CHAP.XLTII. DÉVOUEMENT AU SERVICE DU ROI 29I
royaume, et prévoyant les grands désastres et pour l'état et pour la religion qui en arriveraient si ce mal continuait, il se résolut de s'employer, autant qu'il serait en lui, pour y remédier et pour Péteindre. La première et principale chose qu'il fit pour ce sujet, ce fut de recourir en Dieu, et d'inviter toutes les personnes vertueuses et bien intentionnées qu'il connaissait à faire de même, par prières, aumônes, jeûnes et autres œuvres de pénitence, pour apaiser sa justice, réparer les offenses commises contre sa Majesté, fléchir sa miséricorde, et obtenir la paix. Il établit pour cet effet en la maison de Saint-Lazare que tous les jours trois Missionnaires jeûneraient à cette intention, un prêtre, un clerc, et un frère : que le prêtre célébrerait la messe ce jour-là et que les deux autres communieraient pour la même intention ; et lui-même ne manquait pas de s'acquitter exactement de ce devoir à son tour, quoiqu'il fût plus que septuagénaire.
Et une fois entre les autres, étant extraordinairement touché des misères que le fléau des guerres causait non seulement en France mais aussi en plusieurs autres royaumes chrétiens, au sortir de l'oraison mentale dont le sujet était de l'utilité des souffrances, il parla à toute sa communauté en ces termes * :
« Je renouvelle la recommandation que j'ai tant de fois faite et qu'on ne saurait assez faire, de prier Dieu pour la paix, afin qu'il plaise à Dieu réunir les cœurs des princes chrétiens. Hélas! nous voyons la guerre de tous côtés et en tous lieux : guerre en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Pologne attaquée par trois endroits, en Hibernie dont les pauvres habitants sont transportés de leurs pays en des lieux stériles, en des montagnes et des rochers presque inaccessibles et inhabitables : l'Ecosse n'est guère mieux; pour l'Angleterre on sait l'état déplorable où