‹ La vie de Notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 94 sur 106 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

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a montagne des Oliviers était, ainsi qu’on l’a vu, le lieu même de Jésus- Christ, sa demeure en ce monde. Il y vint, pour redescendre de là vers Jérusalem et vers la mort. Il s’arrêta au lieu nommé Gethsémani, c’est-à-dire la vallée fertile, dans un jardin où il avait souvent rassemblé ses Disci-

pies. Tous les Apôtres étaient présents, moins Judas, excommunié par lui-même. Jésus en prit trois avec lui, Pierre, Jacques et Jean, les témoins du Thabor; et après avoir recommandé aux autres de veiller et de prier, afin de ne point entrer en tentation, il s’éloigna.

Aussitôt il commença de s’abandonner à la souffrance intérieure. Il laissa pénétrer dans son âme la crainte, l’angoisse et le dégoût, et il dit à ceux qui l’accompagnaient : « Mon âme est « triste jusqu’à la mort. » Leur ayant demandé d’attendre et de veiller avec lui, il s’écarta jusqu’à la distance d’un jet de pierre. Il se . mit à genoux. C’était la première fois qu’on le voyait dans cette posture. « Mon Père, dit-il, s’il vous « plaît, détournez de moi le calice. Toutefois, « non ma volonté, mais la vôtre ! »

La face contre terre, il priait plus longuement. Il avait pris la nature humaine, il en subissait les défaillances. En donnant l’exemple de prier et de se soumettre, il accueillait la mort avec l’effroi quelle inspire à toute chair. Une sueur de sang coulait de son corps. Il souffrit ainsi cette horreur de l’agonie qu’il a souvent ôtée à ses saints et à ses martyrs.

Dans cette sorte d’éclipse de la divinité, qui laissait ployer la nature humaine, un Ange vint à lui du ciel et le fortifia. On pense que le messager céleste lui rendit la vigueur corporelle

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et le conforta par la considération du prix de ses travaux. Il se releva et vint aux trois Apôtres, mais il les trouva endormis dans l’accablement de leur tristesse. Il dit à Pierre : « Si- « mon, tu dors? Tu n’as pu veiller une heure

« avec moi ! Veillez et priez, afin que vous

« n’entriez point en tentation. » Entrer , c’est s’abandonner au torrent, et il emporte; la résistance de la prière le force à rebrousser. Jésus se retira de nouveau et pria, puis revint vers les Apôtres et les retrouva tout appesantis, ne sachant que lui répondre.

Une troisième fois il se retira et pria, disant encore : a Mon Père, si ce calice ne peut être « éloigné et si je dois le boire, que votre vo-

« lonté soit faite. » Sa pitié pour les Juifs pa-

raît dans la manière dont il pajle de ce calice, rempli et présenté par eux avec un endurcissement qui va leur devenir si funeste. Dans ces paroles : Qu’il s’éloigne, on voit une marque de sa tendresse pour ses futurs martyrs, afin que quand le calice leur sera présenté , ils le puissent boire comme il le boira tout à l’heure lui-même , sans refus de son amertume, sans défaillance d’espoir. Les Pères trouvent aussi un rapport entre les trois reprises de cette prière suprême et les trois morts ressuscités par Jésus-Christ, le premier dans sa maison , le deuxième allant au ombeau, le troisièrtie dans le tombeau, figure

de trois états différents du pécheur. Puisque le calice était le rachat de tous les morts, il était l’expiation de tous les péchés. En outre, cette triple prière enseigne qu’il faut prier pour obtenir la rémission des péchés passés, présents et futurs.

Dans l’harmonie de la Rédemption, le jardin de Gethsémani , la vallée fertile , correspond à l’Éden; et le calice accepté par l’obéissance de Jésus correspond au fruit cueilli par la désobéissance d’Adam. Adam avait cru s’emparer de la vie et de la science ; chassé de l’Éden , il ne trouva que les ténèbres de plus en plus épaisses et la mort de plus en plus multipliée. Jésus accepte de mourir et d’être tout à l’heure traîné de Gethsémani à la croix ; mais ce chemin de la croix sera la route de lumière par laquelle Adam délivré, montant plus haut que l’Éden et souhaitant plus que ses délices, entrera dans les demeures de Dieu.

Ayant donc pleinement acquiescé à la volonté du Père, Jésus, plein de force et de sérénité, dit aux Apôtres : « C’est maintenant l’heure où « le Fils de l’Homme sera livré aux méchants. « Levez- vous, allons; voici venir celui qui me « livrera. »

En ce moment Judas parut, menant une troupe nombreuse de soldats romains et de satellites des Juifs armés d’épées et de bâtons et portant

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des flambeaux. Il leur avait dit : C’est celui à qui je donnerai le baiser. Aussitôt il aborda Notre-Seigneur, et lui donnant le baiser, il dit : Maître, je vous salue. Depuis lors, ce fut la formule des traîtres. Tous les hérétiques, remarque Origène, adressent à Jésus le salut de Judas : Ave, Rabbi.

Jésus reçut doucement le baiser de l’Iscariote.

« Mon ami, lui dit-il, qu’es-tu venu faire? O Judas, tu livres le Fils de l’Homme par un baiser ! » Paroles d’une tendresse et d’une profondeur divines. Judas, tu livres le Fils de l’Homme, mais tu ne mettras pas en leurs mains le Fils de Dieu; tu ne peux livrer la divinité. Et ce Fils de l’Homme, que tu livres, c’est pour toi aussi qu’il avait pris cette chair qu’ils vont déchirer.

Judas ne porta point la main sur son maître. Il se replia silencieusement vers sa troupe immobile. Jésus alors , s’avançant de quelques pas , leur dit : oc Qui cherchez-vous ? » Ou ils ne le voyaient point malgré leurs flambeaux , ou , malgré le signe de Judas, ils ne le reconnaissaient point, ou enfin ils n’osaient l’approcher.

Ils répondirent : — Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : « C’est moi. »

A ce moment ils virent sans doute quelque chose de ce que verront ceux qui seront à la gauche du Juge au dernier jour. Dès que Notre-

Seigneur eut dit : « C’est moi » , ils reculèrent et tombèrent renversés. Les justes se prosternent la face contre terre, sachant bien où ils tombent, et ils se relèvent vers l’invisible d’en haut; les réprouvés, renversés sur le chemin de leurs crimes, tombent en arrière, dans l’invisible d’en bas, dans l’inconnu éternel.

Jésus leur demanda encore : « Qui cherchez- « vous? » Ils répondirent de nouveau : — Jésus de Nazareth. Il reprit : « Je vous l’ai déjà dit, c’est « moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, lais- « sez aller ceux-ci. » C’était un ordre qu’il leur donnait, et ils obéirent. L’on peut conjecturer qu’ils devaient arrêter aussi une partie au moins de ceux qui suivaient Jésus. Les Juifs avaient pensé à faire mourir Lazare; Caïphe interrogea Notre-Seigneur sur sa doctrine et sur ses Disciples. Mais Jésus ne voulait perdre aucun des siens, dont la foi n’était pas encore assez forte pour soutenir le combat. En effet, aucun ne fut perdu, sauf le seul excommunié, obstiné à périr. Ayant ainsi à deux reprises manifesté sa puissance, et par là offert à Judas et aux Juifs une grâce dont ils pouvaient profiter, Jésus se laissa approcher.

Les Disciples lui dirent alors : — Seigneur, si nous tirions le glaive? Sans attendre la réponse, Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa un valet du Grand-Prêtre, et lui coupa l’oreille

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droite. Pierre frappe à la tête. Ce valet se nommait Malchus, ce qui signifie roi ; figure du peuple juif, déchu de sa royauté, tombé sous le triple joug d’une nation infidèle, d’un sacerdoce vénal et d’une lettre qu’il n’entend plus. Jésus toucha le blessé et le guérit. Suivant quelques interprètes, c’est ce Malchus, valet de la Synagogue, qui souffleta le Fils de Dieu dans le Prétoire de Caïphe. Combien d’autres puissants de la terre, valets de l’erreur, oublieux des bienfaits dont ils furent comblés, souffletteront Jésus accusé dans les synagogues de Satan!

En même temps qu’il guérissait cet homme, Jésus dit aux Disciples Demeurez-en là », et à Pierre : <t Remets ton épée au fourreau. « Qui se sert de l’épée périra par l’épée. »

Pierre avait frappé comme Moïse, lorsque celui-ci tua l’Égyptien qui maltraitait un enfant d’Abraham. Moïse ne fut pas empêché, Pierre est repris. Le ministère de rigueur est aboli, la miséricorde règne. Pierre sera le grand ministre de la miséricorde. Néanmoins il garde le glaive. Il lui est commandé de le remettre au fourreau, non pas de le jeter. Avec ce glaive il coupe ce qui ne veut pas être délié, il retranche ce qui veut demeurer après s’être désuni. Et ceux que Pierre a frappés de ce glaive, Jésus ne les ressuscite pas.

Continuant d’instruire Pierre, Jésus poursui-

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vit : « Ne puis-je prier mon Père, et aussitôt « ne m’enverrait-il pas plus de douze légions « d’Anges? Mais quoi! je ne boirais pas le calice « que mon Père m’a donné ! Et comment donc « s’accompliraient les Ecritures, suivant lesquelles « ceci doit arriver? »

S’adressant ensuite à ceux des chefs des Prêtres, des officiers du Temple et des Anciens qui avaient accompagné Judas : « Vous êtes venus, « leur dit-il, comme à un voleur, avec des épées « et des bâtons. J’étais tous les jours assis par- « mi vous et j’enseignais dans le Temple, et vous « ne m’avez pas pris. Mais il faut que les Écri- « tures s’accomplissent. C’est maintenant votre « heure, et la puissance des ténèbres. »

Votre heure , l’heure que je vous donne , moi qui ai l’éternité! En disant ces mots, Jésus se mit réellement et volontairement entre leurs mains, comme s’il abdiquait la force souveraine qui les avait arrêtés jusque-là. Tous les disciples s’enfuirent et se dispersèrent de différents côtés.

Les satellites, ayant lié Jésus, le menèrent d’abord chez Anne, ancien grand-prêtre, assistant ou coadjuteur du Grand- Prêtre en charge, Caïphe. Ce Caïphe était un homme sans valeur, prêtre incrédule et servile, et tel que la domination romaine les recherchait, parce qu’ils lui servaient à dégrader le pontificat, dernière force d’Israël. Anne, politique consommé, plus pervers

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peut-être que Caïphe, mais moins ostensiblement bas, gouvernait le puissant parti des ennemis de Jésus. Quoique sadducéen, comme le Grand- Prêtre, il avait obtenu dans cette affaire la confiance des Pharisiens. On ignore s’il devait connaître juridiquement de la cause de Jésus, comme président d’un tribunal d’inquisition, chargé d’accuser devant le Grand Conseil ceux qui portaient atteinte à la pureté de la doctrine ; ou si simplement Notre-Seigneur lui fut conduit pour qu’il eût plus tôt le plaisir de le voir garrotté. Anne renvoya Jésus, toujours lié, chez Caïphe, où le Sanhédrin se trouvait réuni.

Pierre avait fui comme les autres; mais l’amour, combattant la crainte, l’attirait vers son Maître captif. Il suivait de loin. Hélas! dit un Père, de loin; s’il avait suivi de près, il n’aurait pu renier. Un autre Disciple le fît entrer dans la cour de la maison du Grand-Prêtre. Il resta là, parmi les domestiques et les officiers, se chauffant au feu qu’ils avaient allumé à cause du froid. Déjà la flamme de la charité avait baissé en lui ; il se réchauffait au feu des persécuteurs, de l’amour de la vie présente.

Jésus était devant le Conseil , devant ceux qu’il avait convaincus d’ignorance, d’hypocrisie et d’impiété. Caïphe l’interrogea. Il répondit qu’il avait toujours enseigné publiquement dans les synagogues et dans le Temple; que ce n’était

donc pas lui qu’il fallait questionner, mais ceux qui l’avaient entendu.

Or, en tout ce qu’il avait dit, ils ne voyaient rien qu’ils pussent reprendre. Ils le haïssaient gratuitement. Sa réponse les déconcerta; on le sentit dans l’auditoire. Un satellite, Malchus ou un autre, l'homme qui se trouve toujours en pareilles occasions, lui cria : — Est-ce ainsi que tu réponds au Grand-Prêtre? Et il lui donna un soufflet. Jésus dit à cet homme : « Si j’ai mal « parlé, montrez en quoi; si j’ai parlé à propos, a pourquoi me frappez-vous? » On ne voit point que les indignes juges aient désapprouvé ce subalterne.

Cependant il fallait une apparence de preuves; des Pharisiens ne pouvaient s’en passer. Mais ils n’en trouvaient point. Ils firent avancer beaucoup de faux témoins : leurs dépositions se contredisaient. Deux seulement parurent plus acceptables, qui déposèrent ainsi : Il a dit : Je peux détruire le temple de Dieu et le rebâtir dans trois jours. — Je détruirai ce temple qui a été fait de main d’homme, et dans l’espace de trois jours j’en rebâtirai tin autre, qui ne sera pas fait de main d’homme. Jésus avait dit aux Juifs , on sait en quel sens : « Détruise \ ce temple et je le rebâtirai dans trois jours. » Mais ces témoins encore se contredisaient, et d’ailleurs ce qu’ils rapportaient ne pouvait motiver

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la sentence de mort que les juges voulaient rendre.

Jésus se taisait, laissant les faux témoins et les juges s’embarrasser réciproquement dans leur commune ignominie. Il n’y avait là que la forme de la justice, dit saint Jean Chrysostôme ; des hommes iniques qui se ruaient sur la vérité, comme des voleurs dans une caverne se ruent sur une dépouille. Le Grand-Prêtre, debout, trahissant par ses mouvements désordonnés la passion qui l’animait, dit à Jésus : — Tu ne réponds rien ? Jésus continua de garder le silence. Le Grand-Prêtre l’interpella de nouveau : — De la part du Dieu vivant, cria-t-il, je t’adjure : Disnous si tu es le Christ, le Fils de Dieu éternellement béni ! A cette parole, Jésus ne voulut plus se taire. Il répondit au Grand-Prêtre : « Vous « l’avez dit; je le suis. » Il ajouta : « Et je vous « dis que vous verrez le Fils de l’Homme assis « à la droite du Dieu tout-puissant venir sur les « nues du ciel. »

Aussitôt le Grand- Prêtre, comme s’il était consterné, déchira ses vêtements. — Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? cria-t-il aux juges. Vous entendez le blasphème : que vous en semble ? Les autres répondirent : — Il est digne de mort.

Caïphe, dans l’ardeur de sa haine, oubliait que tant de mouvement n’était pas nécessaire

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pour entraîner les juges, et il enfreignait le précepte donné au Grand-Prêtre : « Le Grand- Prêtre n’ôtera pas la tiare de dessus sa tête, ni ne déchirera pas ses vêtements. » En déchirant ses vêtements, il déchirait son sacerdoce.

Les juges remirent au jour pour rendre régulièrement la sentence, et en attendant ils abandonnèrent Jésus aux hommes qui devaient le garder. C’étaient de ces gens qui s’offrent volontiers à de tels maîtres, et que de tels maîtres savent choisir ; qui haïssent pour leur propre compte ceux que l’on persécute, et qui les tourmentent avec plus de rage lorsqu’ils les savent plus innocents. L’homme de bien, l’homme de Dieu, l’homme de la miséricorde leur était livré ; ils s’en amusèrent. Us lui crachaient à la face, l’injuriaient et le frappaient ; ils lui couvraient le visage , lui donnaient des soufflets et lui disaient : « Christ , prophétise ; dis-nous qui t’a frappé ! »

Ils ont gardé cette coutume de lui voiler le visage. Lorsque c’est l’heure et la puissance des ténèbres, lorsqu’ils le croient jugé, lorsqu’ils le voient garrotté, lorsqu’il leur est livré, alors ils lui couvrent la face, comme s’ils voulaient feindre de ne point le connaître, ou comme s’ils pensaient qu’il ne les connaîtra pas. Cependant ils le connaissent et il les voit.

Jésus subissait en silence leurs outrages; mais

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une offense plus amère lui venait d’ailleurs et perçait son cœur plus avant que ne pouvaient atteindre ces vils et ignorants bourreaux.

Pierre était resté dans la cour. Une servante, le regardant attentivement, lui dit : — Vous aussi, vous étiez avec Jésus de Nazareth! Pierre le nia tout haut, et il se retira sous le vestibule. En ce moment, le coq chanta pour la première fois. Une autre servante, qui le vit près de la porte, le dénonça encore. Il se tut et revint près du feu; mais là, plusieurs personnes lui dirent : — N’étiez- vous pas de ses Disciples ? Sa frayeur augmenta : il nia derechef, jurant qu’il ne connaissait point cet homme. Il resta néanmoins. Malgré tout, l’amour le retenait dans ce péril. Au bout de quelque temps, quand il pouvait se croire oublié, d’autres le reprirent, et il nia une troisième fois, faisant des imprécations. Comme il répétait qu’il ne connaissait point « cet homme », le coq chanta de nouveau, et un regard de Jésus tomba sur son cœur. Alors l’Apôtre se ressouvint de ce que le Seigneur lui avait dit peu d’heures auparavant : « Cette nuit même, avant que le coq « chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.

Pierre a renié trois fois; ce triple reniement correspond aux trois formules de la négation hérétique, laquelle attaque le Christ ou dans sa

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divinité, ou dans son humanité, ou dans l’une et l’autre en même temps. Ceux qui font tomber l’Apôtre préfigurent trois sortes d’ennemis que rencontreront les fidèles : la première servante représente la synagogue des Juifs, la seconde les nations persécutrices ; les hommes dont les raisonnements et les railleries provoquent le dernier reniement, sont les docteurs et les ministres des diverses hérésies. Tous ensemble offrent l’image de la société des impies, et par conséquent du péril que le Disciple du Christ doit surtout éviter. C’est, d’ailleurs, par un secret dessein de la Providence, remarque saint Jean Chrysostôme, que Pierre est tombé le premier. Le souvenir de sa chute lui apprend à tempérer par la miséricorde et la patience, la fermeté nécessaire des condamnations qu’il lui appartient de porter contre autrui . Pierre, docteur de l’univers, pèche et demande pardon, afin de donner cette règle d’indulgence à ceux qui doivent juger. Le pouvoir sacerdotal n’a pas été remis aux Anges, qui, ne péchant pas, • poursuivraient sans miséricorde le péché dans le pécheur-, mais un homme, sujet aux passions, est constitué sur les autres. Retrouvant en eux sa propre infirmité, il saura mieux compatir et plus aisément pardonner. Ainsi Jésus, livré aux outrages des hommes, achevait le grand travail de l’éducation des Apôtres.

Dès qu’il fut jour, le Sanhédrin se trouva ras-

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semblé. Les Juifs adjurèrent encore une fois Jésus de leur dire s’il était le Christ. Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croi-

« rez pas; et si je vous interroge à mon tour « (sur les marques qui feront reconnaître le Christ),

« vous ne me répondrez point, ni ne me laisse- « rez aller. Au reste, le Fils de l’Homme sera « désormais assis à la droite de Dieu tout-puis- « sant. » Ils comprirent. — Tu es donc, ajoutèrent-ils, le Fils de Dieu? Jésus leur fit la même réponse qu’il avait déjà faite à Caïphe :

« Vous le dites; oui, je le suis. » Ils s’écrièrent comme Caïphe : — Qu’avons-nous besoin d’un autre témoignage! Nous l’avons entendu!

La sentence était déjà prononcée; ils se hâtèrent d’en poursuivre l’exécution. Emmenant Jésus lié, ils le conduisirent à Pilate.

Une autre sentence allait s’accomplir. Judas avait, comme Pierre, suivi les incidents du procès. Déjà il sentait le remords. Voyant que Jésus était condamné , il vint aux Princes des prêtres et leur rapporta l’argent. — J’ai péché, leur dit-il, j’ai livré le Juste. Ils lui répondirent : — Cela te regarde.

Le misérable oublia la bonté de son Maître ou ne voulut pas l’invoquer, conséquence vengeresse de son crime. Il dit « le Juste », et non pas le Fils de Dieu. Il considère Jésus comme un homme. Le crime de Judas fut de n’avoir

point la foi, de ne point croire Jésus assez clément ou assez puissant pour lui pardonner. Il jeta les trente deniers dans le Temple, s’en alla et se pendit.

Les Princes des prêtres eurent un scrupule sur l’argent de Judas. C’était le prix du sang, ils ne voulurent pas le mettre dans le trésor du Temple. Ils en achetèrent un champ pour l’inhumation des étrangers. Cette circonstance avait été prédite par un prophète, et Jésus venait pour donner la paix aux vivants et aux morts.

PILATE

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