‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 143 sur 201 · Condé et le duc d'Orléans · texte numérisé non relu

Condé et le duc d'Orléans

qui pourrait s'empêcher de publier la grandeur de Dieu et ses miséricordes ? etc. »

Il ne faut pas ici omettre que ces distributions de potages se faisaient presque toutes par les Filles de la Charité, et cela par les soins et aumônes des dames de la compagnie de la Charité qui ont toujours eu une très bonne part à toutes ses grandes œuvres. Or, comme ces pauvres réfugiés étaient séparés en divers endroits de Paris, surtout dans les faubourgs, M. Vincent prit un soin particulier de la nourriture et de Finstruction de ceux qui se trouvèrent dans les quartiers proches de Saint-Lazare, au nombre de sept à huit cents. Il les faisait venir tous les jours le matin et l'après-dînée, pour leur distribuer la nourriture et pour leur faire par ce moyen les mêmes instructions et exercices qui se pratiquent dans les missions. Après la prédication on faisait entrer les hommes et les garçons dans le cloître de Saint-Lazare, et les ayant divisés en neuf ou dix bandes ou académies, ily avait un prêtre en chacune pour les instruire, pendant que d'autres prêtres travaillaient à instruire les femmes et les filles dans l'église. M. Vincent voulut prendre part à ce travail et faire aussi lui-même le catéchisme à ces pauvres.

Il a plu à Dieu donner une telle bénédiction sur toutes ces charitables entreprises commencées par les soins et par les avis de M. Vincent, qu'elles ont toujours été continuées avec le même zèle en diverses occasions qui se sont depuis présentées; et cela, même après le décès de ce grand serviteur de Dieu, lequel, comme un autre Elie, semble avoir laissé son esprit non seulement à sa sainte Congrégation, mais aussi à toutes ces personnes vertueuses qui ont été pendant sa vie unies avec lui dans les exercices des œuvres de charité. Cela s'est vu au commencement de l'année 1661, auquel temps il se trouva un très grand nombre de pauvres personnes réduites en une extraordinaire nécessité, à l'occasion de la défense des dentelles dont le travail leur four-

nissait auparavant de quoi vivre, comme aussi à cause de la grande cherté du blé. Et outre cela, vers le mois de juillet et d'août de la même année, une certaine maladie maligne et en quelque façon contagieuse se répandit presque universellement en tous les lieux de la campagne, ce qui empêcha une partie des pauvres peuples de faire la moisson qui fut encore fort chétive et ainsi la cherté du pain et des autres vivres augmenta notablement. MM. les grands-vicaires de Paris envoyèrent plusieurs prêtres de la Congrégation de la Mission presque par tout le diocèse, pour reconnaître la nécessité des lieux et en faire un rapport assuré. Ils trouvèrent plus de huit mille malades en quatre-vingts paroisses qu'ils visitèrent, et d'autres ailleurs à proportion, dont la plupart étaient sans aucune assistance, les familles entières étant atteintes de ce mal, et la disette des vivres étant très grande partout. En suite de cela, suivant les mêmes ordres qui s'observaient du vivant de M. Vincent, on fit porter et distribuer des vivres et des remèdes de tous côtés par les soins des dames de la Charité, et avec le secours des aumônes qu'elles donnaient ou qu'elles recueillaient par leurs quêtes.

Et comme la famine fut très grande à la fin de ladite année 1661 et pendant l'année suivante, non seulement aux environs de Paris mais aussi en plusieurs provinces, comme dans le Maine, le Perche, la Beauce, la Touraine, le Blaisois, le Berry, le Gâtinais et autres, ces mêmes dames, faisant revivre en leurs cœurs le même esprit qui animait M. Vincent et qui lui faisait embrasser l'assistance de toutes sortes de pauvres avec une charité infatigable, entreprirent de secourir ces pauvres affamés, et leur envoyer de quoi se nourrir. Elles l'ont heureusement exécuté : Dieu ayant béni leurs soins et multiplié leurs charités en telle sorte, qu'elles ont sauvé la vie, par le moyen des Missionnaires de M. Vincent, à un très grand nombre de pauvres créatures de tout âge, sexe et condition, qui eussent péri sans

Vie. — ig

leurs assistances. Et les aumônes qui ont été faites pour cela depuis Tannée 1660, en laquelle est mort M. Vincent, jusque Tannée courante 1664, se sont trouvées monter à plus de cinq cent mille livres.

Page 1