I. A FEMME ADULTÈRE
montagne des Oliviers représente la sublime bonté de Jésus. Le fruit de l’olivier, dit Alcuin, convient à ce mystère : mis sous le pressoir, il donne l’huile, signe de la miséricorde; car l’huile surnage au-dessus de tous les liquides , comme il est écrit que « les miséricordes du Seigneur sont au-dessus de tous ses ouvrages. » Dans la vie errante de Jésus, on ne voit que deux endroits que l’on puisse en quelque façon appeler des demeures : la montagne des Oliviers, montagne des miséricordes, et la maison de Simon-Pierre, à qui il est commandé de pardonner septante fois sept fois.
Ayant donc passé la nuit sur la montagne, le lendemain, dès la pointe du jour, il retourna au Temple. La foule s’empressa pour l’écouter. Poussé d’un instinct de salut, le peuple accourait vers Celui qui avait dit dans le Prophète : Je les tirerai par les liens de V amour. Il s’était assis et il les instruisait, lorsque les Pharisiens parurent, traînant une femme qu’ils placèrent au milieu de l’assemblée. — Docteur, dirent-ils à Jésus, cette femme est adultère. Moïse nous ordonne de lapider ces coupables : qu’en pensezvous ?
Selon ce que Jésus prononcerait, ils se préparaient à l’accuser ou de mépris pour la loi de Moïse, ou de dureté envers les pécheurs.
Jésus, gardant le silence, se baissa et écrivi*
Jl8 LIVRE IV, CHAPITRE XVI.
sur la terre avec le doigt. Suivant une tradition, il écrivait les péchés secrets des accusateurs de l’Adultère. Suivant d’autres, il se contenta de tracer quelque courte sentence de l’Ecriture, applicable à leur méchanceté; comme par exemple, ce verset de Jérémie : Terre, terre, écris que ces hommes sont réprom>és. Cependant les Pharisiens continuaient de l’interroger et voulaient le forcer à répondre. Alors il se redressa et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché « lui jette la première pierre. » Et sans les regarder, probablement pour ménager leur confusion et leur donner le temps de faire retraite, se baissant de nouveau, il se remit à écrire, Soit que la parole qu’il avait dite eût suffi pour réveiller ces mauvaises consciences, soit qu’il s’y ajoutât quelque crainte d’être démasqués plus clairement, tous les accusateurs s’en allèrent l’un après l’autre, les plus vieux les premiers. Dans le cercle qui s’était formé, dit saint Augustin, deux personnages seulement restèrent : la misère et la miséricorde. Jésus dit à l’Adultère : « Où « sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a- « t-il condamnée? » • — Personne, Seigneur, ditelle. — « Ni moi, reprit le Sauveur, je ne te « condamnerai pas. Va, et désormais ne pèche « plus. »
Avance\, s’était écrié David; établisse { votre règne par la vérité, par la douceur et par la
enseignement dans le temple. 3 i 9
justice! D’une seule parole, le fils de David avait fait triompher la miséricorde sans blesser la loi, démasqué l’hypocrisie, confondu la malice, délivré la pécheresse, et l’on peut le croire, converti son cœur. Néanmoins, il observe toute justice et toute vérité : « Ne pèche plus! a Par là, en même temps qu’il fait miséricorde, il condamne. Il est le protecteur du pécheur, non du péché. S’il eût voulu absoudre la faute, il eût dit à la coupable : Va, et vis comme tu voudras, et sois sûre que je te délivrerai de l’enfer. Mais il lui. dit : « Ne pèche plus. » Qu’ils y fassent attention, ceux qui ne voudraient voir que la douceur, et qu’ils craignent*, car le « Seigneur est doux et droit. » C’est le commentaire de saint Augustin.
Après cette scène, Jésus reprit l’enseignement quelle avait interrompu. Son discours roulait sur les preuves de sa mission et de sa divinité. Par ses profondeurs souvent difficiles à entendre, il semble plutôt destiné à ceux qui le méditeraient dans la suite des âges qu’à ceux devant qui il était prononcé. L’on conjecture que l’Évangéliste n’en a conservé que la substance, et que Notre-Seigneur y donna les développements que réclamait l’intelligence de ses auditeurs. Il est dit que plusieurs crurent en lui, malgré les dénégations et les interruptions injurieuses des Phari-
siens.
Ces derniers ne cessaient de lui demander qui il était. Il leur dit : « Quand vous aurez élevé « le Fils de l’Homme, vous saurez alors qui je « suis, et que de moi-même je ne fais rien, mais « que je dis les choses comme le Père me les « a enseignées. Celui qui m’a envoyé est avec « moi, et il ne m’a pas laissé seul, parce que « je fais toujours ce qu’il lui plaît. » C’était ce qu’il avait dit à Nicodème dès les premiers jours-, ce qu’il avait annoncé aux Apôtres et aux Juifs eux-mêmes, en leur déclarant qu’ils n’auraient que le miracle de Jonas. Ils le connurent après qu’ils l’eurent « élevé » sur la croix. Lorsqu’il ajoute : « Celui qui m’a envoyé est avec moi », il proclame l’unité de nature qui rend le Père inséparable du Fils-, il nous apprend, en outre, cette grande et consolante vérité du Christianisme, que Dieu s’attache inséparablement à ceux qui font toujours ce qui lui plaît, et ne les laisse jamais seuls.
Comme plusieurs dans la foule croyaient , il leur dit pour les fortifier : « Si vous demeurez « attachés à ma parole, vous serez vraiment mes « Disciples. Vous connaîtrez la vérité, et la vé- « rité vous affranchira. » Là-dessus les Pharisiens affectèrent de se méprendre , se targuant d’être les enfants d’ Abraham et de n’avoir jamais été esclaves de personne. Jésus leur dit que celui qui pèche devient esclave du péché-, que.