‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 135 sur 201 · CKAP. XXXIX. CONDUITE PENDANT LES TROUBLES · texte numérisé non relu

CKAP. XXXIX. CONDUITE PENDANT LES TROUBLES

reconnu et s'étant laissé transporter à un mouvement de colère, lui dit tout haut : M. Vincent sera bien étonné si à deux lieues d'ici on lui donne un coup de pistolet dans la tête; et en même temps sortit. Cette menace ayant été entendue par M. le théologal de Saint-Brieuc, lequel ayant appris l'arrivée de M. Vincent Tétait venu visiter en cette hôtellerie, il l'empêcha de partir et lui persuada d1aller voir M. le premier président et quelques autres, desquels il fut reçu fort civilement. Et le lendemain, comme il était près de partir, on vit rentrer ce même gentilhomme qui, après lui avoir fait la menace de le tuer, était sorti et avait couché hors de la ville; ce qui donna sujet de croire qu'il était allé attendre M. Vincent sur le chemin, pour faire ce mauvais coup. Mais ce fidèle serviteur de Dieu ayant toute sa confiance en la divine Providence et étant toujours disposé à mourir, et même le souhaitant à l'imitation du saint apôtre, pour être avec Jésus-Christ, ne s'en mit guère en peine; néanmoins M. le théologal de Saint-Brieuc, étant en quelque crainte pour sa personne qui lui était très chère, ne le voulut point quitter, mais l'accompagna jusqu'au lieu de Saint-Méen, où il arriva le mardi de la semaine sainte. Il y demeura quinze jours, pendant lesquels il se tint la plupart du temps au confessionnal pour entendre les pauvres qui viennent de tous côtés en pèlerinage en ce saint lieu, afin d'y recevoir la guérison de leurs incommodités, que Dieu leur accorde fréquemment par l'intercession de ce saint.

Il s'en alla de ce lieu à Nantes pour quelque affaire de piété. De là il passa à Luçon, à dessein de continuer son voyage à Saintes et puis en Guienne pour y continuer la visite des maisons de sa Congrégation. Mais ayant reçu ordre exprès de la reine de s'en revenir à Paris où le roi était alors retourné, il s'en vint à Richelieu, où il tomba malade; ce que Mme la duchesse d'Aiguillon ayant su, elle lui envoya un petit carrosse avec deux de ses chevaux et

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un de ses cochers, pour le ramener aussitôt qu'il serait en état de se mettre en chemin. On lui avait donné longtemps auparavant, à cause de l'incommodité de ses jambes, ce même carrosse dont néanmoins il n'avait point voulu se servir.

Il laissa en toutes les maisons qu'il visita durant ce voyage une grande consolation à ses enfants spirituels et une très bonne odeur de l'humilité, cordialité, douceur, et de toutes les autres vertus qu'il y pratiqua et dont il leur donna les exemples. Enfin il retourna à Paris au mois de juillet 1649, après six mois et demi d'absence. Etant arrivé il renvoya aussitôt les chevaux à Mrae la duchesse d'Aiguillon, avec mille remerciements; mais elle les lui tk remener, disant qu'elle les lui avait donnés pour s'en servir. Il les refusa derechef, en protestant que si l'incommodité de ses jambes, qui augmentait tous les jours, ne lui permettait plus d'aller ni à pied ni à cheval, il était résolu de demeurer plutôt toute sa vie à Saint-Lazare que de se faire traîner dans un carrosse. Ce que la reine et M. l'archevêque de Paris ayant su, ils lui firent un commandement exprès d'aller en carrosse; à quoi il acquiesça, non sans une grande peine et une extrême confusion, appelant ce carrosse qui était très chétif, son ignominie, et voulant que les chevaux qui le tiraient fussent aussi employés à la charrue et à la charrette, quand il n'était pas obligé d'aller en ville. Il était alors âgé de soixante-quinze ans et tellement incommodé qu'il avait grande peine de se lever quand il était assis; de sorte que ce n'a été que par obéissance et par nécessité qu'il s'est servi de ce pauvre carrosse, qui lui a néanmoins donné moyen de travailler avec bénédiction à diverses importantes affaires et de rendre plusieurs grands services à l'Église : ce qu'il n'aurait pu faire sans cela.

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