INSTITUTION DES APÔTRES
fils d’Alphée, sont les enfants de Marie, femme d’Alphée ou Cléophas, et sœur de la sainte Vierge.
Les Evangélis'.cs ne leur assignent pas tous le même rang. Saint Matthieu met André immédiatement après Pierre ; il se met lui-même après Thomas, tandis que les autres le placent avant. Pierre est toujours le premier, et Judas l’Iscariote toujours le dernier.
On trouve dans les Pères diverses interprétations du nom de chaque Apôtre se rapportant à quelque trait symbolique de sa vocation. Le surnom d'enfants du tonnerre peut signaler l’ambition des fils de Zébédée, qui voulaient s’élever au-dessus dés autres ; appliqué à Jean', il annonce le futur auteur de l’Apocalypse et de l’Évangile du Verbe. A propos de Pierre, les interprètes rappellent le mot de saint Paul : « La pierre était le Christ. » Quant au nombre de douze , il est prédit et figuré maintes fois dans les livres de l’Ancien Testament. St nous les considérons comme les pères des chrétiens, dit- Ludolphe, nous les retrouvons dans les douze patriarches, pères du peuple de Dieu. Lorsqu’ils arrosent le monde des eaux abondantes de la doctrine , ils sont semblables aux
sources d’eau vive qui sortirent miraculeusement • /
du rocher d’Elim. Lorsqu’ils ornent l’Eglise de l’éclat de leurs vertus, ils sont les douze pierres
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précieuses qui ornaient le pectoral du grandprêtre. Lorsqu’ils nourrissent les âmes du Verbe de vie, ils sont les douze pains consacrés, placés devant l’autel du Seigneur. Lorsqu’ils pénètrent les secrets divins, qu’ils communiquent aux. fidèles, ils sont les douze espions que Moïse envoya dans la Terre promise, et qui, au retour, en firent au peuple de si merveilleux récits. Ils sont encore les douze pierres relevées dans le courant du Jourdain, contre lesquelles viennent sc briser les flots du siècle ; les douze lionceaux du trône de Salomon , les douze colonnes de l’autel de Jéhovah, les douze taureaux qui soutiennent la mer d’airain, figure du baptême où se lave toute souillure. Ils sont les douze portes de la Jérusalem céleste, les douze fondements inébranlables de ses saintes murailles; et surtout ils sont ces étoiles brillantes qui forment la couronne éternelle de l’Épouse bien-aimée.
Le seul titre d’Apôtre rappelle le miracle des miracles. Saint Paul, qui le reçut de Jésus-Christ ressuscité, insiste sur la merveille dont il est luimême le plus merveilleux instrument : « Chose admirable ! Dieu a converti le monde non point par l’art de la sagesse humaine, mais par la simple manifestation de sa doctrine qui est esprit et vérité... Il ne s’est pas prévalu des savants selon la chair, ni des puissants, ni des nobles pour établir son Évangile; mais il a choisi quelques hommes,
les plus faibles, pour confondre les forts; ce qui n'était rien pour détruire ce qui est, afin que nul ne se glorifiât d’avoir réussi dans une si grande entreprise, mais que tout fût attribué à la puissance de Dieu. »
Les Apôtres étaient donc tous de pauvres bateliers et pêcheurs, et gens de rien. Judas seul était Juif, les onzes autres Galiléens. Un proverbe populaire disait : Les Galiléens aiment l’honneur, les Juifs l'argent.
Judas fut chargé de la bourse commune. On le croit originaire du bourg de Carioth, situé sur les confins de la mer Morte, lieu misérable dont le nom offrait plusieurs significations sinistres. Iscariote, l’homme de Karioth, veut dire l’homme à la bourse, l’homme d’usure, l’homme du meurtre, le traître. Pourquoi Notre-Seigneur, instruit du présent et de l’avenir, et qui lisait au fond des âmes, a-t-il admis ce malheureux parmi ses Apôtres? Il y en a plusieurs raisons, toutes d’un grand enseignement. Notre-Seigneur voulut lui faire une grâce; il ne lui ôta pas la liberté d’en abuser, et de se rendre plus coupable en la méprisant. C’est par sa seule volonté que Judas devint criminel dans la condition la plus propre à faire un saint. Sa chute nous apprend avec quelle crainte et quelle vigilance l’homme doit toujours travailler à se sauver. D’un autre côté, il est certain que Judas, lorsqu’il prêchait en vertu du choix de Jésus-Christ,
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ne devait pas être moins écouté que saint Pierre : d’où nous apprenons que le ministère est indépendant du ministre, et que nous devons respecter les pasteurs dans l’exercice de la mission qu’ils ont légitimement reçue, leur laissant à répondre devant Dieu de leur indignité personnelle. Enfin, Judas est un grand témoin. Par le crime de sa trahison, il accomplit les prophéties*, par le crime de sa mort, il atteste l’innocence de Jésus. L’incrédulité l'a bien compris, et elle a insinué que peut-être Judas ne s’est pas suicidé. S’il avait eu quelque témoignage à rendre contre son Maître, il aurait vécu; s'il avait vécu, nous le saurions. Ni la Synagogue ne l’eût voulu laisser dans l’ombre, ni l’Église n’eut consenti à le laisser dans le désespoir. Ou les Pharisiens l’auraient fait écrire, ou les Apôtres l’auraient fait pleurer.
Saint Augustin ajoute que le Seigneur ay*ant pris la fragilité humaine, il ne voulut point refuser cette amère destinée de l’infirmité humaine, d’être trahi par son Apôtre. Ce n’est pas seulement durant le temps de sa passion qu'il devait nous donner l’exemple de la patience dans les plus cruelles douleurs. Il va supporter Judas pour que tout homme apprenne à supporter avec modération une erreur de son jugement et un mépris de ses bienfaits.
SERMON SUR LA MONTAGNE. iZ*]