ENTREE A JERUSALEM
formes humaines, Jésus ne voulut que celui-là. Il en fit la contre-partie des pompes dont s’entouraient les maîtres et les victorieux de la terre; il en choisit le moment de manière qu’il signifiât aussi son sacrifice. C’était ce jour-là qu’on introduisait dans Jérusalem, ornés de rubans et de fleurs, les agneaux qui devaient être immolés pour la Pâque, quatre jours après; Jean- Baptiste, le signalant à ces Disciples, leur avait dit : Voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde; Jésus accomplit cette parole, la première qui fut dite de lui lorsqu’il vivait dans la chair ; et en même temps il inonde de clarté la prophétie donnée cinq siècles auparavant par Zacharie , quand la voix des Prophètes allait s’éteindre en Israël : « Réjouis-toi, fille de Sion ; « voici ton Roi, le Juste et le Sauveur, qui vient « à toi. Il est pauvre, et il est monté sur une « ânesse et sur le poulain de l’ânesse. »
Une des grâces suprêmes que Dieu a faites à l’homme par Jésus-Christ, est le ravissement de son intelligence lorsqu’elle considère du même regard le soin tendre avec lequel Jésus veut se faire reconnaître comme l’exemplaire de toutes les figures, afin d’éveijler et d’affermir la foi et la majesté qui ne cesse pourtant d’éclater dans les abaissements où le Fils de Dieu s’est condamné. Assurément, cette entrée à Jérusalem ne répond guère aux premières idées que nous pouvons
nous faire d’un roi et d’un Dieu. Cependant Celui qui envoya devant lui deux hérauts comme Zacharie et Jean-Baptiste, sans compter les autres Prophètes, pouvait se dispenser d’ajouter des pompes qui l’eussent rapproché de la splendeur d’Hérode et de César.
Ce pauvre qui parcourt la Judée à pied, vivant d’aumône, agit et parle néanmoins partout et toujours en maître souverain des hommes, et en possesseur souverain des choses. Il appelle qui bon lui semble, il entre où il lui plaît; il prend à celui qui les possède les pains et les poissons qu’il va multiplier, comme il prend à la mer la pièce d’argent dont il paye le tribut; il dit à Zachée : « Je loge aujourd’hui chez toi », et il vide les mains du Publicain comme il emplit les filets des pêcheurs. Au moment d’entrer dans Jérusalem, il donne un autre exemple de cette souveraineté et de ce domaine qui lui appartiennent universellement. Il envoie deux Disciples délier l’ânesse et son poulain, et il exprime son droit par une parole qui ne rencontrera pas de résistance : « Vous direz : le Seigneur en a besoin. » Non pas. Jésus, ni le fils de David, ni aucune autre désignation, mais le Seigneur.
Par sa sagesse, ces deux animaux si humbles sont un symbole profond ; l’action si simple de se les faire amener et de les monter devient une prophétie éclatante.