‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 4 sur 106 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

e prêtre Zacharie et sa femme Elisabeth, tous deux justes et irréprochables devant Dieu, n’avaient point de postérité et n’en attendaient point à cause de leur âge déjà avancé, et parce qu’ Elisabeth était stérile.

Un jour que Zacharie, désigné par le sort, exerçait sa charge dans le Temple , l’Ange du Seigneur lui apparut, lui dit que sa prière était exaucée, et

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qu’ Élisabeth lui donnerait un fils qu’il nommerait Jean. L’Ange ajouta que ce fils serait grand, rempli du Saint-Esprit dès les entrailles de sa mère, et marcherait devant le Seigneur avec la vertu du prophète Élie, pour préparer les hommes à recevoir le salut.

Zacharie, sans doute, n’avait point demandé une faveur qu’il ne pouvait plus espérer, et s’était borné à prier pour l’avénement du Messie. Il fut effrayé, ne comprit pas la parole de l’Ange et ne le crut point. L’Ange lui reprocha son incrédulité et lui annonça que Dieu, pour le punir, le rendait muet jusqu’à l’accomplissement des choses prédites. En effet, Zacharie sortit du Temple pâle et sans voix. Ses signes seulement firent connaître qu’il avait eu une vision. Cependant Elisabeth conçut, et humblement cachée, elle rendit grâces à Dieu, qui lui ôtait l’opprobre de la stérilité.

Six mois après , l’Ange Gabriel, le même qui avait apparu à Zacharie, fut envoyé de Dieu à une vierge du sang de David, qui demeurait à Nazareth en Galilée. Elle se nommait Marie. Orpheline, elle avait été élevée dans le Temple. Depuis peu, le Grand Prêtre, ou, suivant d’autres, les parents qui lui restaient, l’avaient fiancée à Joseph, homme juste et droit, beaucoup plus âgé qu’elle et comme elle de la race de David. Joseph exerçait la profession de charpentier et travaillait pour vivre. Marie était âgée de quatorze ans.

L’Ange se présenta devant cette vierge et lui dit : Je vous salue, ô pleine de grâce. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le Seigneur est avec vous. Il lui annonça ensuite Celui qui naîtrait d’elle, et lui dit qu’elle le nommerait Jésus, c’est-à dire Sauveur.

Déjà, selon toute apparence, accoutumée à la vue des Anges, mais non préparée à la solennité d’un tel message, l’humble fille de David se troubla. Elle ne douta point , comme Zacharie. Seulement , sa réponse prudente fit entendre la résolution où elle était de rester vierge. L’Ange, alors, lui apprit comment elle deviendrait mère par la vertu du Saint-Esprit, et que c’était pourquoi le Saint qui naîtrait d’elle serait appelé le Fils de Dieu. Il lui fit savoir que sa parente Elisabeth, « celle que l’on appelait stérile », était dans le sixième mois de sa grossesse. Car il convenait que Marie connût la première le secret de la miraculeuse conception du Précurseur.

Marie, ayant entendu ces choses, dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. Et l’Ange la quitta.

Voici la servante du Seigneur. En prononçant cette parole d’humilité , qui est la parole de notre salut, Marie était l’écho du Verbe. Par les lèvres de David, prédisant sa venue sur la terre, il s’était lui-même nommé non le Fils de la vierge, mais le Fils de la servante : Ego servus tuus et

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Jîliiis ancillæ tnce. Dès que Marie eut ainsi acquiescé au dessein de Dieu, le mystère de l’Incarnation s’accomplit. « Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous. »

Instruite par la révélation de l’Ange et obéissante à l’inspiration de Celui qui existait déjà en elle, Marie, se hâtant, alla au pays des Montagnes, à Hébron, où Élisabeth habitait. Jésus voulait sanctifier son Précurseur par sa présence cachée. En entrant dans la maison de Zacharie, Marie salua sa parente. Aussitôt l’enfant d’Élisabeth tressaillit, et elle-même fut remplie de l’Esprit saint.

Elle s’écria, d’une grande voix : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; le fruit de vos entrailles est béni ! Et d’où me vient ceci , que la mère de mon Seigneur me visite? Car du moment que j’ai entendu votre voix, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes bien heureuse d’avoir cru , et les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur seront accomplies. »

Marie dit alors ce cantique :

« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est « ravi de joie en Dieu mon salut.

« Il a regardé la bassesse de sa servante, et voici « que toutes les générations m’appelleront bienheu- « reuse.

« Car il a fait en moi de grandes choses, Celui « qui peut tout. Et son nom est saint ; et sa miséri- « corde s’étend de génération en génération sur v ceux qui le craignent.

« Il a déployé la force de son bras; il a dissipé « les desseins des superbes enorgueillis dans les « pensées de leur cœur.

« Il a renversé de leurs sièges lés hautains et « élevé les petits.

« Il a comblé de bien les indigents pressés de la « faim, et renvoyé vides ceux qui étaient dans « l’abondance.

« Il a relevé Israël, son serviteur, se souvenant « de sa miséricorde promise à nos pères , à Abra- « ham et à sa postérité pour toujours. »

Le terme d’Élisabeth étant arrivé, elle mit au monde un fils. Au jour de la circoncision, qui était le huitième, les parents voulaient lui donner le nom de son père. Elisabeth demanda qu’il fût appelé Jean, ce que Zacharie, toujours muet, confirma en écrivant : « Jean est son nom. » Au même instant ^a langue de Zacharie devint libre , et il prophétisa, bénissant le Dieu d’Israël de s’être souvenu de sa miséricorde envers son peuple, et de lui avoir suscité un Sauveur de la maison de David. Et s’adressant à son fils, il lui dit qu’il marcherait devant le Seigneur pour lui préparer les voies, afin que la rémission des péchés fût obtenue de ce soleil levant qui venait éclairer les ténèbres et l’ombre de la mort, et diriger nos pieds dans la voie de la paix.

Le bruit de ces choses se répandit dans les montagnes de la Judée, et l’on se disait : Que pensez-vous que deviendra cet enfant ?

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Marie, de retour à Nazareth, demeura en silence, se reposant de tout sur Dieu. Et Joseph, instruit dans un songe par l’Ange du Seigneur, garda son épouse, qu’il avait eu la pensée de renvoyer. Il sut ainsi que le Fils de la Vierge devait être nommé Jésus, parce qu’il serait le Sauveur d’Israël. Joseph, juste et pieux et versé dans les Ecritures, connut alors que ce qui allait arriver accomplirait la prophétie d’Isaïe : « Voici qu’une vierge sera enceinte et mettra au monde un Fils. »

Il y avait une autre prophétie à accomplir. Il était écrit que le Messie naîtrait à Bethléem de Juda. Une circonstance pressante obligea Joseph de quitter la Galilée et de venir en cette ville avec Marie, quoique celle-ci fût près de son terme. Bethléem étant le lieu de David, leur commun ancêtre , ils devaient s’y faire inscrire pour le dénombrement général ordonné par l’empereur Auguste. Us vinrent donc à Bethléem, pendant qu’une foule d’étrangers y refluait de Jérusalem, où l’on célébrait la Fête des Lumières. Et ne trouvant point déplacé à l’hôtellerie, ils se réfugièrent dans une grotte des champs. .

Ce fut là, au milieu de la nuit, sans éprouver aucune des angoisses et des douleurs de l’enfantement, comme le soleil donne sa lumière et comme une fleur donne son parfum , que Marie mit au monde son fils premier-né , son fils unique, Celui que saint Jean appelle « le Fils unique du

DigttijÉ

NAZARETH, BETHLEEM, LE JOURDAIN. IOI-

Père », et saint Paul « le Premier-né de Dieu. » Elle l’enveloppa et le posa dans une crèche. La tradition place auprès de ce berceau un bœuf et un âne dont l’haleine réchauffait le nouveau-né. Ces animaux avaient été amenés par Joseph , l’âne pour servir de monture à Marie , le bœuf pour être vendu et subvenir aux frais du voyage. Isaïe a dit : « Le « bœuf connaît celui à qui il appartient, et l’âne a l’étable de son maître. »

Les champs où naissait Jésus étaient une propriété du Temple , et l’on y engraissait les animaux destinés aux sacrifices. Il y avait là des bergers qui veillaient pendant la nuit. Tout à coup , ces hommes virent apparaître un Ange environné d’une vive lumière. L’Ange leur dit de ne point craindre et plutôt de se réjouir, car il venait leur annoncer une gran de joie : « Aujourd’hui , poursuivit-il , dans la ville de David, un sauveur vous est né, et c’est le Christ, Notre -Seigneur. Voici le signe à quoi vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche. » Au même instant une troupe nombreuse de la milice céleste, s’unissant à l’Ange, fit entendre ce cantique : « Gloire à Dieu au plus haut du ciel; « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Les bergers se dirent les uns aux autres : « Al- « Ions à Bethléem. »

Ils trouvèrent Marie et Joseph, et l’Enfant couché dans la crèche; et ils connurent la vérité de

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ce qui venait de leur être dit. Ensuite, rendant grâce à Dieu, ils retournèrent à leurs troupeaux, et ils publièrent tout ce qu’ils avaient entendu et tout ce qu’ils avaient vu.

Or, Marie ne perdait rien de ces choses et les conservait dans son cœur.

Quelque temps après, des hommes venus de l'Orient, et qu’on appelle Mages, à cause de leur science, parurent à Jérusalem. Ils dirent que le Roi des Juifs était né, car ils avaient vu son étoile, et ils demandèrent où ils le trouveraient, étant venus pour l’adorer. Leur présence émut toute la ville. Hérode, roi de Judée, en entendit parler. C’était un prince soupçonneux, cruel et plein de ruse. Comprenant qu’il s’agissait d’un compétiteur, il fut troublé et s’enquit du lieu où devait naître le Christ. Les premiers de la nation, les scribes, les prêtres, tous lui répondirent : A Bethléem de Juda. Hérode y ^envoya donc les Mages, après les avoir priés de l’informer lorsqu’ils auraient vu l’enfant, afin, dit-il, qu’il pût lui-même l’adorer. Les Mages repartirent joyeux et confiants. L’étoile qui les avait guidés sur Jérusalem, se montrant de nouveau, les conduisit jusqu’au lieu où était Jésus. Ils trouvèrent l’Enfant et sa mère, et, l’ayant adoré, ils lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; puis, avertis en songe de ne point revoir Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin.

La circoncision judaïque avait eu lieu huit jours après la naissance; le quarantième jour était fixé pour la double cérémonie de la purification de la mère et de la présentation de l’enfant. Tout mâle premier-né étant consacré au Seigneur, devait être racheté à prix d’argent, en mémoire de la délivrance d’Egypte. Les parents de Jésus le portèrent donc au Temple pour accomplir la loi. Dans le même moment, arrivait de son côté au Temple, poussé par l’inspiration du Saint-Esprit, un homme juste et qui attendait la consolation d’Israël. On le nommait Siméon. Il lui avait été révélé qu’il ne mourrait point qu’il n’eût salué le Christ.

Or, Siméon ayant vu l’Enfant Jésus, le prit dans ses bras et éclata soudain en actions de grâces : « C’est maintenant, dit-il, Seigneur, que selon votre a parole vous laisserez aller votre serviteur en paix; « car voici que mes yeux ont vu le salut qui vient « de Vous, la lumière qui se découvrira aux na- « fions, le salut d'Israël, votre peuple! »

Le saint vieillard bénit Marie et Joseph, et, divinement éclairé, il prophétisa.

S’adressant à Marie seulement, il lui dit : « L’En- « fant que voilà est au monde pour la perte et le « salut de plusieurs en Israël, et il sera posé en sici gne de contradiction, afin de découvrir ce qu’un « grand nombre gardent au fond de leur cœur ; et « vous-même, vous sa mère, vous aurez l’âme « transpercée d’un glaive. »

Il y. avait là encore une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel. Elle était veuve, et âgée de quatre-vingt-quatre ans. Depuis la mort de son mari, qu’elle avait épousé étant vierge, elle ne sortait point du Temple, où elle passait les jours et les nuits en jeûnes et en prières. Elle aussi vit Jésus, et elle aussi loua le Seigneur, parlant de cet Enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël.

Après ces choses, tout ce qu’exigeait la Loi étant exécuté, l’Ange du Seigneur apparut à Joseph dans un songe, et lui commanda de fuir en Egypte, parce qu’Hérode chercherait l’Enfant pour le faire mourir. Joseph obéit sans délai ; et pendant que Jésus échappait ainsi, Hérode, ayant appris le départ des Mages, faisait tuer tout ce qu’il y avait d’enfants mâles dans le pays de Bethléem, jusqu’à l’âge de deux ans.

Hérode mourut quelques années après ce crime. Alors, sur un nouvel avertissement de l’Ange, reçu en songe comme les précédents, Joseph ramena l’Enfant en Israël. Mais parce qu’Archélaüs, fils d’Hérode, régnait sur la Judée, il n’osa y aller; et toujours obéissant aux avertissemehts divins, il établit sa demeure à Nazareth de Galilée. C’était la volonté de Dieu, afin que cette parole fût accomplie : « J’ai rappelé mon fils de l’Egypte. » Et ailleurs : « Il sera appelé Nazaréen. »

L’Evangile ne rapporte plus qu’un seul fait de l'enfance de Jésus. A douze ans, âge des préceptes.

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ses parents l’amenèrent à Jérusalem pour la Pâque. Mais lorsqu’ils s’en retournèrent, il resta dans la ville. Pendant tout un jour, ni Joseph ni Marie ne s’aperçurent de son absence ; car les hommes et les femmes marchaient par bandes séparées, et chacun le croyait avec l’autre. Revenus sur leurs pas, ils lé cherchèrent inutilement durant trois jours. Enfin , ils le trouvèrent où il devait être, dans le Temple, assis au milieu des docteurs, qu’il écoutait et qu’il interrogeait, leur faisant voir une sagesse qui les remplissait d’admiration. Sa mère lui dit : « Mon fils, pourquoi en avez- vous agi ainsi avec nous? Voilà que nous vous cherchions, tout affligés, votre père et moi. » Il leur répondit : « Pourquoi me cher chiez- vous ? Ne savez- vous pas qu’il faut que je m’emploie aux choses qui regardent le service de mon Père ? » Ils ne comprirent pas de quel service il parlait , mais sa mère conservait le souvenir de tout. Ensuite il les suivit à Nazareth, et il leur était soumis.

Et il croissait en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Cependant le fils de Zacharie et d’Élisabeth s’était dès son enfance retiré au désert. Il y vivait de la vie la plus mortifiée, vêtu d’un cilice, priant et jeûnant, inconnu en ces solitudes comme Jésus dans l’obscurité de Nazareth. Jusqu’à l’âge de trente ans, il attendit ainsi l’ordre de Dieu pour le jour de sa manifestation.

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Enfin, la quinzième année de l’empire de Tibère César, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, suivant ce qu’avait annoncé le Prophète : « Voici que j’envoie mon Ange devant votre « face, et il préparera la voie devant vous. » Et ailleurs : « Voix qui crie dans le désert : Préparez le « chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers apla- « nis. »

Jean commença donc de prêcher dans le désert de Judée et la contrée du Jourdain. Il baptisait et prêchait le baptême de la pénitence qui devait disposer les hommes à recevoir la rémission des péchés. Il criait : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche ! » Il traitait sévèrement l’hypocrisie des Pharisiens et l’impiété des Sadducéens, mêlés à la foule qui accourait vers lui. « Race de vipères, leur disait-il, qui vous a appris à fuir la colère prochaine ? Faites de dignes fruits de pénitence ! Ne dites pas en vous-mêmes que vous avez Abraham pour père, car je vous le dis, de ces pierres mêmes Dieu peut faire naître des enfants d’ Abraham. Déjà la cognée est à la racine des arbres, et tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

Ces exhortations, soutenues d’une si sainte vie et du souvenir de la miraculeuse naissance de Jean , ébranlaient la Judée. De tous côtés on venait en foule au prédicateur de la pénitence. Ces troupes émues confessaient leurs péchés, et demandaient

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