CHAPITRE V
N ICO DÈME, — I.A SAMARITAINE.
a près quelques jours passés à Capharnaüm, Jésus vint à Jérusalem. Il y fit : d’autres miracles et célébra la Pâque. La coutume et la connivence des prêtres avaient laissé des marchands s’établir sous les portiques du Temple. Il les chassa une première fois, disant : « Vous faites de la maison de mon Père une caverne de voleurs. » Plus tard, on se souvint qu’il est écrit : le \éle de votre maison me dévore. Les marchands ne lui résistèrent point, quoique sa main ne fût armée que d’un fouet de petites cordes, et ils n’invoquèrent point les prêtres qui avaient toléré leur trafic. Sans doute qu’il les intimida par la majesté irritée de son visage. Cependant quelquesuns d’entre les docteurs lui demandèrent de quel droit il agissait de la sorte, le sommant de faire un miracle pour prouver sa mission. 11 leur répondit : « Détruisez ce Temple, et je le rebâtirai dans trois jours. » Eux l’entendirent du Temple, d’où il venait de chasser les marchands, Temple dont
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il prophétisera bientôt la ruine et qui ne sera jamais rétabli ; mais il leur parlait du temple de son corps, où habitait la plénitude de la divinité, et du miracle de sa résurrection trois jours après qu'on l’aura fait mourir. Car le Messie était le temple vivant de Dieu, et les Juifs eux-mêmes le disaient. Dans la suite, plusieurs crurent que le Messie était né pqpdant que les Romains détruisaient le Temple. D’après saint Marc, Jésus prononça ces paroles le jour où chacun devait acheter l'agneau Pascal; et suivant le calcul de quelques historiens, le même jour, trois ans après, il ressuscita d’entre les morts.
Les réponses quasi énigmatiques, les refus lui sont ordinaires lorsqu'il est interrogé ou sollicité par l’incrédulité, la vaine curiosité et l’orgueil. Aux simples de cœur, il parle clairement, il leur accorde les grâces qu’ils demandent. Quelle que soit la parole qui sort des lèvres, il saisit la parole intérieure, ceux même qui se taisent l’entendent répondre à leurs pensées. Il connaît à fond tous les hommes, il règle miséricordieusement son discours à la mesure de leur intelligence et de leur foi, ne leur donnant que ce qu’ils peuvent actuellement porter. Beaucoup venaient à lui qui n’étaient encore qu’étonnés de ses miracles. Il les retenait plus ou moins ou les écartait. Il en appelait qui ne ^'offraient point. Le publicain Lévi était assis à sor» bureau de finances. Jésus passe et lui dit : « Suis-
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moi. » Le publicain se lève aussitôt, laisse son bureau comme Pierre et Jean ont laissé leurs filets, et devient l’apôtre Matthieu. Quelque temps après, un docteur se présente et dit : « Maître, je vous suivrai en quelque lieu que vous alliez. » Jésus voit le cœur de ce savant; il lui répond : « Les renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » Le savant se retire. Il ne voulait que s’avancer dans la science; le labeur de l’Évangile, rude et désintéressé, n’était pas ce qu'il lui fallait. Type de ces larrons qui se proposent de traverser l’Église pour lui dérober des connaissances dont ils n’useront qu’à leur profit! Un autre étant au contraire appelé, demande un délai, jusqu’à ce qu’il ait fermé les yeux de son père. Jésus lui répond : « Laissez les morts ensevelir les morts. » Venez à la besogne des vivants; apprenez que le premier devoir envers les hommes est de prêcher l’Évangile, et que votre père lui-même a d’abord besoin que vous quittiez tout pour obéir à la voix de Dieu. Réponse éternelle aux objections de la fausse charité. Jésus n’impose point un fardeau qu’il refuse de prendre, il ne restera pas pour fermer les yeux de sa Mère.
A Jérusalem , parmi ceux qui vinrent dès le commencement, il y eut un sénateur nommé Nicodème. Il vint la nuit, avec un cœur droit, mais craintif. Il avait peur des Juifs, redoutant peut-être
en même temps leur colère déjà déclarée et leurs railleries. On le retrouvera plus courageux au Calvaire. Jésus lui déclara implicitement sa divinité. Dans le discours qu’il lui tint, il découvre tout le plan du Christianisme, Il y marque sa mort sur la croix et prononce cette parole, qui est la raison adorable de l’Incarnation : « C’est ainsi que Dieu « a aimé le monde, jusqu’à lui donner son Fils « unique. » Il dévoile ensuite la raison de l’incrédulité : « La lumière est venue dans le monde, et « les hommes ont mieux aimé les ténèbres, parce « que leurs œuvres étaient mauvaises. Car qui- « conque fait le mal hait la lumière; mais celui-là « vient à la lumière qui est conduit par la vérité. » C’est le juge qui s’annonce pour le dernier jour.
Ayant ainsi accueilli avec bonté le Juif timide, il va lui-même trouver les Samaritains.
Les Samaritains étaient le reste des colonies formées de divers peuples qu’avaient établies les Assyriens. Ils se prétendaient de la rsce d’Abraham et recevaient les livres de Moïse, mais en y mêlant beaucoup de leur ancienne idolâtrie. Les Juifs les traitaient d’étrangers, et une haine réciproque les divisait. La Synagogue défendait toute relation avec ces schismatiques, sauf pour acheter et vendre. Jésus va vers eux. Il se met au-dessus des inimitiés nationales et politiques, comme il se mettra bientôt au-dessus des prescriptions pharisaïques