LA SAMARITAINE
de lumière, en proposant clairement le point de doctrine qui divisait les Samaritains et les Juifs. A' travers ses fautes, cette femme n’avait point dédaigné de penser quelquefois aux choses du salut ; le Fils de Dieu le savait. Elle lui dit donc : « Nos « pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites « ;vous les Juifs' que Jérusalem est le lieu où il faut « que l’on adore. »
Jésus, sans lui répondre directement sur ce point, qui désormais n’aurait plus d’importance pour les Samaritains ni pour les Juifs, l’éleva plus haut qu’elle ne pensait à monter. « Femme , lui dit-il,
« -crois-moi, le temps va venir que vous n’adore- « rez plus le Père ni sur cette montagne, ni dans « Jérusalem » (car les sacrifices des Samaritains comme ceux des Juifs seront abolis). « Pour vous,
« vous adorez ce que vous ne connaissez pas, et « nous, nous adorons ce que nous connaissons,
« parce que le salut vient des Juifs. Mais l’heure « vient, et elle est venue, que les vrais adorateurs i< adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce « sont là les adorateurs que le Père désire. Dieu « est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’ado- « rer en esprit et en vérité. »
Cette parole renverse à la fois les figures des Juifs et les idoles des Samaritains. Les uns et les autres négligeaient l’àme, cherchant de toute manière à purifier le corps. Jésus-Christ déclare que Dieu , qui est esprit , est honoré par la pureté de
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ce qu’il y a en nous d’incorporel, la pureté de
l’intelligence, qu’il appelle l’esprit. L’Eglise adore en esprit, parce qu’elle offre une victime spirituelle; elle adore en vérité, parce que son sacrifice n’est pas purement figuratif, mais donne la vérité des sacrifices de l’ancienne Loi et de ce que ses propres signes représentent.
La Samaritaine dit à Jésus : « Je sais que le Messie, que l’on appelle le Christ, doit venir. Lorsqu’il sera venu, il nous instruira de toutes choses. » Il suffisait aux Samaritains des cinq livres de Moïse pour attendre le Messie, tant son avènement y est déjà prédit, tant le Christ est l’objet de toute l’ancienne Écriture.
Et Jésus répondit : « Ce Messie que vous attendez, il te parle en ce moment : C’est moi. » • Le Fils de Dieu se révèle au cœur simple qui lui a confessé sa misère. Les Juifs n’obtiendront qu’en présence de la croix cette parole nette, qu’ils lui demandent non pour le croire, mais pour le nier et l’insulter.
En ce moment les Disciples revinrent. Ils furent étonnés de voir que leur Maître s’entretenait avec cette femme étrangère, car c’était à leurs yeux une sorte de transgression de la Loi, et sans doute aussi une condescendance fort éloignée de la fierté juive. Néanmoins, ils ne le questionnèrent point. Ils avaient appris, dit un Père, à garder leur rang de Disciples; ils le respectaient et le craignaient.
LA SAMARITAINE. I -y
De son coté, la Samaritaine, laissant le vase qu’elle avait apporté , était retournée à la ville et publiait ce qu’elle avait vu. Elle disait à tout le mopde : « Venez, et voyez un homme qui m’a dit tout ce que j'ai jamais fait. Ne serait-ce point le Christ? » Exemple admirable du travail de Dieu dans les coeurs ! La conversion de la pécheresse est pour ainsi dire instantanée, et cependant tous les degrés en sont marqués parfaitement. Elle passe d’une indifférence moqueuse au respect, du respect au désir des biens qui lui sont promis et qu'elle ignore.*, elle reconnaît Jésus pour prophète, et en même temps elle avoue > qu’elle a prévariqué ; elle s'instruit, elle est docile ; aussitôt qu’elle possède la lumière, elle s’emploie à la divulguer. Laissant là son urne , comme les pêcheurs laissèrent leurs filets, elle remplit le rôle d’évangéliste, publiant à l’honneur de Celui qui l’a éclairée les paroles qui l’ont humiliée elle-même. Elle ne rougit point de révéler cette preuve : l ame une fois allumée au feu divin ne regarde à rien de ce qui est sur la terre, ni à la gloire, ni à la honte; elle n’appartient, dit saint Jean Chrysostôme, qu’à la flamme qui la vivifie. Elle laisse son urne, ajoute saint Augustin : l’urne, c’est l'amour depe monde, la cupidité par laquelle les hommes cherchent à puiser la volupté du fond des ténébreuses profondeurs de la vie terrestre , dont le puits est l’image.
Pendant que la Samaritaine s’appliquait à faire connaître le don de Dieu , les Disciples pressaient Jésus de manger. Le Seigneur leur dit qu’il avait une autre nourriture à prendre, et ils pensèrent que quelqu’un lui avait apporté à manger. Ainsi Jésus ne refusait pas de recevoir sa nourriture de la main des étrangers, comme ne possédant rien, afin que ceux qui l’assistaient en eussent le mérite, et pour que ses Disciples apprissent à honorer la pauvreté. Mais il porta loin de là leurs pensées : « Ma nourriture, dit-il, est d’accomplir la volonté « de Celui qui m'a envoyé, et de parfaire son « œuvre. » *
Parfaire l’œuvre, c’est travailler pour réaliser le dessein de celui qui l’a conçue et qui commande. Si l’œuvre de Dieu est parfaite par le Christ, elle ne l’était donc pas avant lui. Mais que pouvait-il manquer à l’œuvre de Dieu ? Origène répond : La perfection de la créature raisonnable est la perfection de toute la nature ; c’est pour la. perfection de cette nature , jusque-là incomplète , que le Verbe a été fait chair. L’homme était parfait en quelque manière, mais la transgression le rendit imparfait ; et le Sauveur fut envoyé , premièrement pour accomplir la volonté de Celui qui l’avait envoyé , secondement pour parfaire l’œuvre de Dieu , non-seulement en ramenant l’homme à son -premier état, mais en l'élevant à sa perfection, qui est de se nourrir de la connais-
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