‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 7 sur 106 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

paration : un Ange envoyé à la Vierge par la bonté de Dieu, parce que le commencement de la perdi* tion avait été quand le serpent aborda la femme par la malice du démon. Et puisque le Réparateur divin devait naître dans notre chair, dit saint Augustin, il devait naître de la seule virginité, afin de n’avoir point d’égal dans la nativité. Il devait naître d'une vierge selon le corps, le Chef dont les membres naîtraient de l’Église, vierge selon l’esprit.

Marie est en même temps vierge et épouse ; vierge pour recevoir la grâce, épouse pour échapper à d’injurieux soupçons. Le Seigneur ne voulut pas que l’on pût douter de l’honneur de sa Mère. Il ne voulut pas que les Juifs semblassent ne persécuter qu’un fruit de honte. La Loi condamnait les naissances illégitimes : s’il en avait paru porter la tache, comment aurait-il pu dire : Je ne suis pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir. Enfin, cette qualité d’épouse devait faciliter la foi aux paroles de Marie. Mère sans être mariée, on eût pu dire qu’elle voulait cacher une faute; épouse, elle n’a aucun motif de mentir, puisque la maternité est le privilège et la grâce du mariage.

L’Ange dit à Marie que Celui qui naîtra d’elle sera appelé le Fils du Très-Haut et que le Seigneur lui donnera le trône de David, son père. Quand le Saint-Esprit rappelait ces paroles et les dictait à l’Évangéliste pour être jetées dans le monde, Jésus- Christ n’avait de trône que la croix. L’Ange dit en-

core : « Il régnera éternellement dans la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » En effet, Jésus-Christ règne dans la maison de Jacob. Son royaume sur la terre, l’Eglise visible, qui durera autant que le monde, a été formé d’abord de ceux des enfants de Jacob qui ont accepté sa loi. Les autres, ayant rejeté le Christ, se sont par là retranchés eux-mêmes; ils ne sont plus le véritable Israël. Les Gentils appelés à leur place ne forment qu’un même peuple avec la postérité fidèle. Jacob est la souche commune des branches naturelles et des branches greffées. Saint Paul représentele peuple de Dieu comme un grand arbre dont le tronc, toujours subsistant, perd des branches et en acquiert de nouvelles.

Isaïe, annonçant l’incarnation du Verbe, s’était écrié : « Qui nous racontera sa génération ! »> Éclairant Marie, qui objecte son dessein de restervierge, l’Ange lui dit : « Le Saint-Esprit surviendra en « vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de « son ombre ; et c’est pourquoi la chose sainte qui « naîtra de vous sera nommée, le Fils de Dieu. » Selon le commentaire de Bossuet : Le très- pur ne s’unit qu’à la pureté. Il conçoit son Fils seul, sans partager sa conception avec un autre; il ne veut, quand il le fait naître dans le temps, le partager qu’avec une vierge. Le Père céleste étendra en Marie sa génération éternelle; du sang de la Vierge il composera un corps si pur, que le Saint-Esprit seul

sera capable de le former. En même temps, ce divin Esprit y inspirera une âme qui, n’ayant que lui pour auteur, sans le concours d’aucune autre cause, ne peut être que sainte. Chose sainte par sa nature, sainte, non d’une sainteté dérivée et accidentelle, mais substantivement, Sanctum; ce qui ne peut convenir qu’à Dieu, qui seul est une chose sainte par sa nature... Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c’est la dignité de mère de Dieu. Et tel est le prix de la virginité : seule elle a pu faire une mère de Dieu.

Avec Marie, une nouvelle beauté apparaît dans le monde. C’est la Vierge, la Mère, la Sainte, la Martyre-, c’est l’Amie ; c’est quelque chose de plus grand, c’est la perfection de l’humilité. Elle avait toutes les vertus et les unissait en une parfaite harmonie, de telle sorte que la beauté de son visage n’était que l’expression de sa sainteté rendue visible aux regards. L’Esprit de Dieu la prophétise partout dans les saintes Écritures. Elle est la porte à jamais fermée que vit Ézéchiel, et qui ne donnait passage qu’au Seigneur; le temple de Salomon, revêtu au dehors du marbre blanc de la pureté, au dedans de l’or très-éprouvé de la charité ; la verge d’Aaron qui, déposée dans le tabernacle, s’y couvrit miraculeusement de fleurs et de fruits. Elle est la toison de Gédéon, seule abreuvée des rosées célestes, tandis que la terre reste sèche alentour; le vase d’or qui contient la manne ; l’arche d’alliance

qui renferme non plus les tables de la Loi, mais l’Auteur de la Loi. C’est elle qui fut annoncée au serpent et qui lui écrasera la tête ; c’est la nouvelle Eve, toute pure et invincible, préservée du péché et victorieuse du péché. Elle a la même part à notre salut qu’Eve a eue à notre perte. Par elle, le nouvel Adam, Jésus-Christ, va recevoir une génération semblable à celle du premier qui n’était que sa figure. Tenant le Verbe divin enclos dans ses entrailles, elle sera le plus saint des temples qu'ait vus la terre. Mais le temple est le lieu du sacrifice ! L’Ange dit à Marie qu’elle « a trouvé » la grâce : elle ne l’a trouvée qu’afin de la rendre au monde. Ce qu’Eve a perdu, Marie l’a retrouvé; les fils d’Eve le redemandent, la croix le leur rendra.

La douce scène de la Visitation, où Elisabeth, Jean- Baptiste et Marie prophétisent sous l’impulsion du Dieu caché, contient, dit Bossuet, une révélation profonde de l’économie de la grâce, et de la manière dont Jésus agit diversement sur les âmes. 11 est caché et il opère tout. Nous voyons dans Élisabeth l’humble étonnement d’une âme qu’il approche, dans Jean-Baptiste l’ardent transport d’une âme qu’il attire, dans Marie lïneti'ablc paix d’une âme qui le possède.

Sous l’influence de la grâce, Jean est déjà le Précurseur; ses mouvements avertissent sa mère.

« L’enfant que je porte a tressailli de joie. » De

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