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rétabli à Grenoble, le chancelier comptant qu'il seroit composé des membres de l'ancien. M. de Monteynard vous a rendu beaucoup de services dans cette occasion. Le premier projet étoit d'établir un conseil supérieur à Valence. Je sais que M. de Clermont a été très-touché de sa commission; mais il faut obéir. C'est M. de Flesselles I, qui avoit reçu son paquet, qui a distribué toutes les lettres de cachet pour ceux qui étoient dans les environs de Lyon. M. de Briandas a reçu une lettre de son fils, de Metz. On est dans cette ville dans la plus grande consternation; on a ôté le .parlement , cour des aides, chambre des comptes. On a tout réuni au conseil souverain de Nancy, qu'on a aussi supprimé pour en faire un conseil supérieur. M. d'Armentières 2 les assura qu'il avoit fait son possible, de même que M. de Broglie 3, pour y rétablir un conseil supérieur; qu'il n' avoit rien pu obtenir qu'une augmentation de quatre bataillons de troupes. C'est M.me la Dauphine, pour l'intérêt de l'ancien patrimoine de ses pères, qui a obtenu toutes ces réunions à Nancy. Notre petit parlement (de Dombes) a eu son tour. M. de Garnerans 4 est touché avec raison, quoique son ressort fût peu étendu. Il est tou-

(i) Jacques de Flesselles, intendant de Lyon. Au début de la Révolution il était prévôt des marchands à Paris et fut massacré par la populace le jour de la prise de la Bastille.

(2) Louis de Conflans, marquis d'Armentières, maréchal de France, commandant dans les Trois-Evêchés.

(3) François-Marie de Broglie, maréchal de camp, gouverneur du pays Messin.

(4) Jean-Baptiste Cachet, comte de Garnerans, premier président et intendant de la province de Dombes. Voy. sur lui Dugas de Bois-Saint-Just, Paris, Versailles et les provinces, t. 1", p. 283. Dans le même ouvrage (t. 11, p. 117 et m, p. 146) on trouve des détails curieux sur Bâillon, intendant de Lyon , dont nous avons parlé dans le second chapitre de cette étude.

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jours agréable d'être le premier du pays qu'on habite, encore plus mortifiant de ne l'être plus, surtout lorsqu'on aime à dominer. M. de Sève m'a dit qu'on lui avoit mandé de Fontainebleau, lorsqu'on fut faire compliment à M. le chancelier du régiment de cavalerie que le roi avoit donné à son fils, il témoigna combien il étoit sensible à la bonté du roi; qu'il sentoit qu'il ne pouvoit plus convenir à un homme de condition d'entrer dans la magistrature. On doute qu'il ait tenu ce propos indécent, excepté qu'on désire que ce ne soient que des gens nouveaux qui occupent les places. On a conservé aux membres du parlement de Dombes leurs privilèges; ce qui n'a pas été conservé à tous , entre autres celui de Besançon ; le vôtre n'étoit pas dans le cas d'en avoir besoin. On mande de Bordeaux qu'on a toutes les peines du monde à faire parler les avocats et taire les femmes. Il est temps que je me taise aussi. » La fin de la lettre est curieuse : « J'ai eu ces deux jours l'officier de Chambéry qui a servi quinze ans chez le roi de Prusse , avec qui mon fils ' a voyagé depuis Francfort. On a bien parlé du roi de Prusse. J'eus hier M. de Montezan, qui s'en amusa beaucoup. Le despotique dur qui règne dans ce royaume lui faisoit dire souvent : Nous sommes encore plus heureux en France, malgré le mal que nous fait M. le chancelier. »

Louis XVI rappela tous les parlements, comme don de joyeux avènement. EnDauphiné, les villes et même les villages , Vienne , Romans , Chorges , Le Buis , se mirent en fête , et les communautés religieuses, comme les Bénédictins de Saint- Robert et les Ursulines de Briançon, trahissant leur

(1) Laurent-Gabriel-Hector Cholier, comte de Cibeins, colonel et chevalier de Saint-Louis, avait étudié, selon l'usage du temps, la tactique militaire sous le grand Frédéric, qui l'admit à ses manœuvres de Silésie en 1774. (Dufay, Galerie militaire de l'Ain.)

penchant pour les idées nouvelles, s'associèrent à l'allégresse générale l. Mais, devant l'inexorable nécessité de rendre au budget un équilibre depuis trop longtemps perdu, les excellentes intentions du plus faible et du meilleur des rois vinrent échouer contre le refus d'enregistrement de nouveaux impôts. Grenoble eut en 1788 sa Journée des tuiles, émeute qui fut le prélude de scènes plus terribles , où le parlement disparut avec toutes les autres institutions de l'ancien régime. Au moment de succomber, les plus intéressés se gardaient de soupçonner encore d'où venait le danger. « On n'attend et on ne voit que révolution, écrit le 2 mai 1788 M.me de La Rollière à M.Ile de Franquières; l'on en craint ici une grande pour le parlement; l'on pense que l'arrivée du duc de Tonnerre est pour frapper quelque grand coup. C'est ce que le temps nous apprendra peut-être trop tôt. Cependant vous m'obligeriez de vouloir bien m'instruire de ce qui se passera. Je ne puis cesser de m'intéresser au sort d'un corps où j'ai une partie précieuse de ma famille. M. votre frère est fort heureux de s'en être tiré comme il l'a fait. » La même écrivait encore le 25 juin : « Je pense bien que vous avez été sensible à la scène populaire du 7. Pour moi, j'en ai été accablée et pour les maux que j'ai craint qu'elle attire à Grenoble. Les esprits sont-ils calmés et s'accoutument -ils à l'absence du parlement ? Je le regarde comme dissous par les privilèges dont on les a dépouillés, et peut-être leur fera-t-on encore l'injustice de les priver de la finance de leur charge, si ce nouveau régime ne leur convenoh pas et qu'ils voulussent se tirer d'un état qui cesse d'en être un. »

Avant de dire un adieu définitif au parlement, qui a occupé tant de place dans l'histoire de notre province , qu'on nous

(1) Affiches de Dauphiné, 1775, p. 6, 10, 20, 26.

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permette de citer ici un passage de la correspondance de Laurent de Franquières, relatif à la réception comme conseiller d'un homme de bien que plusieurs d'entre nous ont connu, dernier survivant d'une illustre compagnie, dont il avait porté les nobles traditions dans la magistrature moderne, laissant après lui un nom encore dignement porté en Dauphiné et nous devons ajouter dans le monde des lettres '. « Je serois trèsenchanté que le projet du frère de notre voisin de Franquières pût réussir. Il me semble que le parlement feroit une excellente acquisition, parce que c'est un parfait honnête homme, qui ne manque ni d'esprit, ni de talent et qui remplira trèsbien les fonctions de sa charge, pour peu qu'il veuille sérieusement s'en donner la peine; et cela doit lui être plus aisé qu'à un autre , parce qu'il trouvera des ressources infinies dans les conseils et les instructions de plusieurs de ses parents et amis, tels que M. d'Orbanne2, qui sont les aigles du barreau et de la jurisprudence. Aussi je ne doute point que s'il parvient à réunir en sa faveur l'agrément de tous les membres du parlement, aidé de ces puissants secours, il ne devienne en peu de temps un magistrat très-éclairé *, »

A côté et au-dessus des parlements se trouvaient les intendants, et des conflits éclataient souvent entre ces deux pouvoirs rivaux. Déjà, Richelieu et Louis XIV aidant, était tissu ce système compliqué, la tunique.de Nessus de la bureaucratie moderne, avec son fanatisme du point sur l'i, ses chinoiseries savantes, son habileté de sauvage indien à brouiller

(i) Gaspard-Marie du Boys, conseiller au parlement, président de chambre à la cour royale de Grenoble, mort le 3o mars 1860, à l'âge de 98 ans.

(2) Jean -Baptiste -Joseph Barthe'lemy d'Orbanne, savant jurisconsulte grenoblois, mort en 1798.

(3) Laurent de Franquières à sa sœur, Paris, 1783.

les pistes et retarder au delà de toute espérance la solution des affaires, qui, selon l'invariable cliché en honneur dans nos rapports officiels jusqu'à nos désastres, « nous était envié par toute l'Europe ».

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage , Polissez-le sans cesse et le repolissez.

Cette rudesse originelle de l'administration , cette lutte d'inertie avec le contribuable ont de tout temps produit les résultats les plus désastreux, en jetant dans le cœur des masses des ferments de haine contre le pouvoir et en grossissant les rangs de la Révolution. Qui pourrait se rendre compte, chez l'homme simple et ignorant, du froissement incurable causé par ce qu'il regarde comme un déni de justice de la part des fonctionnaires ? Encore plus que les commandants militaires , les intendants, qu'ont remplacés nos préfets actuels, étaient en butte à l'animadversion publique. Gaspard-Moïse de Fontanieu, auquel les lettrés dauphinois doivent tant de reconnaissance pour la collection de documents qu'il rassembla et qui est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, est accusé, sous le pseudonyme transparent de Fontanius , de concussion par Létourneau '. M.lle Cholier, écho de la société lyonnaise, félicite les Dauphinois de la retraite de M. de La Porte, haï de toute la province 2. Quant à son successeur, Christophe Pajot de Marcheval, il est chansonné pour la parcimonie dont il fit preuve dans une fête donnée aux dames de Valence3. Du reste, les hommages publics qu'on lui rendait le vengeaient ample-

(2) Lettre à M.lle de Franquières, 11 avril 1760.

(3; Létourneau, t. m , p. 495.

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ment de ces railleries, dont il était le premier à rire. Quand il fit à M.me de Murât l'honneur d'aller lui demander à dîner à Sablons, on mit la communauté sous les armes, ce qui devait ressembler aux réceptions de la garde nationale de nos jours \

La tour de Crest était encore à cette époque une prison d'État, gardée par une compagnie; elle avait un gouverneur et un major 2. M.me de La Rollière rend compte de la visite qu'elle y fit en 1780 : « J'ai visité la tour de Crest, ainsi que les malheureux qui l'habitent; j'eus le plaisir de faire sortir des cachots affreux deux Messieurs qui n'y étoient que depuis la veille. Je trouvai le sujet qui les y avoit fait plonger si mince que je crus pouvoir solliciter avec succès le baron de Saint-Michel, qui est commandant de la ville et de la tour. Il envoya sur-le-champ un ordre pour les faire sortir seulement des cachots. J'ai été très-scandalisée d'y trouver des prêtres de toute espèce , Dom Gaillard , Chartreux , des curés et un jeune Cordelier. Il me semble que pour le bon ordre il faudroit qu'il y eût des maisons particulières pour ces espèces de coupables , qui sont confondus avec des gens très-vicieux. »

M.me de Franquières fait part à sa belle -fille de ce qu'on raconte sur la bête du Gévaudan : « L'exprès qu'on avoit

(1) M.mc de Murât à M."e de Franquières, 7 novembre 1763.

(2) Almanach général et historique de Dauphiné pour 178S, p. 288.

envoyé à Aurillac pour annoncer M. de Fontanges ' a fait beaucoup de relations de la beste féroce , dont vous avez sans doute entendu parler, qui parcourt le Gévaudan. Il a passé en des endroits où elle passe souvent; il a été obligé de rester trois jours d'ans la neige, de crainte de la rencontrer. Elle traverse , sans se mouiller les pieds , une rivière de trente-six pieds de large. Il prétend qu'elle fait sept lieues dans une heure. Les paysans n'osent pas sortir pour aller dans la campagne qu'ils ne se rassemblent sept ou huit. On ne trouve plus personne qui veuille garder les moutons. Elle ne mange point les bestes , seulement de la chair humaine ; aux hommes elle mange le crâne et le ventre, et aux femmes de plus les mamelles. Quand elle a bien faim, elle mange le tout. On a essayé de lui tirer avec des balles de fer, de plomb, d'argent. Rien ne peut pénétrer. Il faut espérer qu'à la fin on en viendra à bout 2. »

De notre temps, où si facilement le flibustier passe héros, comme le remarquait dernièrement un spirituel article émané d'une plume dauphinoise , Mandrin n'eût pas assurément dédaigné le plumet rouge et les galons dorés de général de la Commune 3. « On dit, raconte M.me de Franquières à

(i) Louis-Marie, marquis de Fontanges, chef de brigade des gardes du corps du roi, marié en 1765 à Jeanne-Françoise de Barrai, fille de Charles-Gabriel- Justin de Barrai de Rochechinard, marquis de Montferrat, et de Françoise- Vande de Saint-André. (Courcelles , Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, t. ir, généalogie des Barrai.) Cette branche cadette des Barrai, malgré son titre de marquis de Montferrat, est plus souvent appelée de Rochechinard dans les lettres des Franquières.

(2) M.m0 de Franquières à M.me de Bressac, Grenoble, 14 mars 1765. Il paraît qu'il n'y avait pas seulement une bête, mais toute une bande de loups affamés. (Voy. Burdin, Documents sur le Gévaudan, t. u, p. i2Ô-i3o.)

(3) Décentralisation du 2 mai 1875, article signé Ys, à propos de

« La province au XVIIIe siècle, Mandrin, par M. Jarrin, » publié dans les

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M.me de Bressac, Grenoble, le 19 mai 1755, que Mandrin a dit aux dames de Valence que si on ne lui avoit pas pris tout son argent il leur en auroit donné des fêtes. » La même écrit à sa fille, le 4 juin 1755 : « Nous avons vu comme vous les hauts faits de M. Mandrin. Il méritoit bien la mort. Mais ses talents ont été cause que tout le monde s'intéressoit pour luy, surtout à Valence.... On prétend que cela luy a évité bien des tourments , qu'il n'a été à la question que par cérémonie et qu'il a été étranglé avant d'être roué. M. Levet ', qui n'a pas le cœur tendre, a pleuré. Mandrin le pria de luy dire son jugement quelques jours d'avance, parce qu'il vouloit se préparer à une grande affaire. On le luy dit effectivement, et il en a fait un très-bon usage. C'est le Père Gaspariny qui l'a exhorté. Il fut à l'échafaud avec un courage admirable, se déshabilla luy-même et voulut faire un discours au peuple. Mais la voix lui manqua ; il pria son confesseur de dire au peuple ce qu'il avoit compté dire luy-même , ce qu'il fit. C'étoit un discours fort touchant. Il est bien heureux si après tant de crimes Dieu luy a fait miséricorde. Sa mort n'a point effrayé les contrebandiers. Il en passa quarante il y a quelques jours à Briançon, qui firent fuir les gardes comme un troupeau de moutons. On nous dit hier qu'on avoit arrêté à Voiron une quantité de mousseline prodigieuse; mais les contrebandiers échappèrent. » Les successeurs d'Alexandre s'étaient en effet partagé l'empire après le supplice de leur chef; la contrebande

Annales de la Société d'émulation de l'Ain, livraison d'octobre-décembre 1874. — M. de Rivoire La Bâtie avait déjà dit que Mandrin eut le tort de venir au monde 40 ou 5o ans trop tôt. (Armoriai du Dauphiné, article Levet.)

(1) Gaspard Levet, seigneur de Malaval, président de la commission instituée pour juger souverainement les procès des contrebandiers et faux sauniers en Dauphiné, Languedoc, Provence, Lyonnais, etc.

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intérieure se maintint jusqu'à ce que les barrières et les tarifs si inégaux eussent complètement disparu par la Révolution.

« Les contrebandiers, dit M.lle de La Roullière, font-ils de vos côtés des incursions comme de ceux-cy (en Lyonnais et Forez) et en Auvergne, où dans plusieurs villes ils ont, à l'exemple de Mandrin, enlevé l'argent de la recette dans les bureaux? On les dit au nombre de plus de huit cents et armés au plus fort. Jusqu'à présent ils n'ont fait aucune pillerie dans les châteaux où ils sont allés. On les a bien fait boire et régalés, et ils n'ont fait mal à personne. Cependant, si on n'y met ordre, il y a bien à craindre du danger pour l'avenir. Malheur aux cavaliers qu'ils rencontrent en chemin, car sans autre compliment ils disent : « Le cheval nous convient. Ayez, Monsieur, la bonté de nous le donner. » vous laissant l'homme à pied, sans le voler autrement, et continuent leur route. On assure qu'ils ont à leur tête un gentilhomme limousin, capitaine d'infanterie réformé, qui se fait appeler Bras de fer. Dieu nous préserve de leur visite! Il y a peu qu'il en passa une troupe de plus de cent à Bessenay, qui conduisoient un convoy de marchandises considérable. »

La lettre est sans date; mais l'anecdote du capitaine réformé indique probablement qu'elle a été écrite peu de temps après les changements opérés au ministère de la guerre en 1775 par M. de Saint-Germain.

Les Affiches du Dauphinè du 20 mai 1774 nous donnent le récit d'une lutte à main armée soutenue à Beaurepaire par douze contrebandiers, venus du Vivarais par Serrières, contre vingt-deux employés, qui les poursuivaient depuis quelque temps. Les contrebandiers, après avoir engagé un feu très-vif dans les rues de ce bourg contre les employés , qu'ils forcèrent à reculer, se retirèrent d'eux-mêmes en bon ordre dans les bois environnants.

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La société se trouvait arrivée à une de ces crises fatales où , sous les rayons d'une lumière confuse et troublée , il est difficile de discerner le vrai du faux , tant les utopies sont mêlées presqu'à doses égales aux idées justes et généreuses. Instruments inconscients de l'Évangile, les philosophes réclamaient cette égalité dont le Christianisme avait seul posé les principes ; mais, dédaigneux de toute règle, ils se plurent en même temps à surexciter les instincts les plus redoutables. Sans réflexion comme sans guide, aveuglé par les éclairs qui sillonnaient l'horizon, le monde, livré au hasard, se mit en marche vers l'inconnu. Les traditions de selfgovemment , assez mal définies et remontant à un passé déjà lointain, se réveillaient dans les trois ordres avec une égale vivacité; toutes les espérances étaient animées par l'exemple séduisant de l'Angleterre, parvenue au but à travers les révolutions.

Notre avant-dernier chapitre s'est arrêté à h Journée des tuiles. Les membres du parlement, commençant à comprendre dans quelle voie périlleuse ils s'étaient imprudemment engagés, se rendirent avec docilité aux lieux d'exil assignés, après avoir demandé au roi, dans une adresse pleine de soumission, la convocation des États généraux \ M.me de La Rollière, devenue désormais notre unique guide, nous transmet les impressions valentinoises. « Vous avez sans doute su dans son temps le vertige qui avoit saisi tout Valence contre le parlement. Il y a

(1) J. Taulier, Histoire du Dauphiné , p. 290.

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apparence qu'il a sa source dans la jalousie que j'ai toujours reconnue aux Valéntinois des avantages et de la fortune que possédoit Grenoble. Ils ont vu et espéré avec délices que le grand bailliage établi à Valence leur attireroit une fortune qui seroit assise sur les ruines de Grenoble. Il y a environ un mois que ce tribunal est formé; il ne l'est que par les membres du présidial. Il en faudroit encore dix-huit pour le compléter; mais personne ne se présente. Ils ont beaucoup de loisirs, car personne ne leur confie de cause. Les Valéntinois, après avoir bien clabaudé contre la convocation de l'assemblée du 21 *, ont fini par y aller au nombre de trois, et tous les autres nobles qui sont à Valence ont signé une procuration de consentement, qu'ils ont envoyée à M. de Veynes. J'ai lu le procès-verbal et la lettre qui y est jointe. Elle m'a paru bien raisonnée et bien frappée 2. Les plus passionnés de ce pays-ci prétendent qu'elle ne signifie rien3. »

Quelques jours suffisent pour diminuer de beaucoup l'enthousiasme de la narratrice. « Vous serez peut-être étonnée de la curiosité qui m'a portée à aller à Romans pour prendre une idée de ces assemblées 4. J'ai été dans la même journée à deux assemblées, qui étoient du seul ordre de la noblesse, où l'on discutoit les preuves plus ou moins fortes de noblesse pour avoir l'entrée aux Etats. On exigeoit cent ans; ce qui excluroit cent soixante-cinq personnes ou familles et priveroit peut-être de bien des connoissances et des lumières. Cela

(i) Assemblée de Vizille, le 21 juillet 1788.

(2) Le procès-verbal et les très-respectueuses représentations des trois ordres de la province de Dauphiné, qui se trouvent à la page 37, furent rédigés par Mounier, secrétaire des trois ordres.

• (3) M.me de La Rollière à M.Ue de Franquières, 2 août 1788.

(4) L'assemblée des trois ordres de la province tenue à Romans à partir du 10 septembre 1788.

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avoit passé ; mais il y a eu de fortes réclamations contre cet avis, et on en est venu à un nouvel examen. J'ai bien de la peine à croire qu'on puisse parvenir à accorder tant de monde, qui diffèrent si fort sur le moindre sujet. J'espère qu'il en résultera tant de difficultés que les choses resteront dans leur ancien état. Je vous dirai confidemment que c'est mon vœu et que je trouve qu'en maintenant les droits et prérogatives du parlement dans leur entier, il représente suffisamment la province. Pourvu que les États généraux ne les attaquent pas *. J'ai entendu, quand on a été aux voix, appeler M. de Maubec2. Mais l'église où l'on s'assemble est si grande que je n'ai pu le voir. J'aurois voulu rencontrer une assemblée des trois ordres réunis ; mais je m'en suis consolée en me faisant l'idée, pour y suppléer, d'une assemblée où l'on tripleroit le bruit qui étoit déjà très-considérable dans celle des nobles. Je fis une apparition dans celle du tiers-état, qui se tenoit dans le même temps. Elle me parut plus tranquille, quoique bien plus nombreuse 3. »

Les événements se précipitent et le pouvoir glisse en réalité entre les mains de la populace, aveuglée et entraînée par les clubs. « 6 janvier 1790. Le séjour de Valence seroit assez

(1) « Les classes populaires parlent de l'abolition des parlements, parce que, tant qu'ils existeront, ce sont des tribunaux auxquels la cour pourra avoir recours, en cas qu'ils soient enclins à agir contre l'existence des États; ces corps sont alarmés et voient avec beaucoup de regret que leur refus d'enregistrer les édits du roi a créé un pouvoir dans la nation dangereux pour leur existence. » (Arthur Young, Voyages en France, trad. Soulès, éd. de 1794, t. 1, p. 3+0, année 1789.)

(2) Louis-Gabriel Planelli de La Valette, marquis de Maubec, officier aux gardes françaises, cordon rouge, député suppléant de la noblesse du bailliage de Sens à l'Assemblée constituante, où il vota avec le côté droit; émigré en 1792, mort à Grenoble en i832, âgé de 89 ans.

(3) 28 sept. 1788.

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