD. i. LA VIE DE N. S. Ji SUS-CIIRIST* 91
Et dicebat «, ; Qoo- 27. Et H djoula T Coiiiment! vous ne «''"' comprenez point encore?
•Qatre non inieiiî. 28. Quol ! VOUS no coHiDrenez Doint qu'îl
g'tis quia non de pane ^ r x
miLto ^^pba".^^^ rt ^'était pas questioivJe pains, lorsque je vous saddn«onua? ^j jjj . Méficz-vous du Icvaiu des Phari-
siens et des Sadduccens?
Tanc inieiieiernnt 29. Alors ils coffiDrirent que ce n'était
mna non dûerHcaTen* '' *-
«SVd^^rApLri^: P^s ^^ levain que Ton met dans le pain, m«etsadd«c«oro«. ^^^^ ^^ |^ doctHue des Pharisieus et des
Sadducéens, qu'il fallait se garder^.
* -f 29. Quelle hamilité de la part des apôtres, et quel désintéressement en tout ce qui les concernait, pour publier ainsi à la face de l'univers la faiblesse de leur Intelligence et de leur jugement avant que le Saint-Esprit fût descendu sur euil
4. J'ai compassion de tout ce peuple, car voilà trois jours qu^ils sont constamment prèsdemoiy et ils n'ont pas de quoi manger. —iésus-Cbrisi nous apprend que tout homme est ce prochain que nous devons aimer comme nous-mêmes^ et en effet il a donné sa vie pour tous les hommes. Hais il aimait particulièrement ses disciples, et ses apôtres^ entre les autres, et entre eux saint Pierre et les deux ûls de Zébédée, et surtout saint Jean. Par son exemple, il a autorisé et sanctifié les affections naturelles et les liaisons particulières d'inclination et d'amitié, qui se peuvent former entre les hommes, sans préjudice de la charité générale. 11 avait encore d'autres amis que ses apôtres. 11 aimait Lazare et ses deux sœurs; il le nomme lui-même son ami, et il témoigna assez sa tendresse en le pleurant mort, lorsqu'il allait le ressusciter. Sa charité s'étendait sur tout le monde : Venez à moi, disait-il, TOUS qui souffrez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Il avait pitié des troupes de peuple qui le suivaient, les voyant affligées et délaissées, comme des brebis sans pasteur. Ce fut la compassion qui l'obligea par deux fois à multiplier les pains; ce fut la compassion qui le porta à ressusciter le fils de la veuve de Naim. Il aimait sa patrie, le peuple d'Israël et la ville de Jérusalem, comme bon citoyen. Il pleura sur elle au milieu de son triomphe, prévoyant les malheurs qu'elle s'attirait par ses crimes. Ce serait une trop grande témérité de pré-
SS LÀ YIE DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ch. l.
tendre remarquer toutes ses vertus : la considération en est infinie; et les âmes saintes qui méditent attentivement l'Evangile y découvrent toujours plus de merveilles. (Fleurt.)
L rai compassion de lout'ce peuple , car voilà trois jours qu'ils sont constamment près de moi, et ils n^ont pas de quoi manger. - Etudions ici les caractères de la charité de Jésus-Christ^ afin de les retracer dans notre conduite envers les pauvres : puisque ce qu'a fait le divin Maître, le disciple doit le faire à son tour et de la même manière. Or, dans cet adorable modèle, nous voyons une charité profonde et gêné* reuse; une charité attentive aux besoins de ceux qu'elle aime; une charité agissante, qui, non contente de donner elle-même, secommuquc aux autres, afin qu'ils donnent à leur tour. Nous avons dit, Charité profonde et généreuse. Représentons-nous et adorons Jésus-Christ assis sur celte montagne, probablement à quelque distance de ses disciples. Pourquoi est-il venu dans ce désert? C'est pour y attendre la foule du peuple, et pouvoir converser avec elle, l'instruire et la consoler, sans être troublé par la haine des Scribes et des Pharisiens. Il s'asseoit parce qu'il est disposé à attendre autant qu'il le faudra. II est sur le haut d'une montagne, sans doute pour être plus aisément aperçu de ceux qui le cherchent, et pour épargner le chemin aux boiteux, aux infirmes, et à ceux qui apportent des malades. Après avoir guéri tous ceux que Ton a jetés devant lui, car c'est le mot de l'Évangile, Jésus s'applique à instruire et à consoler cette foule, jusque-là repoussée par les docteurs juifs. Trois jours se passent ainsi, pendant lesquels les heureux auditeurs ne savent ce quMls doivent le plus admirer, ou de sa puissance infinie, ou de sa charité aussi grande que sa puissance. Quand vient le momentde la séparation, il adresse à ses disciples une parole qui leur découvre son âme tout entière : Je sens mon cœur et >mes entrailles s'émouvoir de compassion au sujet de tout ce peuple, leur dit-il. 11 pense à la foule avant de penser a ses disciples et à luimême : car, pendant les trois jours, toute sa nourriture avait été de faire ta volonté de son Père et de se prodiguer pour les malheureux ; ainsi, aimer les pauvres comme ses frères ; jeûner et se priver de tout pour les soulager, telle doit être la charité du chrétien, bien différente de celle du monde. Nous avons dit aussi , Charité attentive aux besoins de ceux qu'elle aime. Le Fils de Dieu, malgré l'importance de la mission qu'il vient remplir sur la terre, et dont il s'occupe constamment; malgré le sacrifice de la croix auquel il se prépare, et qu'il a sans cesse
devant les yeux; malgré toutes les grandes et sublimes pensées qui remplissent son âme sainte, ne laisse pas de prêter toute son attention à ce qui peut devenir pour ses frères un sujet de souffrance.il a compté les jours de privation que ses auditeurs s'étaient imposés; il a supputé le temps qu^avaient pu durer les provisions; il a calculéi en quel* que sorte, la distance que chacun aurait à franchir pour retourner en sa maison. Tel est encore le devoir de la charité chrétienne. Bien heureux celui qui sait comprendre les besoins du pauvre et de Tindigent: le Seigneur le délivrera au jour mauvais^ tandis que la dureté et l'insouciance envers ses frères dans la détresse seront abandonnées à leur triste sort. Nous avons dit encore^ charité agissante et effective. Lorsque^ dans une autre occasion, les disciples dirent au Sauveur de renvoyer le peuple, afinquMl allât dans les villages et dans les métairies d'alentour trouver un abri et de quoi se nourrir. Non, leur répondit-il, donnez-leur Tous-mêmes à manger. Aujourd'hui les disciples n'ont point parlé; le peuple n'a fait entendre aucune demande ; la charité de THomme-Dieu n'en sera pas moins active. Elle passera même dans le cœur des disciples, qui se feront un bonheur de servir les pauvres avant de se servir eux-mêmes. S'ils n'ont rien à donner, ils mettront du moins à la disposition de leurs frères, leur zèle et leur bonne volonté. (B.)
9. El prenant les sept pains il les rompit et les donna à ses dis^
ciples, et ses disciples les donnèrent au peuple^ etc. — Interrogeons les miracles de Jésus-Christ, écoutons-les et rendons-nous-y attentifs; car, comme Jésus-Christ est substantiellement le Verbe de Dieu, il n'y a rien dans lui qui ne parle, et ses actions mêmes ont pour nous leur langage et leur expression. Or, ce que nous dit en particulier le miraracle de ces pains, si promptement et si abondamment multipliés, c'est qu'il y a une Providence qui gouverne le monde; une Providence à laquelle nous devons tous nous soumettre, non pas comme le reste des créatures, par une soumission de nécessité, mais comme des créatures raisonnables, par un libre consentement de notre volonté. Voilà la voix de Dieu, et ce qu'elle nous apprend. Cependant, quelque intelligible et quelque éclatante que soit cette voix, il y a encore des hommes qui ne veulent pas l'entendre. Jl y en a qui, après l'avoir entendue, n'en sont pas plus dociles ni plus soumis. Quoi de plus criminel et, en même temps, quoi de plus malheureux qu'une pareille conduite? (Bourdaloue).
94 LÀ TIE DE 9Ï. fi. JFSCS^CHIllST. ch. l.
11. Et de ce qui resta de morceaux, ils remportèrent sept corbeilles pleines.— Lorsque Jésus-Christ rassasia cinq mille hommes ayec cinq pains, il en resta, nous dit TEvangile, douze corbeilles ; pourquoi donc au}ourdliui qu'il y ayait sept pains, et seulement quatre mille hommes à rassasier, n'en reste-t-il que sept corbeilles? Le Fils de Dieu, la Sagesse par excellence, Toulut quHl y eût une difTérence entre ces deux miracles, d'abord, pour que, dans lasuHe^ on ne les confondît point Ton a^ec Vautre, et d'un autre côté pour frapper davantage Pespri t de ses disciples eux-mêmes. Au premier miracle, il reste de morceaux autant de corbeilles qu'il y a d'apôtres ; à celui-ci, autant que Ton a présenté de pains au Sauveur. Par ce moyen, les deux multiplications des pains se gravent dans leur mémoire, chacune avec un signe qui les distingue. Par là aussi Jésus-Christ nous montre qu'il agit en Dieu, c'est-à-dire, avec une puissance infinie réglée par une sagesse également infinie. Car il n'y a point d'homme, quelque intelligent qu'on le suppose, qui, ayant à rassasier de si grandes multitudes, puisse prévoir d'avance ce qu'il lui faudra de pains pour qu'il en reste douze, ou sept corbeilles, ni plus ni moins. Hais dans les œuvres d'un Dieu, tout est prévu, tout porte l'empreinte d'une sagesse ineffable. Aussitôt après ce miracle, Jésus monte dans une barque et s'en va de l'autre côté de la mer, près du bourg de Hagedan, pour empêcher peut-être que la foule, dans son enthousiasme, ne songe encore à le proclamer roi.
(Saint Jean-Chrisostômb.)
18. Pourquoi cette génération méchante et adultère demande-t-elle un signe ? — Où sont ceux qui aujourd'hui encore demandent des miracles et des prodiges? Qu'ils sachent et qu'ils comprennent que ce qu'il nous faut avant tout, c'est une âme droite et un cœur docile, sans quoi les miracles ne nous seraient d'aucune utilité. Les Ninivites ont cru et se sont convertis presque sans aucun miracle ; les Juifs, au contraire, après tant et de si grands prodiges opérés sous leurs yeux, sont tombés dans l'abime de l'incrédulité et de tous les maux qu'elle entraine à sa suite. (SAiirr Jean - Chrtsostôhe.)
\i. Je vous le dis en vérité, aucun signe ne lui sera donné, si ce n^est le signe du prophète Jonas. — Les Pharisiens avaient appris par les disciples de Jésus le miracle de la multiplication des pains qu'il venait de faire, et ils avaient été témoins des guérisons remarquables qu'il avait opérées. Ils ne pouvaient contester les prodiges qu'il avait faits sur la terre; il leur en fallait d'autres au ciel. Ce qu'il avait fait jusqu'ici ne leur suffisait pas; il fallait encore que, comme Moïse, il fit
tomber le pain du ciel ; que^ comme Josué, il fit éclater des signes au soleil et dans la lune; que, comme Samuel, il fit gronder le tonnerre et pleuvoir la grêle; et que^ comme Elie enfin, il appelât sur la terre la pluie et le feu du ciel. Ce quMls cherchaient dans les miracles, ce n'était pas une preuve de la divinité de Jésus-Christ, mais une occasion de disputer avec lui. Ils demandaient ce qui était en apparence impossible ; mais, lors même quMls Tauraient obtenu, ils n'en anraient pas été plus convaincus pour cela, à cause de leur mauvaise irolonté. Et c'est là ce qui arrive encore tous les jours sous nos yeux pour les incrédules : plus on leur donne de preuves, et plus, à la manière des Juifs, ils en demandent. Ce n^est pas assez pour les convaincre que nous leur montrions les signes qui ont paru, soit sur la terre, soit au ciel ; ce n'était pas assez pour les Pharisiens que Tétoile du Messie eût paru dans le firmament, et annoncé k terme de Tatlente et des espérances du genre hnmtm. Pour leurs cœurs endurcis , il fallait d'autres signes et d'autres merveilles. Us vinrent ces signes, lorsque, quelques années plus tard, une comète apparut au ciel sur Jérusalem, pendant une année entière, sous la forme d'un glaive enflammé; lorsqu'on vit dans Pair courir les uns contre les autres, à travers les nuages, des chariots de guerre etdes troupes de soldats armés, lorsque des feux, rouges et légers, voltigèrent dans le temple avec le bruit du tonnerre, et annoncèrent à la ville sainte sa ruine prochaine.
(Le D* Se» *.)
18. Je vous le^dis en viritéy aucun signe ne lui sera donné, si ce ri^est le signe du prophète Jonas. — Salomon et Jonas n'avaient point fait de miracles^ et cependant la reine de Saba avait été attirée par la sagesse du premier, et Ninive avait fait pénitence dès le premier jour de la prédication de Jonas. Or Jésus-Christ était la source de toute sagesse. Il y avait déjà trois ans qu'il prêchait aux Juifs la pénitence et faisait des miracles sous leurs yeux, et ils ne l'écoutaient point. Un signe allait donc leur être donné du fond de la terre : celui de sa propre résurrection. De même, en effet, que le prophète, après avoir été enseveli pendant trois jours dans la mer, avait reparu parmi les vivants, ainsi le Messie devait être miraculeusement déhvré des lions de la mort. Dans les deux cas» trois jours signifiaient un nombre de Jours indéterminé. Les Juifs croyaient que trois jours après la mort, l'âme se sépare pour toujours du corps qu'elle a abandonué. C'est pour cela qu'Osée, chapitre 6, dit : a 11 nous appellera après deux jours à la
^ TraducUoQ de M. Charles Sainte-Foi.
06 LA VIE DE N. S. JLSUS-CHUIST. en. L.
vie ; le troisième il nous réveillera do nouveau, et nous vivrons devant sa face. » Mais dans la vérité Jésus ne demeura dans le sein de la terre qu'un jour et demi , ou un jour et deux nuits j et ressuscita ensuite, donnant aux Juifs le signe quUl leur avait annoncé. Notre-Seigneur leur donne ici ce temps si court comme Fextrême limite que Dieu leur accorde pour faire pénitence. Si, après ces trois jours^ ils ne se convertissent pas^ comme les NiniviteSi Jérusalem aura le sort dont Ninive était menacée. (Le D' Sepp.)
ÉLÉVATION
Seigneur, quand je me trouve dans votre saint temple aux jours de grandes solennités, où se rassemble une foule nombreuse qu'on voit si rarement dans votre maison qu'elle y semble comme étrangère, je me représente ce temps heureux pour Israël où vous parcouriez ses villes et ses bourgades, où vous montiez sur les montagnes pour y attendre ces troupes de peuple, amenant avec elles leurs muets, leurs aveugles, leurs boiteux, et tous ces inflrmes qui espéraient de vous leur guérison. Sur Tautel, comme autrefois sur les monts de la Judée, vous avez pitié de toutes ces misères que souvent ceux qui en sont atteints ne connaissent pas; vous leur faites distribuer abondamment le pain de la parole sainte, et pendant qu'un grand nombre sont attirés ou par un reste d'habitude, ou seulement par la pompe des cérémonies religieuses, vous parlez au cœur de plusieurs, et vous les renvoyez guéris de leurs infirmités spirituelles, ou plus disposés à suivre la lumière dont un rayon a frappé leurs yeux. Qui de nous n'a vu quelques-uns de ces miracles de la grâce ? Peut-être même sommes-nous de ces infirmes qui défaillaient dans le chemin et que vous avez nourris, fortifiés et rendus à la vie. Qu'avons-nous besoin de prodiges nouveaux pour croire en votre amour et en votre puissance? Pourquoi, si notre ame est droite et notre cœur docile, craignons-nous que le pain de chaque jour, aliment de lYime, aliment du corps, que vous accordiez si abondamment à ceux qui ne le demandaient pas, manque aux enfants qui Timplorent de vous? Donnez-nous toujours de ce pain de \ic, Seigneur, toute autre nourriture, quelle qu'en soit la douceur ou la force, laisse toujours défaillante notre âme faite pour Timmorlalilé, el qu'aucune jouissance hors de vous ne saurait sali^ffaire plcinemcnl.