‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 147 sur 201 · CHAP.XLIII. — DÉVOUEMENT AU SERVICE DU ROI · texte numérisé non relu

CHAP.XLIII. — DÉVOUEMENT AU SERVICE DU ROI

primer sa douleur sur les désordres des armées? Combien il était sensiblement et vivement touché des violences qui se commettaient en tous lieux et contre toutes sortes de personnes, des sacrilèges et des profanations du très Saint- Sacrement et des églises, et de tous les autres désordres causés par les gens de guerre ! Combien de fois a-t-il dit, parlant aux ecclésiastiques : Ah! Messieurs, si notre maître est près de recevoir cinquante coups de bâton, tâchons d'en diminuer le nombre, et de lui en épargner quelques uns ! Faisons quelque chose pour réparer ces outrages: qu'ily ait du moins quelqu'un qui le console dans ses persécutions et ses souffrances. »

Outre ces prières et exercices de pénitence, M. Vincent crut qu'il était de son devoir de s'employer autant qu'il pourrait envers ceux qui avaient quelque crédit, pour les porter à procurer la paix, et à faire en sorte que l'autorité du roi fût reconnue de tous ses sujets et qu'on lui rendît en tous lieux de son royaume une entière et parfaite soumission, ce qui était l'unique moyen de faire cesser les guerres civiles et les divisions intestines. Et quoiqu'il se fût toujours abstenu des affaires publiques, soit par humilité, s'en jugeant incapable, soit aussi par une prudence chrétienne pour ne se détourner de ses autres emplois qui concernaient le service de Dieu et le bien spirituel des âmes ; néanmoins, voyant la France menacée de sa dernière ruine si ces guerres intestines duraient encore quelque temps, et connaissant bien que l'amour de la patrie est un devoir de charité et que le service qu'on rend au roi fait une partie de celui qu'on doit à Dieu, il prit résolution de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour secourir sa patrie et pour servir son prince dans une occasion si pressante et si im- . portante.

Les premiers auxquels il crut devoir s'adresser pour cet effet, furent MM. les évèques, plusieurs desquels ayant quelque créance en lui, il s'en servit fort à propos pour les

exhorter et encourager de résider en leurs diocèses pendant ces troubles; afin que par leur présence et par leur autorité ils pussent contenir les peuples en leur devoir, et s1opposer aux desseins de ceux qui les voulaient soustraire de l'obéissance du roi !. Il écrivit diverses lettres sur ce sujet à plusieurs de ces prélats : aux uns pour les congratuler d'avoir empêché que les villes de leurs diocèses n'eussent reçu ni favorisé le parti contraire, aux autres pour les dissuader de venir à la cour se plaindre des dommages qu'ils souffraient par les armées, ne jugeant pas que le temps y fût propre pour lors, mais les exhortant plutôt de demeurer dans leurs diocèses pour y consoler leurs peuples et pour y rendre tous les serviees qu'ils pourraient au roi, qui saurait bien un jour les reconnaître et réparer tous ces dommages. Nous rapporterons ici seulement les extraits de deux ou trois de ces lettres. En l'une qui s'adressait à feu M. l'évêque de Dax 2, du diocèse duquel il était originaire, il parle en ces termes :

« J'avoue, Monseigneur, que j'aurais une grande joie de vous voir à Paris, mais j'aurais un égal regret que vous y vinssiez inutilement, ne croyant pas que votre présence ici dût avoir aucun bon succès en ce temps misérable auquel le mal dont vous avez à vous plaindre est quasi universel dans tout le royaume. Partout où les armées ont passé, elles y ont commis les sacrilèges, les vols et les impiétés que votre diocèse a soufferts; et non seulement dans la Guienne et le Périgord, mais aussi en Saintonge, Poitou, Bourgogne, Champagne, Picardie et en beaucoup d'autres, et même aux environs de Paris. Généralement partout les ecclésiastiques aussi bien que le peuple sont fort affligés et

1. Condé brouillé avec la reine s'était réfugié en Guyenne et soulevait cette province.

2. Jacques Desclaux, nommé évêque de Das en 1639, sacré la même année dans l'église de Saint-Lazare. Il mourut à Paris, le 4 août i658, âgé de soixante-cinq ans.

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