‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 134 sur 201 · CHAP. XXXIX. CONDUITE PENDANT LES TROUBLES · texte numérisé non relu

CHAP. XXXIX. CONDUITE PENDANT LES TROUBLES

partie de seigle et partie de fèves. On rTentendait pas néanmoins une seule plainte de sa bouche, mais il endurait tout en esprit de pénitence, croyant qu'en qualité de prêtre il la devait faire pour apaiser la colère de Dieu qui faisait ressentir de plus en plus ses effets sur tout le royaume. Il prêcha aux habitants de ce pauvre lieu pour les encourager à faire un bon usage de l'affliction présente, et les exhorta à la pénitence, comme au moyen le plus efficace pour apaiser Dieu; et les ayant disposés à se confesser, il leur fit la charité de les entendre avec le curé du lieu et un autre prêtre de sa Congrégation1.

Ayant fait quelque séjour en ce pauvre lieu, il en partit nonobstant la rigueur de la saison, et s'en alla au Mans pour y faire la visite d'une maison de sa Congrégation, qui est aux faubourgs de la ville2. De là s'étant mis en chemin pour aller à Angers, il lui arriva un accident à demi-lieue de Durtal, passant une petite rivière, où sans le prompt secours qu'on lui donna il se serait nové, son cheval s'étant couché dedans : en ayant donc été retiré, il remonta à cheval tout trempé, sans qu'il parût aucune émotion en son visage. C'était en Carême; et ayant à grande peine trouvé de quoi se sécher dans une petite chaumière qu'il rencontra sur le chemin, il demeura sans manger jusqu'au soir, qu'il arriva en une hôtellerie. La maîtresse voyant que M. Vincent catéchisait selon sa coutume les serviteurs de la maison, elle s'en alla ramasser tous les enfants de la bourgade, et sans lui en parler les fit tous monter à sa chambre: de quoi il la remercia grandement, et les ayant

1. La chambre occupée par saint Vincent à Frénevilie existe encore assez bien conservée. On a racheté la chapelle de Notre-Dame de Varennes de Val-de-Puiseaux, avec la chaire où il prêcha, et on songe à la reconstruire. (Circulaire de M. Dabadie, curé de Puiselet, diocèse de Versailles, du i5 août 1861. Voir le journal le Mo.de du 26 octobre de la même année.)

2. Notre-Dame de Coëfïort. V. Notices de la Mission, t. Ier, p. 528.

séparés en deux bandes, il en donna une à instruire au prêtre qui était avec lui, pendant qu'il faisait le catéchisme à l'autre.

Il séjourna cinq jours à Angers, où il fit la visite des Filles de la Charité qui servent les malades de l'hôpital; et ensuite s'étant mis en chemin pour aller en Bretagne, comme il approchait de Rennes il lui arriva un accident qui le mit dans un très grand danger de sa vie. Car passant Peau entre un moulin et un étang fort protond, sur un petit pont de bois, le cheval vint à s'ombrager de la roue du moulin, et en se reculant allait se précipiter dans l'étang, ayant déjà un des pieds de derrière hors du pont et sur le point de tomber, si Dieu, comme par quelque sorte de miracle, ne l'eût retenu et arrêté tout court. M. Vincent se voyant hors de ce danger avoua qu'il n'en avait jamais échappé un tel; et bénissant Dieu d'une protection si évidente et si merveilleuse, il pria celui qui l'accompagnait de l'aider à en remercier sa divine bonté.

M. Vincent en tout ce voyage n'avait fait aucune visite de compliment et de civilité à personne, ni à Orléans, ni au Mans, ni à Angers, ni aux autres lieux où il avait passé. Il voulait faire de même à Rennes et traverser simplement la ville pour aller en la maison de sa Congrégation qui est à Saint-Méen, à huit lieues au delà, désirant passer inconnu en tout ce voyage s'il lui eût été possible. Mais ayant été nonobstant cela reconnu à son entrée dans la ville de Rennes, qui pour lors était dans l'émotion au sujet des troubles du royaume aussi bien que celle de Paris, une personne qui avait autorité en cette ville lui manda que son séjour était suspect à cause de son emploi dans les conseils, qu'on avait dessein de le faire arrêter, et qu'il lui en donnait avis afin qu il sortît à l'heure même de la ville. M. Vincent reçut ce congé comme une faveur, et à l'heure même il se disposa pour partir; mais comme on sellait son cheval, un gentilhomme logé dans la même hôtellerie l'ayant

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