ENFANT DÉLIVRÉ DU DÉMON, — LE DIDRACHME, PRÉCEPTE DU PARDON
omme Jésus descendait de la montagne,
une grande foule vint au-devant de lui. »
L’Evangéliste saint Marc dit qu’à son aspect « tous furent frappés d’étonnement et de crainte. » Quelque chose sans doute lui restait de cet éclat qui avait terrassé les trois Apôtres.
Un homme se jeta à ses pieds, le priant de délivrer son fils, possédé d’un démon que les Disciples n’avaient pu chasser. Sur l’ordre de Jésus, on amena le malade. C’était un jeune garçon. Le démon le tourmentait depuis son enfance, et souvent il l’avait précipité dans l’eau et dans le feu pour le faire périr. En ce moment, il se roulait et écumait. — Si vous pouvez quelque chose, dit le père, s’adressant à Notre-Seigneur, ayez pitié de nous et secourez-nous !
A cette prière d’une foi imparfaite, Jésus répondit : « Si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit. » Le père, les yeux en larmes, s’écria : « Je crois, Seigneur ; aidez mon incrédu-
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lité ! » Alors Jésus commanda au démon de sortir du corps de cet enfant et de n’y plus rentrer. L’esprit immonde jeta d’abord de grands cris ; puis l’enfant, violemment secoué, demeura par terre sans mouvement, en sorte que dans la foule plusieurs le crurent mort. Mais Jésus, le prenant par la main, lui aida à se lever, et dès ce moment il fut guéri.
Par les détails où entrent les Évangélistes, on voit qu’en cette occasion comme toujours, Jésus s’applique à faire naître la foi. La réponse qu’il adresse au père affligé correspond à sa demande, empreinte de doute. Au lieu de lui accorder tout de suite la guérison, comme au lépreux, qui a prié d’un cœur confiant, il l’oblige à décrire cette terrible maladie que les Disciples n’ont pu vaincre ; il permet que le malade soit tourmenté devant lui. D’ailleurs le mal est profond ; il peint une âme tout entière livrée au péché, et il ne faut rien moins pour la délivrer que la puissance même de Dieu. Mais qu’importe, puisque Dieu est là \ puisqu’il descendra toujours de la montagne vers ceux qui sauront l’appeler ?
De l’âge du malade, tourmenté depuis son enfance, saint Augustin tire une preuve du péché originel contre le pélagien Julien, qui avançait que tous les hommes viennent à la vie sans aucune tache du péché et tout à fait innocents, tels qu’Adam à la création. Gomment ce possédé eût-
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il été tourmenté dès son enfance, s’il n’y avait eu en lui aucun lien de péché originel ? Quel péché avait-il pu commettre qui lui fût propre? A son tour, le Vénérable Bède fait remarquer que Jésus guérit en le touchant de la main celui que l’ennemi avait rendu semblable à un mort, et qu’ainsi, par ce véritable toucher, est réfutée d’avance la folie de Manès, qui niera que le Sauveur eût revêtu la même chair que nous. Mais ce n’est pas là seulement, c’est partout que l'Évangile réfute et réfutera toutes les hérésies.
Cependant les Apôtres demandèrent au Seigneur pourquoi ce démon leur avait résisté. Jésus répondit : « C’est à cause de votre peu de foi. » Ils lui dirent : Seigneur, augmentez-nous la foi. — « Si votre foi, continua Jésus, égalait « un grain de sénevé, vous diriez à cet arbre : « Déracine-toi et transplante-toi dans la mer ; et « il vous obéirait. Oui, en vérité, si votre foi « égalait seulement un grain de sénevé, vous « diriez à cette montagne : Passe d’ici là, et elle y « passerait; et rien ne vous serait impossible. » Pour leur donner une instruction plus spéciale sur ce qui venait d’avoir lieu , il ajouta que cette sorte de démon qui leur avait résisté, ne se chasse qu’avec la prière et le jeûne. Il y a sur ce texte une grande parole de saint Jean Chrysostôme. Rien, dit-il, n’est plus puissant que l’homme qui prie comme il faut. Celui qui prie comme il faut et
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qui jeûne, n’a pas besoin de beaucoup de choses. Il a deux ailes plus rapides que le vent, et il est supérieur à la nature terrestre.
Je crois, Seigneur, aide\ mon incrédulité ! Seigneur , augmentez-nous la foi! Prières profondes, paroles triomphantes. Quiconque sondera la première , connaîtra la vraie plaie et le vrai besoin de son âme; quiconque aura été exaucé en prononçant la seconde, régnera.
La foi des Apôtres augmentait, comme ils l’avaient demandé, sauf pourtant sur ce qui regardait la partie douloureuse du mystère de Jésus. Ils ne doutaient pas de sa puissance, assez de preuves leur en étaient données tous les jours; mais ces miracles multipliés leur rendaient plus difficile de croire ou de comprendre qu’il dût souffrir.
Jésus les conduisait vers Capharnaüm, qu’il voulait visiter une dernière fois. Ce voyage était un triomphe ; les peuples célébraient l’homme envoyé de Dieu qui guérissait tous les malades et qui avait toute puissance sur les démons. Notre-Seigneur dit aux Disciples : « Pour vous, « gravez bien dans vos cœurs ce que je vous « annonce : Le Fils de l’Homme doit être livré. « On le fera mourir, et après avoir été mis à « mort, il ressuscitera le troisième jour. »
Le temps des opprobres approchait, il y fallait préparer ces cœurs si naturellement enivrés