‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 11 sur 106 · JÉSUS AU TEMPLE. I · texte numérisé non relu

JÉSUS AU TEMPLE. I

léem avaient connu ce mystère, au lieu de cris et de pleurs, on n'aurait entendu que bénédictions et que louanges. Elles auraient su que leurs fils n’étaient pas morts ; que le baptême de sang leur avait au contraire donné la vie éternelle ; et que là où le Christ a appelé les enfants, sa miséricorde veut attirer aussi les mères.

Hérode n’étant plus, Joseph, toujours averti et

toujours docile, quitte l’Egypte et se retire à Nazareth.^ Il sera appelé Nazaréen. » Le mot de Nazaréen contenait uii grand mystère. Nazaréen veut dire séparé, voué à Dieu, voué à la pénitence. Pilate accomplira les Prophètes en inscrivant ce mot sur le titre de la Croix. Mais en même temps que Jésùs- Christ est l’accomplissement des prophéties anciennes, toute ^sa vie en ce monde et toute sa parole sont la prophétie des choses futures. Pourquoi est-il déjà persécuté ? Pour avertir l’Église, répond Bossuet : « Ce roi dont le royaume n'est pas de ce monde, Hérode le hait dès sa naissance, et lègue cette haine à sa maison. Ainsi s’est perpétuée de prince en prince la haine de l’Église naissante. Ainsi s’est élevée contre l’Église une double persécution : la première, sanglante ; la seconde, plus sourde, mais qui néanmoins l’opprime. » La tyrannie ne perdra pas ce flair d’ H érode !

A douze ans, Jésus prononce la première parole que l’Évangile nous ait conservée. Il la prononce dans le Temple, et elle affirme sa divinité.

ï34 tIVRE I, CHAPITRE II.

L’Evangile nous y prépare , lorsqu’il dit que l’Enfant, assis parmi les docteurs, les écoutait et les interrogeait. Il est assis entre les Maîtres, malgré son jeune âge. Probablement qu’après l’avoir entendu, surpris de sa science, ils l’ont eux-mêmes appelé à ce rang. Pour montrer son humanité, il écoute humblement ; pour montrer sa divinité, il interroge avec intelligence, et ses réponses aux questions qu’on lui adresse ou à celles qu’il a lui-même posées, excitent l’admiration de ‘tous ceux qui l’entendent.

Sa mère, le retrouvant après trois jours d’inquiétudes, lui dit, encore émue : « Mon fils, nous vous « cherchions tout affligés, votre père ex moi. » Il répond avec quelque sévérité : « Pourquoi me « cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut « que je m’emploie aux choses qui regardent mox Père ? » Elle parle de Joseph, il parle de Dieu. Marie elle-même ne comprit pas. S’ils avaient compris et entendu , s’ils avaient su tout ce qu’était le Fils de Dieu, comment soutenir cette majesté ? Il fallait qu’elle fût deux fois voilée, même à Marie. Mais le respect de Joseph fait assez connaître ce qui perçait de divin à travers la nature humaine r et Marie « conservait tout cela en sa mémoire » ; et comme il est encore écrit : « Elle le méditait dans son cœur. » Elle apprenait le détachement, elle faisait son noviciat pour le jour de la Croix. Ce récit est de saint Luc. On aime à se représenter saint Luc

recevant connaissance de ces détails par la bouche de la sainte Vierge.

L'Évangile ajoute : « Jésus descendit avec Ma- « rie et Joseph, et il leur était soumis. » C’est une des paroles qui soutiennent la société humaine. Soumis à l’autorité paternelle, soumis dans les plus humbles travaux , soumis trente ans î

Jusqu’à la prédication du fils de Zacharie, nous ne savons rien autre chose de la vie de Jésus, sinon qu’il resta chez ses parents et qu’il leur était soumis, gagnant sa vie par le travail de ses mains. Il n’a pas voyagé pour s’instruire dans les fameuses sciences des Égyptiens et des Grecs. Les Juifs, étonnés de sa sagesse, se demanderont si ce n’est pas lui qu’ils ont vu parmi eux, dans l’humble condition d’artisan : un charpentier, fils d’un charpentier ? Au rapport de saint Justin, il fabriquait des jougs de charrue. Son pain céleste était d’accomplir la volonté de son père; il gagnait le pain terrestre à la sueur de son fronts Prédication d’obéissance, d’humilité, de travail. Elle a duré trente ans.

Il y a une autre parole qui étonne : Jésus autem proficiebat ; Jésus croissait. Comment se peut-il faire que le Verbe éternel, principe de toute grâce et de toute sagesse, croisse en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes ? Plusieurs Pères ont examiné cette question. Les hautes ditïicul-

tés de l’Évangile, ce sont eux qui les ont vues. Selon saint Grégoire, ces paroles peuvent signifier que la sagesse dont Jésus était la source, se répandait chaque jour plus abondante sur ceux qui l’entouraient, les préparant aux lumières de sa doctrine. Selon saint Thomas, le Christ n’a pas voulu faire éclater dès son enfance la plénitude de divinité qui était en lui, afin de bien montrer que la nature humaine qu’il avait revêtue n’était pas une apparence, mais une réalité, puisqu’il se soumettait à ces conditions de faiblesse et de développement progressif.

Saint Bonaventure ne craint pas de jeter un regard dans cette petite maison de Nazareth où Jésus vivait soumis à sa mère et à son père adoptif. Pour l’orgueil humain, là est le grand abaissement ; c’est la vie du pauvre avec toutes ses gènes et toute sa petitesse détestée. Ni prédication, ni combat, ni miracles; rien dans cette ombre. Tous les jours chacun simplement gagne sa journée. Joseph, dit le saint docteur, travaillait de son métier; Notre- Dame, l'aiguille ou le fuseau à la main, subvenait pour sa part aux besoins de la maison. Elle faisait les autres travaux qui sont de l’office de la femme, entretenait la décence du logis, préparait les repas, servait enfin son époux, et son fils et elle-même, sans qu’il y eût personne pour l’aider. Mais quoi ? personne ? N’y avait-il pas Celui qui est venu, suivant sa propre expression, pour servir? Jésus donc

INTÉRIEUR DE NAZARETH. I 3y

la servait et servait Joseph. Nul doute que le Fils de Dieu n’ait aidé sa mère, n’ait pris ces humbles soins. Oui, oui, ne reculons pas : les soins de l’atelier et les soins du ménage. Et c’est par là que l’envie a pu être éteinte au cœur du pauvre, et que la sagesse y a pu entrer, et que l’humilité de toute condition humaine est devenue grande et glorieuse aux yeux du chrétien.

l38 LIVRE I, CHAPITRE III.

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