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à Jean ce quTil fallait faire pour recevoir le baptême! Il donnait à tous le précepte de l’aumône : — « Que celui qui a deux habits vêtisse celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger nourrisse celui qui n’a rien. » Aux publicains, collecteurs de l'impôt : — « N’exigez rien au delà de ce qui est ordonné. » Aux soldats : — «Ne faites point violence, n’accusez faussement personne, contentez^ vous de votre paye. » .
Le peuple se persuada bientôt que Jean était le Christ. Il leur dit : « Je vous donne un baptême d’eau, afin que vous fassiez pénitence. Mais Celui qui va venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de me prosterner devant lui pour lui dénouer la courroie de ses souliers. C’est lui qui vous donnera le baptême de l’Esprit saint et du feu. Le van est entre ses mains-, il nettoiera son aire, il amassera le blé dans son grenier, et jettera la paille au feu qui ne s’éteint point. »
Jésus quitta Nazareth pour être baptisé et parut aux yeux de Jean sur les bords du Jourdain, parmi cette fouie de pécheurs qui embrassaient la pénitence. Il n’est dit nulle part que Jean, habitant du désert depuis son enfance, eût jamais, avant ce moment, vu le Fils de Marie. Cependant il le reconnut par une inspiration qu’un signe visible allait promptement confirmer. Il se défendait de le baptiser, lui disant : — « C’est moi qui devrais recevoir de vous le baptême, et vous venez à moi ! » Jésus lui répon-
dit : « Faites néanmoins; il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le baptisa.
Et tandis que Jésus, sorti de l’eau, priait, voici que les cieux s’ouvrirent, et le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, descendit et s’arrêta sur Jésus ; et cette voix éclata du ciel : « Tu es mon Fils bien-aimé. »
.Jésus aussitôt se retira dans le désert. Il y resta quarante jours et quarante nuits, vivant parmi les bêtes, et il souffrit d’être tenté par Satan. Soit que la tentation ait duré les quarante jours , soit que le Fils de Dieu ne l’ait permise qu’après ce long jeûne, l’Évangile en rapporte trois assauts.
Lors donc que Jésus voulut ressentir les atteintes de la faim, Satan lui dit : « Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres se changent en pain. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de x toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Repoussé par cette expression de la confiance absolue que la Providence attend de l’homme, l’ennemi voulut à son tour se faire une arme de l’Écriture et de la confiance en Dieu. Il transporta Jésus sur le pinacle du Temple et lui dit : « Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas, car il est écrit : Il a chargé les Anges de prendre soin de vous, et ils vous porteront entre leurs mains de peur que votre pied ne heurte contre la pierre. » Jésus répondit :
LE JOURDAIN
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« Il est aussi écrit : « Vous ne tenterez point le Sei- « gi leur votre Dieu. » Vaincu une seconde fois, Satan fit un dernier effort. Il porta Jésus sur une haute montagne, et par un prestige lui fit voir en un instant les royaumes du monde et leur gloire : « Je vous donnerai, lui dit-il, tout cela, toute la puissance et la gloire de ces empires -, car ces choses sont à moi et je les donne à qui je veux. Adorez-moi, elles seront à vous. •» Jésus lui répondit : « Va-t-en , v car il est écrit : « Vous adorere\ le Seigneur « votre Dieu et vous le sei~vire\ lui seul. »
Satan ayant ainsi vainement essayé toutes les tentations, se retira, et les Anges s’approchèrent de Jésus et le servirent.
Jean continuait son ministère, et sa réputation excitait la haine des Scribes et des Pharisiens. Ils lui députèrent des affidés chargés de savoir de luimême qui il était, espérant sans doute des réponses dont ils pourraient tirer parti pour le persécuter. Jean déclara nettement qu’if n’était point le Christ. Ils lui demandèrent s’il était Élie ou quelque autre Prophète? Il répondit : — Non. — Qui donc êtesvous, lui dirent-ils, que dites-vous de vous-même ? Il répondit comme il l'avait fait précédemment : — Je suis la voix dont parle Isaïe, qui crie dans le désert : Faites au Seigneur un chemin droit. Ils insistèrent : — Si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni prophète, pourquoi donc baptisez-vous? Jean répondit de nouveau : — « Je donne un bap-
IIO -, LIVRE I, CHAPITRE 1,
tême d'eau; mais il y a un homme au milieu de vous que vous ne connaissez pas. C’est Lui qui doit venir après moi et qui est avant moi, et je ne suis pas digne de lui délier les souliers. »
Les envoyés des Juifs n’en demandèrent pas davantage, et Jean n’ajouta rien; mais le lendemain, voyant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu ; voici Celui qui efface les péchés du monde... C’est de Lui que j’ai dit : Il vient après moi un homme qui est avant moi, car il est plus ancien que moi. Je ne le connaissais pas, mais je suis venu donner un baptême d’eau, afin qu’on le connaisse en Israël, » Il ajouta : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel sous la figure d’une colombe et s’arrêter sur Lui. Je ne le connaissais pas, mais Celui qui m’a envoyé pour donner un baptême d’eau m’a dit : Celui sur qui vous verrez que l’Esprit descendra et s’arrêtera, c’est Lui qui baptise dans le Saint-Esprit. Et j’ai vu, et je rends témoignage qu’il est le Fils de Dieu. »
Le jour d’après, Jean, étant avec deux de ses disciples, vit de nouveau passer Jésus, et dit encore :
« Voici l’Agneau de Dieu ! » Aussitôt les deux disciples de Jean suivirent Jésus, qui s’en allait. Jésus se retourna, et leur dit : — Que cherchez- vous ? — Maître, lui dirent-ils, où est-ce que vous logez ? Il leur répondit : — Venez et voyez. Ils vinrent et demeurèrent. L’un était Jean, fils de Zébédée, l’autre André, frère de Simon. André dit à son
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frère : — Nous avons trouvé le Messie. Il mena Simon à Jésus, et Jésus, ayant arrêté son regard sur Simon, lui dit : — Tu es Simon fils de Jonas, tu seras appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre.
Tel est le prologue de l’Évangile, réduit à la nudité du fait. Rien ne se peut concevoir de si humble et de si magnifique, et Dieu, si l’on ose ainsi parler, ne pouvait ni moins accorder à l’homme ni donner davantage à Dieu.
Dieu, selon la remarqué d’un Père, peut faire d’humbles choses sans préjudicier à sa nature, tandis que l’homme se rendrait criminel en s’attribuant le surnaturel et le divin. Que le roi agisse en soldat pour le salut de tous , c’est œuvre de roi ; les petites choses qui sauvent le monde sont œuvres de Dieu.
Un dieu-roi, un dieu du monde selon l’esprit du monde, il y en avait un dans le monde. Il siégeait à Rome , il se nommait Auguste , l’on sait de quelles pierres il avait bâti ses temples. Il laissait régner Hérode, qu’il connaissait bien; il préparait Tibère, qu’il avait jugé. L’histoire va se remplir d'horribles noms. Les Messaline, les Hérodiade, les Drusille, les Agrippine et les Poppée, entourent ces dieux de la terre; ils ont pour ministres les Narcisse et les Séjan.
La cour du Dieu fait homme se compose de personnages plus rares. Quelques-uns, tels que Zacharie et Élisabeth, Siméon et Anne, semblaient
avoir été préservés de la corruption générale pour proclamer son entrée dans la vie. Il vient en accroître le nombre, ou plutôt en créer de nouveau l'espèce épuisée. C’est là son œuvre,, seule œuvre digne de lui. Avant d’apparaître, étant lui-même caché dans le sein de Marie, il sanctifie Jean aux entrailles de sa mère. Des paroles immortelles la saluent, dialogues sublimes entre les saints de l’ancienne et de la nouvelle loi qui sont également ses saints; prophéties de son règne qui accomplissent les prophéties des temps passés. La chaîne d’amour se renoue entre le ciel et la terre, Bethléem a rouvert la porte de l’Eden, des chants célestes annoncent ce pardon, les miracles abondent, la nature divinement violentée enfante des merveilles inouïes; tout est résurrection et miséricorde, toutes les figures deviennent réalités , toutes ces réalités immortelles sont autant de types de l’humanité reflorissante, autant de flambeaux allumés pour la guider vers le royaume de Dieu.
A la suite des Pères, lisons l’Évangile autrement que ceux qui l’interrogent comme les Juifs ont interrogé le Précurseur et interrogeront Jésus, uniquement pour avoir de quoi les condamner à mort. Jésus, qu’ils ont tué, n’est pas mort, et l’Évangile, qu’ils blasphèment, les tuera. Laissons-les accomplir ce prodige de trouver la mort dans la source de vie, et nous, prenons ce qui nous est offert, puisons la vie.
Digiti.