Barthélémy Delbène
pour y exercer toutes leurs fonctions, et particulièrement pour instruire et consoler les pauvres forçats des galères de France et leur aider à faire leur salut. Cette fondation de Marseille fut quelques années après augmentée par la même dame, pour faire assister spirituellement et corporellement par les missionnaires les pauvres chrétiens esclaves en Barbarie.
En la même année 1643, feu M. Alain de Solminihac, évêque-baron et comte de Cahors, dont la mémoire est en vénération à toute l'Église pour les éminentes vertus dont sa vie a été ornée, et particulièrement pour sa vigilance pastorale, et' pour le zèle de la gloire de Dieu et du salut de ses diocésains dont il était animé1; ce saint prélat, dis-je, faisant une profession ouverte d'honorer et estimer les grâces singulières qu'il reconnaissait en la personne de M. Vincent et en son Institut, crut procurer un grand avantage à tout son diocèse, y établissant, comme il fit à Cahors, des prêtres de la Congrégation de la Mission.
Le feu roi Louis XIII de très glorieuse mémoire ayant acquis environ ce même temps la souveraineté de Sedan, qui était presque tout infectée de l'hérésie, il désira que M. Vincent envoyât des prêtres de sa Congrégation pour y faire des missions, et pour instruire et affermir les catholiques qui étaient pour la plupart peu instruits, et dont la foi était en un continuel péril de subversion à cause du fréquent commerce qu'ils avaient avec les hérétiques.
Pour cet effet Sa Majesté ordonna qu'une somme assez considérable serait mise entre les mains de M. Vincent pour être employée aux frais de ces missions. Mais après la mort de ce grand roi, Louis XIV, son successeur à pré-
1. Alain de Solminihac, né à Périgueux. Il fut d'abord abbé de Chancellade, abbaye fort ancienne de chanoines réguliers de Saint- Augustin, située à une lieue de Périgueux. Nommé à Tévêché de Cahors, en 1 636, il mourut en i65g, âgé de soixante-sept ans.
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sent glorieusement régnant, de l'avis de la reine régente sa mère, voulut que ce qui se trouva rester alors de cet argent servit de fondation pour une maison fixe et arrêtée des mêmes prêtres de la Mission, comme en effet elle fut établie par M. Éléonor d'Etampes de Valençay, archevêque de Reims, Pan 1 644.
La maison de la Mission de Montmirail, qui est une petite ville en Brie, au diocèse de Soissons, fut fondée en Tannée 1644 par M. le duc de Retz J ; et M. Toublan, son secrétaire, eut la dévotion de contribuer quelque chose de son bien à cette fondation.
Celle de Saintes se fit aussi en la même année par les soins de messire Jacques Raoul, alors évêque de ladite ville, et par la contribution de messieurs de son clergé pour les missions et pour le séminaire.
L'année suivante 1645 se fit un autre établissement en la ville du Mans, à l'instance très grande de M. Emeric de La Ferté, évêque du Mans, par l'autorité duquel, et à la sollicitation de M. l'abbé Lucas, maître et chef de l'église collégiale de Notre-Dame de Coëffort, de fondation royale en ladite ville, et avec le consentement des chanoines, fut faite l'union de cette église, maison et appartenances, à la Congrégation de la Mission ; union qui a été autorisée et confirmée par lettres patentes du roi, avec le consentement de messieurs de la ville.
Et en la même année 1645, messire Achille de Harlayr évêque de Saint-Malo, ayant demandé des prêtres de la même Congrégation de la Mission à M. Vincent pour travailler dans son diocèse, il lui en envoya quelques-uns, qui furent peu de temps après établis par le même prélat en l'abbaye de Saint-Méen dont il était abbé, et du consente-
1. Pierre de Gondi, duc de Retz. C'était le fils aîné d'Emmanuel de Gondi, le général des galères. Il avait été l'un des élèves de saint Vincent.
ment des religieux qui cédèrent leur maison et leur mense aux Missionnaires. L'union en a été faite depuis à la même Congrégation par Notre Saint-Père le Pape Alexandre VII, par bulles apostoliques1, qui ont été autorisées par lettres patentes du roi.
Il ne faut pas ici omettre qu'en ladite année 1645 et aux deux suivantes, M. Vincent était sollicité par quelques personnes vertueuses et zélées, et encore plus par sa propre charité, d'envoyer de ses prêtres en plusieurs provinces étrangères et éloignées pour diverses œuvres de charité. Ayant donc obtenu toutes les facultés et pouvoirs nécessaires du Saint-Siège apostolique, il en envoya quelquesuns en la ville de Tunis, et en celle d'ALGER en Barbarie, pour l'assistance spirituelle et corporelle des chrétiens esclaves, tant sains que malades, qui se trouvaient alors dans un grand abandon. Il en envoya d'autres en Hibernie pour l'instruction et l'encouragement des pauvres catholiques de ce royaume-là, qui étaient grandement oppressés par les hérétiques d'Angleterre. Et son zèle ne mettant point de bornes aux effets de sa charité, il en destina encore d'autres en l'île de Madagascar, dite de Saint-Laurent, qui est audelà de l'équateur, où les peuples vivent les uns comme idolâtres, et les autres presque sans aucune religion. Cette île qui est d'une étendue fort vaste est comme un grand champ couvert de ronces, que cet ouvrier évangélique a commencé de défricher par la culture que les siens ont essayé d'y faire avec des travaux indicibles qui ont déjà consumé plusieurs d'entre eux. Et ce qui est digne de considération est que M. Vincent a témoigné une fermeté et une constance invincibles à la poursuite de ces entreprises apostoliques, particulièrement en cette île infidèle, et dans les villes de Tunis et d'Alger en Barbarie, nonobstant les grandes difficultés qui s'y rencontrent et les pertes notables