Répétition d'oraison du 2 juillet
elle est; guerre enfin par tous les royaumes, et misère partout. En France tant de personnes qui sont dans la souffrance! O Sauveur! ô Sauveur! combien yen a-t-il? Si pour quatre mois que nous avons eu ici la guerre nous avons vu tant de misères au cœur de la France où les vivres abondent de toutes parts, que peuvent faire ces pauvres gens des frontières, qui sont exposés à toutes ces misères et qui ressentent ces fléaux depuis vingt ans? S'ils ont semé, ils ne savent s'ils pourront recueillir : les armées viennent qui moissonnent, pillent et enlèvent tout; et ce que le soldat n'a pas pris, les sergents le prennent et remportent. Après cela, que faire? Il faut mourir. S'il y a des vraies vertus, c'est particulièrement parmi ces pauvres gens qu'elles se trouvent. Ils ont une vive foi : ils croient simplement, ils sont soumis aux ordres de Dieu ; ils ont patience dans l'extrémité de leurs maux; ils souffrent tout ce qu'il plaît à Dieu et autant qu'il plaît à Dieu, tantôt parles violences de la guerre, et puis par l'âpreté du travail; ils sont tous les jours dans les fatigues, exposés tantôt aux ardeurs du soleil et tantôt aux autres injures de l'air. Ces pauvres laboureurs et vignerons qui ne vivent qu'à la sueur de leurs fronts nous donnent leurs travaux, et ils s'attendent aussi qu'au moins nous prierons Dieu pour eux. Hélas! mes frères, tandis qu'ils se fatiguent ainsi pour nous nourrir, nous cherchons l'ombre et nous prenons du repos ! Dans les missions même où nous travaillons, nous sommes au moins à l'abri des injures de l'air dans les églises, et non pas exposés aux vents, aux pluies et aux rigueurs des saisons. Certes, vivant ainsi de la sueur de ces pauvres gens et du patrimoine de Jésus-Christ, nous devrions toujours penser quand nous allons au réfectoire, si nous avons bien gagné la nourriture que nous y allons prendre. Pour moi, j'ai souvent cette pensée qui me donne bien de la confusion, et je me dis à moi-même : Misérable, as-tu gagné le pain que tu vas manger, le pain qui te vient du travail des pauvres?
CHAP.XLIII. DÉVOUEMENT AU SERVICE DU ROI 2û3
Au moins, mes frères, si nous ne le gagnons pas comme ils le font, prions Dieu pour eux; et qu'il ne se passe aucun jour que nous ne les offrions à Notre-Seigneur, afin qu'il lui plaise leur donner la grâce de faire un bon usage de leurs souffrances. Nous disions ces jours passés, que Dieu s'attend particulièrement aux prêtres pour arrêter le cours de son indignation; il s'attend qu'ils feront comme Aaron et qu'ils se mettront l'encensoir en main entre lui et ses pauvres gens, ou bien qu'ils se rendront entremetteurs comme Moïse pour obtenir la cessation des maux qu'ils souffrent pour leur ignorance et po ur leurs péchés et que peut-être ils ne souffriraient pas s'i ls avaient été instruits et si on avait travaillé à leur conversion. C'est donc à ces pauvres que nous devons rendre ces offices de charité, tant pour satisfaire au devoir de notre caractère que pour leur rendre quelque sorte de reconnaissance pour les biens que nous recevons de leurs labeurs. Tandis qu'ils souffrent et qu'ils combattent contre la nécessité et contre toutes les misères qui les attaquent, il faut que nous fassions comme Moïse et qu'à son exemple nous levions continuellement les mains au Ciel pour eux; et s'ils souffrent pour leurs péchés et pour leurs ignorances, nous devons être leurs intercesseurs envers la divine miséricorde, et la charité nous oblige de leur tendre les mains pour les en retirer; et si nous ne nous employons même aux dépens de nos vies pour les instruire et pour les aider à se convertir parfaitement à Dieu, nous sommes en quelque façon les causes de tous les maux qu'ils endurent. »
Voilà comme M. Vincent excitait les siens à prier, à travailler et à souffrir pour bannir l'ignorance et les péchés des peuples, comme étant les principales causes de tous les fléaux qu'ils ressentaient, et pour obtenir de la bonté de Dieu une paix véritable et assurée qui était le plus souverain remède de tous les désordres qu'on voyait alors. Il ne se pouvait lasser de recommander aux siens de persévérer
à demander à Dieu cette paix par leurs prières; et ayant coutume de réciter tous les matins publiquement dans l'église de Saint-Lazare, avec ceux de sa maison, les litanies du sacré nom de Jésus, 'quand il venait à ces paroles : Jesu Dens pacis, il les prononçait d'un ton plus grave et plus dévot, et les répétait toujours par deux fois. Outre cela il faisait en toutes occasions la même recommandation à toutes les personnes vertueuses qu'il connaissait, les exhortant d'offrir à Dieu des prières et faire des aumônes, des pèlerinages, des jeûnes, des mortifications et actions de pénitence, pour tâcher d'obtenir de Dieu cette paix si nécessaire et si désirée. Voici ce qu'en a témoigné un très vertueux ecclésiastique des plus anciens de la Conférence de Saint-Lazare,
« Si sa charité — dit-il, parlant de M. Vincent — a été grande pour le secours et pour le soulagement des pauvres ruinés par les guerres, son zèle n'a pas été moindre pour en faire cesser la cause. Pendant que les dames de la Charité et autres personnes vertueuses s'employaient à recueillir les aumônes et contributions nécessaires pour le soutien des provinces désolées, nous savons avec quelle ardeur et quelle tendresse de cœur il leur recommandait de joindre à ces œuvres de miséricorde, les vœux, les prières, les jeûnes, les mortifications et autres exercices de pénitence, les dévotions, les pèlerinages à Notre-Dame, à sainte Geneviève et autres saints tutélaires de Paris et de la France; les confessions et communions fréquentes, les messes et sacrifices pour essayer de fléchir la miséricorde de Dieu et d'apaiser sa colère. Nous savons ce qu'ont fait par ses avis plusieurs bonnes âmes durant plusieurs années pour cela : combien de dames fort délicates ont fait de très rudes austérités en leurs corps, qui n'y ont pas épargné les haires, disciplines et autres macérations, pour les joindre aux siennes propres et à celles de sa Compagnie, afin d'obtenir cette paix tant désirée dont nous jouissons maintenant. Qui pourrait ex-