‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 26 sur 106 · LA SA M A R I T A I N E . I · texte numérisé non relu

LA SA M A R I T A I N E . I

La Samaritaine raillant encore , mais étonnée et plus respectueuse, lui dit : « Seigneur, vous n’avez pas de quoi puiser et le puits est profond. D’où avez-vous donc de l’eau vive? Etes-vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits? » Elle ne connaît pas d’autre eau vive que celle qui étanche la soif charnelle ; et quoique sous une impression de respect, elle traite légèrement l’étranger qui parle de lui donner de l’eau , tandis que c’est elle qui a de quoi puiser. Ainsi parlera longtemps l’orgueil rationaliste.

Jésus lui répondit : « Quico*nque boira de cette « eau aura encore soif ; mais celui qui boira de « l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, parce « que l’eau que je lui donnerai deviendra en lui « une fontaine qui rejaillira jusqu’à la vie éter- « nelle. » L’eau du puits , c'est la volupté , qui habite des profondeurs ténébreuses. Celui qui parvient à la volupté de ce monde, celui qui boit de cette eau aura encore soif. L’eau vive de Jésus , c’est le Saint-Esprit ; il remplit tous les désirs de l’âme, et il élève l'homme à la vie éternelle, étant le principe de la résurrection. Celui qui a une fontaine au dedans de lui-mème n’a jamais soif.

La Samaritaine ne comprenait pas encore. Toujours préoccupée de la soif charnelle, mais de plus en plus respectueuse, elle dit à Jésus : « Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne vienne plus puiser ici. « Elle habitait

le pays où Élie , le grand prophète , avait , entre autres prodiges, vécu quarante jours sans boire et sans manger. Se souvenant de son histoire, elle crut que celui qui lui parlait pouvait lui donner le secret d’Élie. Jésus voulait lui faire un don plus précieux. Il lui dit : « Va appeler ton mari et re- « viens. »

Pour la première fois peut-être de sa vie, comme on peut le conjecturer d’après ce qui va être révélé, cette femme craignit en même temps de mentir et d’être sincère. Elle dit : « Je n’ai point de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire : Je n’ai « point de mari; car tu en as eu cinq, et celui « avec qui tu es maintenant n’est point ton mari. » Renvoyée successivement par cinq époux, la pécheresse vivait dans le désordre avec un adultère. Au sens mystique, un Père voit ici les cinq sens, la domination de la chair qui pèse sur tout homme avant qu’il puisse se servir de sa raison. L’erreur suit la passion des sens ; elle n’est point le mari, le guide légitime , mais l’amant adultère. Écartez votre erreur, éloignez cet adultère qui vous corrompt, et appelez votre intelligence pour comprendre la vérité.

La Samaritaine fit ce noble effort. Eile s’inclina devant la lumière qui lui apparaissait et avoua son péché. « Seigneur, dit-elle, je vois bien que vous « êtes un prophète. » Et sur-le-champ, laissant toute question d’intérêt temporel, elle demanda plus

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