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saint Paul touchant la pleine vérité de l’histoire évangélique. Celui-ci n'est pas un simple et un ignorant qui ait pu être trompé par des semblants de prodiges ou subjugué par le charme et l'ascendant d’une nature supérieure, ni un homme qui ait cru de loin sur ce qu’il entendait raconter, ni un philosophe que la séduction de la pensée ait conduit à composer un mythe pour faire accepter du monde les idées qu’il avait conçues. C’est un contemporain, un savant, un docteur de la loi, un pharisien, un ennemi. 11 a résisté aux miracles et à la parole candide et cordiale de Pierre, à la science et à l’éloquence d’Étienne, aux troubles de son propre cœur, si grand et si généreux. Ni le sang des martyrs ne l’a converti, ni les larmes et les vertus des fidèles ne l’ont touché. Humainement , il n’avait rien à gagner, il avait tout à perdre à se faire chrétien. Il est renversé, la beauté glorifiée de Jésus passe devant ses yeux comme un éclair, il sait ce qu’il voulait ignorer, il se relève le contraire de ce qu’il était, il s’engage parmi ceux qu’il venait proscrire.
On a inventé des mots qui rendent compte de ces révolutions intérieures dont Paul a été le premier exemple, et que tous les siècles et que tous les peuples ont vues depuis lui. C’est un coup de délire, une fièvre, une « hallucination. » — Paul a vu passer un éclair, il a cru
qu’il voyait la face de Jésus, et un coup de tonnerre lui a fait croire qu’il entendait sa voix; il a cru apprendre soudainement ce qu’il savait déjà. — C’est ainsi que l’on explique la conversion de l’Apôtre, sa vie, ses travaux, sa doctrine, son martyr, sans se donner l’ennui d’inculper sa sincérité.
Mais, grâce à Dieu, la figure de saint Paul nous est parfaitement connue. Devant cette figure, la raison ne peut se prostituer à des abaissements qui l’aveuglent tout à fait. Si Jésus-Christ n’avait pas vécu, n’était pas mort, n’était pas ressuscité; s’il n’avait pas été le Fils de Marie, le Fils de David , le Fils de Dieu ; si les doctes d’Israël n’eussent pu reconnaître en lui tous les traits du Messie annoncé dans les Écritures, s’il n’avait pas été l’homme et le Dieu que nous présente l’Évangile, assurément c’eût été peu de chose pour l’esprit de saint Paul que le coup de foudre ou le coup de folie du chemin de Damas. Trois ans de quasi solitude, sous la double pression de la haine furieuse des Juifs et de la longue défiance des chrétiens, lui ont donné tout le temps de se reconnaître ; le premier essai de la vie apostolique eût suffi pour lui rendre le bon sens. La vie apostolique n’a jamais été douce suivant la nature, elle ne fut jamais plus rude qu’en ces premiers temps; personne jamais n’en a porté le poids plus plein et plus rigoureux que saint Paul.
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Le Seigneur avait dit à Ananie, en l’envoyant à Saul : Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom.
Lorsque saint Paul écrivait sa seconde épître aux Corinthiens, vers l’an 57, une dizaine d’années avant sa mort, il avait déjà été flagellé cinq fois par les Juifs et trois fois battu de verges par les Romains, supplices souvent mortels. A Lystre, les Juifs l’avaient lapidé et laissé pour mort. Il avait fait naufrage trois fois. Avant d’avoir la tête tranchée, il fut enchaîné et mis en prison sept fois. « J’ai fait beaucoup de voya- « ges, j’ai été en péril sur les rivières, en péril « de tomber entre les mains des voleurs, en pé- « ril de la part de ceux de ma nation, en péril « de la part des Gentils, en péril dans la ville, « en péril dans le désert, en péril sur mer, en « péril du côté des faux frères. J’ai été dans « l’alfliction et dans la douleur, dans les lon- « gués veilles, dans la faim, dans la soif, dans « beaucoup de jeûnes, dans le froid et dans la « nudité. Outre les afflictions extérieures, j’ai « celles de l’esprit. » C’est cette vie qu’avait embrassée l’homme désigné pour devenir le chef du puissant parti des Pharisiens ; et il la commença tout de suite après que Jésus-Christ lui eût fait dire par Ananie qu’il lui montrerait combien il devait souffrir pour son nom.
Mais au milieu de cette vie, dans cette chaîne
de fatigues, d’angoisses, de séparations et de tortures, ayant sous les yeux le spectacle et le fardeau de ce monde de Satan où il vit dominer tour à tour Caligula, Claude et Néron, il surabondait de paix, d’espérance et de joie. C’est lui qui le dit, en paroles toutes resplendissantes de l’allégresse de son cœur. Quatre fois au moins depuis l’apparition de Damas, la présence visible de Jésus-Christ lui apporta ces baumes de la croix, la paix des persécutés, l’espérance des condamnés, la joie des abandonnés. Une fois l’extase l’emporta en présence du Fils de l’Homme régnant au Ciel, dans le voisinage immédiat de Dieu, et il entendit des choses que les langues terrestres ne sauraient exprimer. Il était tellement plein de son Dieu et de son amour qu’il a pu dire : « Je ne vis plus, c’est Jésus-Christ qui vit en moi. » La vie de Jésus-Christ en lui se manifestait par une sagesse de conduite, une douceur et une charité qui surpassaient encore la grandeur de ses révélations et de son génie. Il a éclairé les secrets de la Grâce, de la Prédestination, du Verbe incarné, de la vocation des Gentils, des sources et des effets des principaux sacrements, de la nouvelle alliance et du nouveau sacerdoce, de l’abrogation de la Loi et de notre liberté en Jésus-Christ; il a répandu ses lumières d’une main aussi prudente que vigilante, d’un cœur toujours humble et doux. Toutes les gran-
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des voix qui ont enseigné dans l’Eglise l'ont célébré; Dieu l’a loué davantage. Il a voulu que ce modèle du nouveau prêtre et du nouvel homme fût particulièrement et pour ainsi parler personnellement connu du genre humain. Le livre des Actes des Apôtres fut inspiré pour affermir les droits de l’apostolat, constater la primauté de Pierre et nous laisser l’histoire et le portrait éternel de Paul, apôtre des nations, élu, conquis et formé par le Seigneur Jésus. .
Saint Paul mourut à Rome, par le glaive,
l’an 67 de Jésus-Christ, et c’était environ son âge.
Il fut décapité sur le chemin d’Ostie, qui était
la grande voie par où le monde entrait dans Rome,
dont le séjour de Pierre avait fait déjà la capitale »
de l’Eglise catholique.
La même année, probablement le même jour, Pierre, lié par les mêmes bourreaux, fut attaché à la croix. Dieu l’avait tiré de la main des Juifs afin qu’il vînt à Rome et que l’arbre de la croix y prît racine.
Rome donc eut le second Calvaire et la seconde croix. Ils la plantèrent sur le Vatican , où s’étendait un jardin de Néron, sol déjà profondément arrosé de sang chrétien. C’est là que des fidèles du Christ, couverts de peaux de bêtes, avaient été livrés à la dent des chiens, tandis que d’autres, enduits de résine, brûlaient enchaînés, comme des torches, pour éclairer ces jeux de
l’empereur. Néron était alors entouré de devins et de magiciens juifs qui rattachaient à lui leur espérance du Messie; l’impératrice Poppée était prosélyte. Ces influences ne restaient pas étrangères à la persécution. Pierre fut crucifié d’une façon particulière, ses pieds que Jésus avait lavés, tournés vers le ciel, sa tête en bas, comme pour en faire tomber la couronne. Sur le Vatican s’élève aujourd’hui la basilique dédiée au Prince des Apôtres; là réside, après dix-huit siècles révolus, son deux cent cinquante-quatrième successeur. — Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront pas!
LF. S A P O T R R S , JEAN.
éja plusieurs des Apôtres avaient subi le martyre. Jacques, fils de Zébédée, et Jacques, fils d’Alphée, étaient morts à Jérusalem : le premier, par l’ordre du pouvoir politique -, le second à l’instigation du Prince des Prêtres. André, frère de Pierre, après avoir évangélisé les Scythes, devait trouver la paix en Achaïe; d’autres attendaient la même récompense dans les lointaines missions où leur zèle les avait dispersés. Quoique la fin de tous ne soit pas positivement connue, il y a lieu de croire qua l’exception de Jean, qui mourut de mort naturelle après avoir vaincu le martyre, tous ont donné a Jésus-Christ le témoignage de leur sang.
En comptant Matthias, désigné par le sort, Barnabé, élu par les Apôtres, et saint Paul, choisi par une vocation directe et particulière, il y avait eu quatorze Apôtres. De ces quatorze, spécialement appelés et spécialement envoyés par Jésus-Christ, Jean, moins de quarante ans
après la mort du Sauveur, restait sinon seul vivant, du moins seul en évidence dans le cercle de la civilisation romaine. Dieu conserva longtemps cet appui au successeur de Pierre, seul chef de l’Église.
Jean s’était établi à Éphèse, capitale de l’Asie Mineure et centre d’une grande activité intellectuelle. La mobilité de l’esprit grec semblait n’être touchée du Christianisme que comme d’un aiguillon qui la poussait dans la subtilité et dans les chimères; elle ourdissait des systèmes où le paganisme et le judaïsme, couverts d’un masque chrétien, s’accordaient pour nier la réalité divine et humaine de Jésus-Christ, et pour détruire complètement sa morale et sa révélation. La surveillance d’un Apôtre y était nécessaire. Nul ne pouvait mieux pourvoir à cette nécessité que celui dont la tête avait reposé sur la poitrine du Seigneur, et qui avait ensuite été le compagnon et l’ami le plus intime de saint Pierre. Quelques traits de la vie de saint Jean nous peignent sa charité et sa fermeté. Épuisé par l’âge, devenu incapable de prêcher, il se faisait porter dans les assemblées des fidèles, et il ne cessait de répéter : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Car , ajoutait-il, tout est dit quand cela est fait. » Sa vigueur apostolique est attestée par la persécution que les païens lui firent subir. Amené à Rome sous
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Domitien et plongé dans l’huile bouillante, niais sorti sain et sauf de ce supplice, il fut relégué dans l’île de Patmos jusqu’à la mort du persécuteur. Durant sa captivité ou immédiatement après, il écrivit l’Apocalypse, livre plein de mystère et de beauté, toujours lumineux et toujours obscur, d’où la doctrine et la prophétie s’épanchent comme d’une source intarissable, et qui, interrogé sans relâche, ne livre au monde que par époques les vérités qu’il contient.
Prophétie perpétuelle des destinées de l’Eglise, tableau divin du gouvernement et de la puissance de Jésus-Christ, l’Apocalypse est aussi un chant de triomphe. C’est le cri des martyrs qui conquièrent le monde au Fils de Dieu. L’Apôtre Prophète raconte les combats que livrera Satan; il célèbre la chute de son empire, lorsqu’il se croira maître à jamais : « Et moi, Jean, je vis « la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui venait « de Dieu et descendait du Ciel comme une « épouse qui s’est parée pour son époux. Il n’y « aura plus là aucune malédiction, mais le Trône « de Dieu et de l’Agneau y sera, et ses servi- « teurs le serviront. Ils verront son visage et « ils auront son nom écrit sur leurs fronts. Il « n’y aura plus de nuit, et ils n’auront plus « besoin de lumière de lampe ni de lumière du « soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclai- « rera; et ils régneront dans les siècles des siè-
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« clés... Heureux ceux qui lavent leurs robes dans « le sang de l’Agneau, afin qu’ils aient pouvoir de « jouir de l’arbre de vie et qu’ils entrent dans la « ville par les portes! — Dehors les chiens* les « empoisonneurs, les impudiques, les homicides, « les idolâtres, et tous ceux qui commettent le k mensonge ! Moi, Jésus (dit le Christ), j’ai en- « voyé mon Ange pour vous rendre témoignage « de ces choses dans les Églises. C’est moi qui « suis sorti de la racine et du sang de David, « qui suis l’étoile luisante, l’étoile qui paraît le « matin. L’Esprit et l’Épouse disent : Venez !
.. , « Que celui qui l’entend, dise aussi : Venez ! « Que celui qui a soif vienne; et que qui voudra « reçoive gratuitement de l’eau de la vie! Amen. « Venez, Seigneur Jésus! »
Ainsi l’Apôtre, prisonnier de Domitien, répondait à ceux qui versaient comme ils voulaient et tant qu’ils voulaient le sang des martyrs. Domitien se donnait formellement le titre de Dieu, et l’exigeait de tous, soit par écrit, soit de vive voix. Il faisait placer sa statue dans l’endroit le plus sacré des temples ; il mettait en tête de ses lettres : « Notre Seigneur et Dieu ordonne. » Le monde obéissait à Domitien. Les chrétiens mouraient. Ils lavaient leurs robes dans le sang de l’Agneau, dans leur propre sang pour entrer « par les portes », par la doctrine des Apôtres dans la cité fermée aux idolâtres, aux impudi-
LFS APOTRKS, JEAN.
ques et aux menteurs. Depuis Etienne jusqu’à ce moment de l’histoire évangélique, combien de sang avait déjà coulé pour attester cette parole de Jésus : « Aye\ confiance, j’ai vaincu le monde! » Et Jean écrit : « Quiconque est né « de Dieu est victorieux du monde, et ce qui K remporte la victoire sur le monde, c’est notre « foi. »
Peu de temps après avoir publié l’Apocalypse, l’Apôtre publia son Evangile. Déjà les trois autres évangiles étaient connus. Matthieu, le premier, écrivit ce qu’il avait vu-, Marc, Disciple et compagnon de Pierre, ce qu’il avait recueilli de son Maître; Luc, Disciple et fidèle compagnon de Paul, ce qu’il avait appris avec beaucoup de soin et du grand Apôtre et des imposants témoins qu’il eut tant d’occasions d’interroger. A la prière des prêtres et des fidèles, au moment de quitter la vie, Jean écrivit à son tour, afin de montrer que « Jésus-Christ est le Fils de Dieu et que ceux qui croient en lui ont la vie éternelle. » Sans nommer les hérétiques, déjà experts à répandre de fausses doctrines touchant la personne et le caractère divin du Sauveur, il les réfuta. En même temps, il attestait et complétait les Evangiles antérieurement parus.
Isaïe, favorisé de la vision la plus haute qui ait été accordée aux saints de l’ancienne loi, vit « le Seigneur assis sur un trône élevé et su-
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blime, et ses vêtements remplissaient l’enceinte du Temple resplendissant de sa majesté. » Saint Jean, rapportant les paroles qu’Isaïe entendit de Dieu dans cette vision, les applique à Jésus : « Isaïe a vu sa gloire et il a parlé de lui. » C’est là, disent les Pères, le sujet de l’évangile de saint Jean. Les autres évangélistes parlent davantage de l’humanité du Christ-, Jean est proprement l’évangéliste de sa divinité. Le lion , l'homme et le taureau, symbole des autres, marchent sur la terre, parce que ces évangélistes nous disent surtout ce que le Christ a fait en la chair et recueillent principalement les préceptes qu’il a laissés à ceux qui portent le poids de la chair. Jean est figuré par l’aigle. Il prend son vol bien au-dessus de l’infirmité humaine-, il dépasse toutes les hauteurs, il dépasse tout ce qui a été créé, pour parvenir jusqu’à Celui qui a créé tout; et sur ce soleil de la vérité immuable, il fixe des regards très-perçants et très-assurés. Chrysostôme ne craint pas de dire qu’il y a des choses que les Anges ont apprises de la révélation de Jean.
Il lui a été donné de connaître le mystère de la divinité du Christ, par laquelle le Fils est en tout l’égal du Père, et il en communique les lumières à l’intelligence humaine autant qu’elle les peut recevoir. Comme Isaïe, il a vu le Seigneur sur un siège élevé et sublime, car il a vu le