LES ANCÊTRES DE JÉSUS
famante : deux idolâtres, Rahab, chananéenne, et Ruth, Moabite; trois de mauvaise vie : Thamar, incestueuse ; cette Rahab, que l’on tient avoir été la courtisane de Jéricho qui reçut chez elle les espions d’Israël et qui les renvoya sains et saufs; Bethsabée, adultère. Et celle-ci n’est pas nommée par son nom, mais par son crime : « Celle qui avait été femme d’Urie. » Il y a ici plusieurs grands mystères. Rahab et Ruth, filles de peuples infidèles, devenues filles de Jacob et aïeules du Messie, annoncent que les Gentils auront le droit d’entrer dans l’Église. Rahab, épousée par Salmon, fils du chef de la tribu de J uda , malgré son idolâtrie et malgré son ignominie, s’était elle-même séparée des haines de son peuple. Son nom signifie faim , étendue, mouvement impétueux . Elle figure l’Eglise des nations, qui, épousée par le véritable héritier de Juda et lavée de ses souillures, aura soif et faim
de la justice, dont elle étendra le règne sur la terre.
Dans l’Evangile, nous retrouverons Rahab sous les traits de la Samaritaine, de Madeleine délivrée et purifiée, de Paul, le vase d’élection; et le nom du fils d’Israël qui épouse Rahab, Salmon, signifie : Reçois ce vase.
Ruth, celle qui voit et qui se hâte, est une autre figure des âmes appelées, une autre figure de, l’Église. Le fils de Salmon et de Rahab, Booz (celui en qui se trouve la force), contracte avec cette douce fille de Moab une alliance que la loi interdit.
A cause de ses vertus, il la fait entrer au sein d’un peuple qui devait la rejeter comme étrangère. Ruth la Moabite, c’est la figure de l’Hémorrhoïsse, qui reçoit le nom de fille; c’est la Chananéenne si persévérante, si triomphante dans la prière; c’est le centenier Corneille, et quiconque, éclairé par la pureté du cœur, abandonne les idoles et se hâte vers Dieu.
Quant aux pécheresses Thamar et Bethsabéc, leur présence nous fait comprendre que Celui qui a voulu naître des pécheurs voudra racheter les pécheurs. Sa bonté qui prend nos fautes et s’assujettit aux injures, ne dédaigne pas l’outrage d’une origine souillée. Et afin, dit saint Ambroise, de nous ôter l’orgueil de la naissance, il nous a montré le bienfait de son incarnation remontant jusqu’à de tels ancêtres et commençant par eux. Toutefois Bethsabée n’est pas nommée par son nom, parce qu’elle ne fut pas seulement adultère, mais coupable de participation à la mort de son mari. Le nom d’Urie, qui remplace le sien, rappelle le plus grand crime de David; et dans ce souvenir il y a deux leçons : la fragilité humaine, la puissance et la beauté du repentir.
Jésus baptisé va au désert. Avant de traiter avec les hommes, il se met face à face, seul à seul avec Dieu, pour s’affermir à ne chercher dans ses relations avec les hommes que le service de Dieu. L’Autorité, qu’il vient fonder sur un principe nou-
veau et grever de devoirs jusqu’alors inconnus, a besoin d’apprendre de Lui cette pratique, soigneusement observée dans son Église. Il sera tenté par le démon, il ne l’ignore pas. Sa force va au devant du danger que la faiblesse humaine doit fuir; mais il y va aussi pour fournir le modèle de la résistance dans l’inévitable combat. « Si tu veux servir Dieu, dit la Sagesse, prépare ton âme à la tentation. »
Il demeure au désert pendant quarante jours. Quarante est le nombre de l’attente, de la pénitence et de la préparation. Quarante siècles d’attente du Messie, quarante années d’expiation entre l’Égypte et la Terre promise, quarante jours de déluge, quarante jours de purification et de mortification pour préparer l’âme aux joies des fêtes de Pâques.
Jésus est au désert avec les bêtes et il a faim; il y est avec les Anges et reste quarante jours sans manger : traits de l’homme et traits de Dieu. Le démon ne connaît que confusément les secrets divins; le mystère de l’Incarnation lui reste caché. Ne sachant si Jésus est homme ou s’il est Dieu, il hésite; enfin, il s’approche. Contre le nouvel Adam il emploie les moyens qui lui servirent contre le premier, qui lui servent contre tous les hommes. 11 touche successivement aux trois grandes concupiscences, la satisfaction des sens, l'orgueil, l’ambition. Sous une autre forme , c’est ce qui perdit Ève. •
A Eve : Pourquoi ne mangez-vous pas de ce
fruit? A Jésus : Commandez que ces pierres se
changent en pain ! A Eve : Vous serez comme des
dieux. A Jésus : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-
vous en bas! Il cite l’Ecriture et il la cite à faux, en hérétique. Il dit à Eve : Vous connaîtrez le bien et le mal. Il dit à Jésus : Je vous donnerai les royaumes, si, tombant devant moi, vous m’adorez.
Tomber, s’abaisser, voies des gloires humaines; et c'est le roi du néant qui promet de remplir nos mains ! Ainsi, remarquait saint Grégoire VII, des princes de la terre, qui ne sont pas assurés d’un jour, osent parler au Vicaire de Jésus-Christ. Ils lui disent : Nous vous donnerons la puissance,, l’honneur, tous les biens, si vous reconnaissez notre suprématie, si vous faites de nous votre Dieu ; si, tombant à nos pieds, vous nous adorez.
Ce même discours, Satan l’a tenu à Judas, à Mahomet, à Luther, à tant d’autres qui l’ont écouté. C’est ainsi qu’il parle encore et qu’il parlera jusqu’à la fin des temps ; et jusqu’à la fin, beaucoup l’écouteront, se prosterneront. Les uns, comme Judas, ne recevront qu’un vil salaire, bientôt suivi du désespoir et d’une honte éternelle ; les autres , comme Mahomet et Luther, se verront mettre en main le glaive ou la torche, et seront de longs fiéaux dans le monde ; mais ils n’échapperont point au désespoir de Judas, et la gloire qui leur est faite ne leur restera point. Où en est maintenant l’œuvre