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Chap. xii

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Mais quand M. Vincent eut vu cette nouvelle doctrine foudroyée par les anathèmes de l'Eglise, et les Constitutions des Souverains Pontifes Innocent X et Alexandre VII1 qui la condamnaient reçues et publiées par l'autorité des prélats, alors il crut que non seulement il était obligé de se soumettre à ce jugement du Saint-Siège apostolique, mais encore qu'il devait faire une profession ouverte de cette soumission, mettant sous les pieds tous les respects humains, et toutes les raisons de la prudence politique qui eussent pu l'en détourner; et se déclarant entièrement opposé tant aux erreurs condamnées, qu'à tous les pernicieux desseins de ceux qui voudraient s'obstiner à les soutenir.

C'est ce qu'il a fait avec autant de vigueur et de courage que de prudence et de modération ; ne dissimulant point quand il fallait parler, et ne parlant toutefois qu'autant qu'il le jugeait nécessaire : soit pour confirmer ceux qui acquiesçaient au jugement de l'Eglise, soit pour réduire ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre, soit pour redresser et affermir ceux qui chancelaient et étaient en péril de tomber, ou enfin pour rendre constamment le témoignage qu'il devait à la vérité. Mais quoiqu'il ait toujours fait paraître un' très grand zèle pour soutenir les Constitutions des Souverains Pontifes et pour s'opposer à tout ce que quelques esprits mal intentionnés s'efforçaient de faire pour en éluder l'exécution, il a bien su néanmoins faire la distinction des personnes, d'avec l'erreur; détestant l'erreur, et gardant toujours en son cœur une vraie et sincère charité pour les personnes dont il ne parlait qu'avec grande retenue, et plutôt

i. 3i mai i653 et 16 octobre i656. — Vincent était déjà entré dans la lutte et s'était déclaré à propos de l'hérésie des Deux chefs et de la doctrine du livre De (ou Contre) la fréquente communion. — Il expose au long les raisons de sa conduite dans les lettres remarquables à d'Horgny, Missionnaire, alors à Rome. (Lettres du 25 juin et du 10 septembre 1648.)

par esprit de compassion que par aucun mouvement d'indignation1. Il a même employé divers moyens, et fait plusieurs efforts charitables, quand les occasions s'en sont présentées, pour les porter à se réconcilier à l'Eglise ; jusque-là, qu'après la publication de la Constitution du pape Innocent X, il les alla rechercher et rendre visite à quelques-uns d'entre eux au Port-Royal, pour les convier avec honneur et les obliger doucement à se réunir : ce qui toutefois n'eut pas l'effet qu'il désirait.

Il a surtout veillé avec un soin particulier afin que ceux de sa Compagnie fussent exempts non seulement de ces erreurs condamnées, mais aussi du moindre soupçon d'y adhérer en quelque manière que ce fût; et s'il en apercevait quelqu'un qui ne marchât pas dans cette humble et sincère soumission qu'il voulait que tous les siens rendissent aux Constitutions du Saint-Siège apostolique, il l'obligeait de se retirer de sa Compagnie.

Outre cela, sa vigilance aussi bien que sa charité s'est encore étendue sur les autres parties de l'Église qu'il voyait avoir quelque besoin d'être secourues et prémunies contre la contagion de ces nouvelles erreurs. Il reconnut que ceux qui s'obstinaient à les soutenir s'efforçaient par divers artifices de les répandre dans les monastères et communautés de filles, comme plus faciles à être surprises et trompées par quelque fausse apparence de bien, dont les faux prophètes, suivant l'avertissement que Jésus-Christ nous en donne dans l'Evangile, ont toujours accoutumé de colorer et déguiser leurs plus pernicieux sentiments ; aussi il employa tous les moyens dont il se put aviser pour empêcher que ces loups revêtus de peaux de brebis ne fissent aucun dégât dans cette illustre portion du bercail de Jésus- Christ, et même qu'ils n'y eussent aucun accès, surtout

i . Vera justitia compassionem habet, non dedignationem. (Gregor., Hotn. xxxiv in Evang.)

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dans les monastères que Dieu avait particulièrement confiés à sa conduite.

Il usait de la même précaution et circonspection pour empêcher qu'il ne se fît aucune surprise dans le conseil des affaires ecclésiastiques, et qu'on ne mît dans les charges et dignités de l'Eglise ceux qui se trouveraient infectés de cette doctrine condamnée ou qu'on aurait juste sujet de tenir suspects '.

Enfin son zèle pour la conservation de l'union de l'Eglise et pour la défense de la doctrine orthodoxe l'obligea de s'employer en diverses occasions envers plusieurs prélats de ce royaume, soit pour les exhorter et encourager à s'opposer aux entreprises des ennemis de la vérité, soit pour leur donner divers avis afin qu'ils se donnassent de garde de leurs surprises. Nous rapporterons au second livre diverses lettres qu'il leur a écrites, dans lesquelles on verra comme ce grand serviteur de Dieu savait fort bien faire un juste tempérament du respect qu'il devait à leur dignité et des charitables offices qu'ils désiraient rendre à leurs personnes : l'humilité, la discrétion, la prudence et la charité accompagnant toujours aussi bien ses paroles que ses actions.

Mais comme toute l'industrie et tous les efforts de la créature ont fort peu d'effet s'ils ne sont soutenus et fortifiés par une assistance d'en haut, il mettait son principal appui sur la confiance qu'il avait en la bonté de Dieu, lui offrant pour ce sujet des prières continuelles et conviant un chacun de faire de même, afin qu'il lui plût regarder son Église

i. Fénelon, dans sa lettre à Clément XI, disait : « ... Vincent ne considérait ni la faveur ni la haine des grands lorsque, au conseil de conscience, il avait, par l'ordre de la reine Anne d'Autriche, à donner son avis sur le choix des évêques. Il semblait prévoir l'avenir" car si les autres conseillers avaient plus longtemps marché sur ses traces, on eût écarte de l'épiscopat des hommes qui ont ensuite suscité bien des troubles. » Lettre latine, du 20 avril 1706.

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d'un œil de miséricorde et ne pas permettre que l'esprit d'erreur et de mensonge fît un plus grand ravage parmi les fidèles. Il disait que les meilleures armes qu'il fallait employer pour combattre les erreurs étaient l'oraison et la fidélité à pratiquer les vertus contraires aux vices plus apparents et plus ordinaires de ceux qui s'opiniâtraient à les soutenir ; qu'il fallait opposer une profonde humilité et soumission d'esprit à cet orgueil et présomption qu'ils avaient de leur propre suffisance, un amour de l'abjection et du mépris à toutes ces vaines louanges qu'ils recherchaient et qu'ils se donnaient les uns aux autres, une grande droiture et simplicité de cœur à tous les artifices, déguisements, falsifications et impostures qu'ils employaient pour couvrir leurs erreurs et en cacher la difformité; enfin une ardente charité qui ne pût être éteinte par toutes les eaux malignes des contradictions, médisances et calomnies que l'esprit de mensonge emploie ordinairement pour opprimer et suffoquer la vérité.

On lui a aussi souvent ouï dire et répéter en gémissant qu'il y avait grand sujet de craindre que la corruption des mœurs et les dérèglements qui se voient en ce royaume dans la vie ordinaire des chrétiens, si opposée aux maximes de l'Évangile de Jésus-Christ, n'eussent été la cause jde la plaie que la religion recevait de cette nouvelle hérésie; et que si nous ne tâchions de nous amender et d'apaiser Dieu justement irrité contre nous, il fallait appréhender l'effet d'une semblable menace à celle qu'il avait faite aux Juifs dans l'Evangile : que le royaume de Dieu ne nous fût ôté pour être transféré en d'autres nations qui en feraient meilleur usage. Il ajoutait que nous devions trembler de frayeur voyant devant nos yeux des royaumes autrefois si florissants en religion et en piété, comme l'Angleterre, le Danemark, la Suède et la plus grande partie de l'Allemagne, que Dieu par un juste jugement avait laissé tomber dans l'hérésie; enfin que le malheur de nos voisins nous devait

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rendre sages, et que la foi étant un don de Dieu qui nous avait été acquis par le mérite du sang et de la mort de Jésus- Christ, il fallait le tenir bien précieux et apporter un grand soin pour le conserver '.

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