‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 85 sur 106 · CAÏPHE, — L’AVEUGLE DE JÉRICHO, — ZACHÉE, MAGDELAINE ET JUDAS · texte numérisé non relu

CAÏPHE, — L’AVEUGLE DE JÉRICHO, — ZACHÉE, MAGDELAINE ET JUDAS

armi les témoins de la résurrection de Lazare un grand nombre crurent çn Jésus ; quelques autres allèrent à ses ennemis et leur rapportèrent ce qui venait d’arriver. A cette nouvelle, les Princes des Prêtres et les Pharisiens tinrent conseil. Sans injurier Jésus , sans le traiter de blasphémateur, ni de séducteur du peuple, ni de rebelle, comme ils faisaient en public, ils se dirent : « Que décidons-nous ? Voilà encore des miracles! Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui. » Tout le monde croira en lui, il ne nous restera personne, tel était à leurs yeux le vrai crime du Messie. Mais ils ne confessèrent pas ce fond de leur inquiétude et de leur haine. Hypocrites même entre eux, ils se donnèrent un prétexte d’utilité publique : « Les Romains, dirent-ils, viendront détruire notre nation et notre pays. »

Ce fut justement ce qui leur arriva pour avoir mis Jésus à mort. Dès ce moment, comme de

leurs propres mains, ils commencèrent à former ces formidables lignes de circonvallation d’où Jérusalem tout entière sera lapidée. Tout à l’heure, ils demanderont pour faveur à Pilate qu’on leur donne Barabbas et non Jésus. Barabbas leur sera donné; mais en appelant Barabbas, ils auront aussi, sans le savoir, appelé Titus; et Titus viendra.

Parmi eux se trouvait Câïphe, lequel était grand- • prêtre cette année-la, dit l’Evangile, couvrant de mépris, par ce seul mot, cette suprême sacrificature, maintenant si dégradée et désormais réprouvée. Caïphe le premier proféra officiellement la parole déicide : — « Vous n'y entendez rien, leur dit-il. Vous ne faites pas réflexion qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meüre pour le peuple et que toute la nation ne périsse point. » L’Évangile ajoute : « Il ne le disait pas de luimême; mais étant grand-prêtre, il prophétisa que^Jésus devait mourir pour la nation. Et nonseulement pour la nation, mais aussi pour rassembler les enfants de Dieu qui étaient dispersés. » Le pontife prévaricateur ne voulajt rendre qu’un oracle de malédiction; Dieu en a tourné l’accomplissement à sa gloire. Satan, dans le Paradis terrestre, avait provoqué la chute de nos premiers parents en leur disant : « Mangez de ce fruit et vous serez comme des dieux. » Voici que Caïphe travaille à planter l’arbre de la croix,

et l’homme en mangera le fruit qui le revêtira de splendeur et d’immortalité.

Après les paroles de Caïphe, les Juifs ne pensèrent plus qu’à faire mourir Jésus.

Afin de se dérober à leurs coups, jusqu’à l’heure que lui-même avait fixée, le Seigneur se retira sur les confins du désert, dans la ville d’Ephraïm, ancien refuge d'Elie contre la persécution d’Achab et de Jézabel. Pendant ce temps, les Juifs arrivaient à Jérusalem pour la Pâque. Ils cherchaient Jésus dans le Temple et ils s’étonnaient qu’il ne fût point venu. Leur attente ne devait pas être longue. Bientôt Jésus se mit en chemin pour rentrer à Jérusalem et y mourir.

Il marchait devant les siens, et ceux-ci le suivaient avec un sentiment d’étonnement et de crainte sur cette route de la proscription. Ils redoutaient la haine des Juifs, sans cependant, à ce qu’il semble, prévoir jusqu’où elle se porterait.

Jésus trouva bon de les prévenir, soit pour les fortifier au moment de la catastrophe, soit pour qu’ils se souvinssent que son sacrifice avait été libre. Il prit donc à part les Douze et leur prédit en peu de mots, mais clairs et précis, tout le détail de sa passion. « Voici, leur dit-il, que « nous montons à Jérusalem, et toutes les cho- « ses que les Prophètes ont écrites du Fils de

« l’homme s’accompliront. Il va être livré aux « Princes des Prêtres, aux Scribes et aux Séna- « teurs. Ils le condamneront à la mort et le livre- « ront aux Gentils. Ils le bafoueront; ils crache- « ront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront; « et le troisième jour il ressuscitera. »

C’était la troisième fois que Jésus-Christ leur faisait cette prédiction, mais ils ne l’entendirent pas plus cette fois-ci que les autres. Ils ne pouvaient, sans doute, comprendre que Celui qu’ils croyaient le Fils de Dieu, et dont ils voyaient les miracles, voulût donner sur lui-même un tel empire à ses ennemis, devenir leur jouet, mourir enfin. Et dans ce moment encore la question de prééminence s’éleva entre eux.

Jésus leur dit : « Les princes des nations les « dominent et les grands du monde commancr dent avec autorité. Vous n’en userez pas ainsi « entre vous. Quiconque voudra être grand « parmi vous, qu’il se fasse votre serviteur; et « celui qui voudra être le premier parmi vous,

« qu’il soit votre esclave; de même que le Fils « de l’homme n’est pas venu pour être servi,

« mais afin de servir et de donner sa vie pour « la Rédemption de plusieurs. » Ces paroles renferment la notion chrétienne du pouvoir et sont la charte de liberté des peuples du Christ. Un peuple est lify-e quand ses intérêts légitimes sont servis, mais surtout quand son âme est respectée.

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