ZACHARIE, JEAN BAPTISTE
Dieu a envoyé Celui qui doit venir. Du même regard inspiré il voit la part qu’aura son fils dans le grand ouvrage du salut. Nulle voix humaine n’a rien dit de plus solennel que ces paroles adressées par, Zacharie à son fils âgé de huit jours : « Et « vous, petit enfant, vous serez appelé le Pro- « phète du Très-Haut, car vous irez devant le « Seigneur, lui préparant les voies, afin de donner « à son peuple la science du salut pour la rémis- « sion de leurs péchés. »
Les témoins de la naissance de Jean se disent entre eux : Que pensez-vous que sera cet enfant ? Trente ans plus tard, Jésus-Christ répondra : « Nul ne s’est élevé sur la terre plus grand que Jean. » L’humanité chrétienne , si sûre appréciatrice de la valeur morale , honore la beauté héroïque de ce caractère, par lequel saint Jean-Baptiste n’est pas moins l’imitateur que le précurseur de Jésus. Sa conception et sa nativité, sa vie étonnante dans le désert, sa prédication et son baptême , sa persécution , sa prison , sa mort devaient préparer à Jésus-Christ. Tout en lui se conforme à cette ressemblance auguste. Il la perfectionne et l’achève par sa fidélité et devient ainsi le type admirable de tous les saints. La salutaire audace de sa vertu oblige l’orgueil même à venir entendre les paroles dures qui le condamnent; il ne propose que la pénitence à la pourpre inclinée devant ses haillons. Son humilité égale son courage. Plus que
tous les autres mortels , dit Bossuet, il a sacrifié sa gloire au Fils de Dieu. Lorsque tout le monde le croit le maître, il proclame qu’il n’est que le serviteur. La gloire ne le peut séduire , la mort ne le fait pas trembler. Il dira à H érode : Non licct , et à ses disciples , en leur montrant Jésus encore inconnu : Voici l'Agneau de Dieu. Ceux qui le suivent viendront lui apprendre avec un sentiment jaloux que la foule et la renommée courent à ce nouveau maître : il leur répondra : * Il faut que celui-ci croisse et que je diminue. » Tel est après Marie, quasi divine , le premier ouvrage de la grâce de Jésus. Jean sera la première voix du Verbe. Il termine la lignée des Patriarches et commence celle des Apôtres. Le premier U annoncera le royaume des cieux, le premier il verra la Trinité sainte se manifester aux hommes sur les eaux du Jourdain*, il montrera celui que les Prophètes ont annoncé ; il sera martyr , prophète , patriarche , solitaire , témoin de Jésus- Christ.
Quand Marie est de retour à Nazareth, un autre personnage se montre : c’est Joseph, ouvrage non moins merveilleux de la grâce de Jésus. L'Évangile n’a qu’un mot à sa louange : « Il était juste. » La charge dont il est honoré et la manière dont il la remplit font comprendre l’abondance de cette justice. Il reçut de Dieu , à l’égard de Marie et de Jésus, l’affection, la vigilance et l’autorité de
l’époux et du père. Il est fait sur le modèle de Marie ; comme elle fils de David, vierge comme elle, humble comme elle, obéissant, plein de prudence et de courage. Il ressemble au patriarche Joseph , en le dépassant alitant par la perfection de ses mérites que par le caractère de sa mission ; non-seulement chaste, mais vierge ; non-seulement instruit, mais inspiré et dirigé de Dieu. Joseph, fils de Jacob, réserve le froment nécessaire pour lui et pour le peuple; Joseph, époux de Marie, reçoit le pain vivant et le garde pour lui et tout le genre humain. Il lui est dit : « Prends l’Enfant » , comme si Dieu lui adressait la parole que le Prophète adresse à Dieu même : « A toi le soin du pauvre. » Joseph est le type des Apôtres, qui porteront le Christ dans tout l’univers. Ainsi s’expriment saint Jean Damascène, saint Bernard, saint Hilaire de Poitiers, et d'autres Pères et Docteurs. Un grand serviteur de Dieu, qui a vécu de nos jours, pénètre plus avant dans ce beau mystère. Lorsque Joseph, après Marie, s’approche pour adorer Jésus à la crèche, c’est, dit le P. Faber, l’ombre du Père éternel qui s’arrête au-dessus de l’Enfant, et la naissance temporelle du Fils de Dieu se complète par cette figure de sa nativité sans commencement et sans fin. Joseph était en face de Jésus visiblement à la place du Père éternel. L’àme humaine de Jésus l’a regardé non-seulement avec l’amour le plus tendre, mais encore avec un respect profond et une soumission ineffable. C’est
pourquoi devant l’humble et doux Joseph le respect surtout nous domine, à cause de cette ombre d’identité avec le Père. Nous ne pouvons décrire sa sainteté, parce que nous manquons de terme de comparaison. Cette sainteté, plus élevée que celle des autres saints de Dieu , est encore d’un genre different. Joseph a été une apparition dans le monde, une apparition du Père non engendré et éternel. Il est doux et clément, il est pauvre et obscur , il est passif et docile -, et il est en même temps la forteresse inexpugnable où s’abritent l’honneur de Marie et la vie de Jésus. Caché comme Dieu, plein d’une tranquillité divine*, juste d’une justice tempérée par la miséricorde comme celle de Dieu, il communique avec Dieu pendant son sommeil, comme si son sommeil n’était que. le repos mystique de la contemplation. Le premier après Marie il adora Jésus, et l’Enfant le sanctifia de nouveau , l’éleva à une sphère plus éminente de sainteté, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu.
Qui peindra ce moment de la crèche, lorsque Jésus naissant contempla pour la première fois de ses yeux humains le visage de Marie? Qui dira la joie et le respect de ses regards tournés vers saint Joseph, l’homme choisi pour être appelé son père, qui méritera cette gloire, qui méritera de vivre plus qu’aucun autre dans son intimité, et qui enfin, nous le pouvons penser , l’aimera le plus ? Jésus, Marie, Joseph! trois royaumes de Dieu dont