L 'HYDROPIQUE, LEÇONS AUX PHARISIENS
pour leur en donner l’interprétation : oc Le boeuf a connu celui à qui il appartient, l’âne a connu l’étable de son maître ; Israël ne m’a point connu. » Le bœuf lié au joug est le peuple juif, dont la tête s’est endurcie sous le joug de la Loi ; l’âne est le symbole de la Gentilité , assujettie à toutes les erreurs. Celui qui viendra au dernier jour les tirer de la fosse où ils sont tombés, est Celui qui guérit toute maladie, qui délivre de toute captivité, qui dissipe toutes ténèbres. Ce que les Pharisiens font par avarice, il le fera par charité.
L’avarice était le grand vice des Pharisiens. L’hydropisie en est la figure. L’Hydropique est brûlé d’une soif inextinguible; une partie de son corps est gonflée horriblement, l’autre se dessèche; de ce corps où tout se change en impureté s’exhale une haleine fétide. C’est l’avare, toujours altéré, toujours inassouvi, pauvre au sein de l’abondance, n’ayant que des pensées de lucre, n’aspirant qu’à se remplir de ce breuvage d’or qui le gonfle et qui le tue. Saint Paul dit que l’avarice est une idolâtrie. Qui pourra guérir ce mal ? Jésus le peut. Il faut le lui demander comme faisait l’Hydropique ,
en se tenant devant lui. Erat ante ilium, dit
l’Evangile, indiquant avec une brièveté divine la constance de la prière et la fermeté de l’espoir dans cet homme qui voulait être guéri. Il
est venu sans être invité; il se tient là, bravant les regards moqueurs, attendant le regard qui le délivrera, enseignant au monde à demander et à obtenir des miracles. Et Jésus le prit par la main, le guérit et le renvoya.
La hideuse maladie que cet homme portait en son corps, les Pharisiens l’avaient dans l’âme. Afin de les guérir aussi et d’appliquer le remède qui convenait à la plaie de ces âmes gonflées et dures, Jésus leur donna la belle leçon de ne point se mettre d’eux-mêmes aux premières places, comme ils s’empressaient de faire partout : « Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s'humilie sera élevé. » Il leur recommanda encore de donner des festins aux pauvres plutôt qu’aux riches; parce que les riches rendent ce qu’on leur donne, mais ce que l’on a donné aux pauvres, c’est Dieu qui le rend. Ces choses nous paraissent vulgaires; elles ne le sont devenues que par Jésus-Christ et son Église, à qui il les a enseignées.
Un des convives s’écria : — Heureux qui sera du festin dans le royaume de Dieu ! Jésus répondit par la parabole de ceux qui refusent de se rendre au festin du Père de famille : les convives premièrement appelés allèguent divers prétextes et ne viennent pas. L’un va visiter une terre, l’autre veut essayer des boeufs nouvellement achetés, l’autre répond qu’il vient de se
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marier. Ainsi le souci des choses temporelles détourne les hommes des choses de Dieu. Tout ce qui est dans le monde, dira l’Apôtre, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. Le Père de famille fait ramasser les pauvres, les estropiés, les aveugles, et jusqu’aux vagabonds qui rôdent par les chemins ; il veut qu’on les force d’entrer, afin que la maison se remplisse. Prophétie de la vocation des Gentils et de la multitude des pécheurs qui seront lavés et revêtus de la robe de fête pour participer au festin de Dieu. Les superbes refusent, les humbles sont choisis. « Ramassez-les sur les chemins et le long des haies, dit le Père de famille, et forcez-les d’entrer. » C’est ce fameux Compclle intrare qui a tant révolté les hérétiques et tant scandalisé la fausse sagesse d’un grand nombre d’orthodoxes. Les Gentils sont venus des places publiques et des carrefours, dit saint Augustin-, les hérétiques viennent des haies, car ceux qui plantent des haies établissent des divisions : qu’ils soient retirés des haies, qu’ils soient arrachés d’entre les épines! Mais ils ne veulent pas être contraints. Nous entrerons, disent-ils, par notre propre volonté. Ce n’est pas ce que Dieu a commandé : Compelle intrare . Que la nécessité vienne du dehors; de là naît lavolonté. Et cette contrainte, ajoute saint Grégoire, est souvent directement de Dieu et de sa
miséricorde. Ils entrent par violence ceux qui, brisés dans les adversités du monde, reviennent à l’amour de Dieu. Iis échappent à la terrible sentence qui a été prononcée en ces termes : « Je vous dis que nul de ceux qui ont été con- « viés et qui n’ont pas voulu venir ne goûtera « de mon festin. »
Jésus se rendait à Jérusalem, pour la fête de la Dédicace. Quelques-uns d’entre les Pharisiens vinrent le trouver et lui donnèrent le conseil de fuir, parce qu’Hérode en voulait à sa vie. Notre- Seigneur connut sans doute que c’était Hérode lui-même qui envoyait ces officieux. Il leur répondit : « Allez, et dites à ce renard : Voilà « que je chasse les démons et que je guéris les « malades aujourd’hui et demain, et le troisième « jour tout sera consommé. Toutefois il faut que « je marche aujourd’hui et demain et le jour suite vant; car il ne convient pas qu’un Prophète « soit tué hors de Jérusalem. » A cette pensée, plus ému du châtiment qui attendait Jérusalem coupable que de son propre supplice, il laissa parler tout son amour et toute sa douleur : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les Prophètes « et lapides ceux qui te sont envoyés, combien « de fois ai-je voulu rassembler tes enfants « comme un oiseau rassemble sa couvée sous « ses ailes, et tu ne l’as pas voulu. »
Les Pharisiens de Jérusalem, résolus à se dé-
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livrer de lui, l’abordèrent dans le Temple avec une de ces questions captieuses qu’ils méditaient pour le perdre. Ils lui dirent : — Jusques à quand nous tiendrez- vous en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous tout haut!
Ce qu’ils demandaient, ils le savaient bien, et Jésus les avait là-dessus satisfaits depuis longtemps. Mais ils voulaient le compromettre. Tout le monde attendait un règne temporel du Christ. Jésus disant : Je le suis, se serait par ce seul mot constitué en état de rébellion contre la domination romaine. S’il se taisait, l’incrédulité pouvait s’autoriser de son silence.
La question des Pharisiens pouvait donc embarrasser la prudence humaine. Ils n’avaient pas compté sur la sagesse divine, et elle les confondit. Notre-Seigneur, qui ne voulait ni triompher comme un conquérant vulgaire, ni périr comme un séditieux, ne voulut pas non plus laisser un prétexte à leur mauvaise foi. Il leur dit : « Je « vous parle et vous ne croyez pas. Les œu- « vres que je fais au nom de mon Père rendent « témoignage de moi. Moi et le Père nous « sommes un. »
En entendant ces paroles, ils prirent des pierres pour le lapider. Ils avaient compris. Mais il fallait leur aveu, et que le mot qu’ils s’étaient proposé de lui arracher sortît de leurs bouches mêmes. Il poursuivit donc : — « J’ai fait à vos
« yeux beaucoup de bonnes œuvres par la puis- « sance de mon Père-, pour laquelle de ces « œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs répondirent : — Ce n’est point pour aucune bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour tes blasphèmes, toi, homme, qui te fais Dieu !
Ce sont eux qui le disent, avouant du même coup dans quel but ils interrogeaient. Jésus, sans néanmoins se départir de la prudence dont il lui plaît d’user envers ces perfides, confirme ce qu’ils ont entendu : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : « J’ai dit : vous êtes des Dieux. Si donc l’Écri- « ture, qui ne peut être détruite, appelle Dieux « les juges d’Israël, comment dites-vous à Celui a que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, « comment lui dites-vous : Tu blasphèmes, parce « qu’il a dit : Je suis le Fils de Dieu ? Si je ne r( fais pas les œuvres de mon Père, vous ne me « croyez pas, mais si je les fais, quand même « vous ne voudriez pas croire à ma parole, <c croyez à mes œuvres, et connaissez et croyez « que le Père est en moi , et que je suis en « Lui. y>
Les Juifs n’entreprirent pas de raisonner : ils cherchèrent à se saisir de Jésus ; mais il leur échappa, comme il avait déjà fait, en les rendant immobiles ou en se rendant invisible, et il sortit de Jérusalem.
LA DREBIS, LA DRACHME, l’eNFANT PRODIGUE. 363