‹ La vie de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 191 sur 201 · II. — LETTRE D'ESPRIT FLECHIER · texte numérisé non relu

II. — LETTRE D'ESPRIT FLECHIER

ÉVÊQUE DE NIMES (iyoS)1

Traduction

Très Saint Père,

C'est un usage depuis longtemps établi, et même un devoir, de faire au Saint-Siège le rapport des vertus des illustres morts qui pendant leur vie ont éclaté par leur foi et leur piété, afin que si elles méritent l'approbation du Souverain Pontife, ces hommes rares, mis par son autorité au catalogue des saints, puissent servir et d'ornement à l'Eglise et de modèles aux fidèles. C'est dans cet esprit, très Saint Père, que nous portons à votre tribunal la cause d^ Vincent de Paul, homme vraiment apostolique, vous suppliant d'ajouter à la couronne que le juste Rémuné-

Christi diutissime potiatur, summa votorum est. Hase coram Deo in Ghristo loquor, in conscientia bona et fide non ficta, ego,

Beatissime Pater,

Sanctitatis vestrae,

Devotissimus atque obedientissimus servus ac filius,

f J. Benignus, episcopus Meldensis.

Datum in civitate nostra Meldensi, 2 augusti 1702.

1. — Beatissime Pater, Virorum fide ac pietate illustrium virtutes ad sanctas Sedis solium déferre consuetudo est et religio, ut summorum pontificum judicio probati, et cœlitum fastis adscripti, Ecclesiae ornamento sint et exemple Eo animo Vincentium, virum evangelicum, congregationis Missionum institutorem, ad te, Beatissime Pater, suppliciter adducimus, ut cui in ccelesti patria coronam justitiae justus Judex retri-

rateur lui a déjà donnée dans le ciel, Téclat d'un culte public sur la terre.

Il ne lui manqua rien de ce qui peut le mériter. Le Père des lumières l'avait comblé de ses plus précieuses faveurs; une vie pure, une piété éclatante, une foi inébranlable, éloignée de toute nouveauté, au-dessus même des soupçons; un esprit de sagesse qui portait partout l'ordre et la paix ; une constance dans ce qu'il entreprenait pour le salut des âmes, qu'aucune difficulté ne pouvait ni rebuter, ni ébranler; une humilité ennemie de toute ambition, une merveilleuse facilité à pardonner les injures, une patience à l'épreuve des maladies les plus aiguës et les plus opiniâtres, un courage infatigable dans les saintes rigueurs de la pénitence. Ce ne sont encore que quelques traits de Vincent : il y faut ajouter cette aimable franchise, cette naïve simplicité toujours éclairée par la prudence, cette conduite toujours pure et innocente, cette modestie assaisonnée d'une sainte gaieté, cette tendre compassion pour les pauvres, cette forte et continuelle application à rendre à la religion sa première ferveur, et au clergé son premier lustre.

Tel fut Vincent. Né pour de grandes choses ou plutôt pour remédier à de grands maux, la France le vit dans un

huit, immortalem gloriam ac venerationem in terra viventium Sanctitas vestra décernât.

Nil illi ad perfectam vitae integritatem et laudem defuit. Praecipua in illum a Pâtre luminum dona confluxerant, rides in Deum firma, et ab omni novitatum suspicione libéra; sapientia hominum utilitati et paci consulens, singularis in rébus arduis pro animarum salute constantia, omnis ambitionis expers humilitas, mira in condonandis injuriis facilitas, in perferendis morbis patientia, in sustinendis pcenitentiae laboribus fortitudo. lis accesserant animi candor ingenuus, prudens morum simplicitas, casta et innocens conversatio, condita pia hilaritate modestia, benefica in pauperes rhisericordia pras casteris, et promovendae religionis illustrandique sacerdotii ardens et continua sollicitudo.

Ad eos usus, Beatissime Pater, natus in Gallia Vincentius difticil-

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temps où Thérésie et les guerres intestines avaient répandu dans ce florissant royaume l'horreur et la désolation. Les uns avaient secoué le joug de la religion; les autres ne respectaient plus l'autorité royale. Les princes mêmes, qui devaient contenir la multitude, lui donnaient le funeste exemple de la révolte. Les provinces, divisées en différentes factions, étaient en armes les unes contre les autres. Où le calvinisme pouvait prendre le dessus, on voyait les églises ruinées, les autels renversés, les prêtres ou chassés ou inhumainement égorgés, nos plus saints mystères indignement foulés aux pieds, le sacrifice perpétuel aboli, presque nulle part aucun vestige de l'ancienne religion.

Vincent, après de bonnes études, est promu au sacerdoce. Quelle fut sa douleur de ne trouver presque plus de saints, plus de vérité dans les bouches trompeuses des enfants des hommes; de trouver les pasteurs croupissant dans une criminelle inaction, et les peuples dans une profonde ignorance ! Il ne fut pas spectateur oisif de si grands maux: il s^ppliqua avec ardeur à réveiller le zèle des pasteurs, à éclairer les peuples, à relever la discipline tombée. Le premier moyen qu'il employa fut les missions. Animé de l'esprit des apôtres, il porta l'Evangile partout où la Providence le conduisait par l'autorité des premiers pasteurs.

limis temporibus. Florentissimum impcrium haereses civiliaque bella infestaverant; multi a fide catholica et régis obsequio desciverant, principes, populique; divisae in factiones provincial ir.utuis se cladibus adflixerant. Ubi vicerant Calvinistae, templa diruta, disjectae arae, sacerdotes vel fugati, vel interfecti; sacra aut spreta, aut abolita : inter armorum errorumque licentiam, obsoleverat religio.

Ut primum sacris ordinibus initiatus, studiisque theologicis munitus vir Dei prodiit, defecisse sanctos etdiminutas a filiis hominum veritates intelligens, pastorum incuriam, inscitiam populorum increpans, exponendae Ecclesiae doctrinae, disciplinée restituendœ incubuit; totum se missionibus apostolicis devovit, quocumque illum divina providentia duceret. Laborans in Evangelio, iniquos abducebat a vitiis, ha;reticos ad fidem rcvocabat, ignaros docebat vias

Le succès répondit à ses travaux : il retira du vice les uns, il ramena les autres à la foi; il instruisit dans les voies du salut les ignorants; il porta les pécheurs à la pénitence, avec d'autant plus de force, qu'aux paroles il joignait l'exemple. Il ralluma le zèle du clergé; où il ne le put rallumer, il y suppléa, ou par lui-même, ou par les dignes ouvriers qu'il s'associa. Pour donner à son ministère de la fécondité, il y joignit tous les offices de la charité qu'il put. Mais, quoi qu'il fit, jamais il ne crut assez faire. Il se croyait comptable de tout le mal qui se faisait, de tout le bien que l'on négligeait de faire. Si quelqu'un ignorait ou transgressait la loi de Dieu, Vincent était à ses yeux le coupable.

Il remarqua que souvent les peuples de la campagne n'étaient ni cultivés ni instruits; que leurs propres pasteurs les laissaient croupir, ou dans l'ignorance, ou dans le désordre. Son zèle s'enflamma, il se crut spécialement envoyé pour leur annoncer l'Evangile : il le fit avec d'autant plus de joie qu'il trouva chez eux une foi plus simple et un cœur plus docile, plus de fruit à recueillir, et la vanité moins à craindre. Il parcourut donc avec une ardeur infatigable et d'incroyables fatigues, les bourgs, les villages, les hameaux les plus écartés, les lieux les moins accessibles. Il y alla chercher des âmes viles à de profanes yeux, mais précieuses à ceux de Jésus-Christ. Il leur apprit les mystères

Domini, obvios quosque ad pœnitentiam hortare solitus, exemplo ipse prseire, sacerdotum zelum accendere, saepe etiam supplere, et ministerium verbi omnibus charitatis officiis confirmare, adjunctis, ubi operi non sufficeret, operariis; sibi imputans si quis divinam legem aut ignoraret aut sperneret.

Cum audisset rusticam plebem, neglectam a parochis, in tenebris ambulare, continuo exarsit. Evangelizare pauperibus missum se credidit apud quos fides simplicior, uberior doctrinae fructus, et purior docentis intentio. Exiit ergo in vicos et villas, in vias et sepes, et aspera rura indefesso labore percurrens, mysteriorum Christi, sacramentorum Ecclesiœ fïdem, christianae vitae praîcepta disseniinans,

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de notre sainte religion, les règles de la morale chrétienne; il les prépara à recevoir avec fruit les sacrements; enfin il ramena dans la maison paternelle ces enfants prodigues, il leur apprit qu'ils étaient destinés à régner dans le ciel.

Fixé dans la capitale du royaume, occupé à des fonctions plus importantes, il ne perdit jamais de vue ses amis les pauvres. Sa tendresse pour eux, née ce semble avec lui, devenait chaque jour plus agissante et plus ingénieuse à découvrir leurs besoins et à les soulager. Il n'est sorte d'ceuvres de charité pour laquelle il n'ait trouvé des ressources intarissables. Les vieillards courbés sous le poids des années, les orphelins, les enfants trouvés, les galériens, les pauvres malades, des familles, des provinces même entières, où les guerres et intestines et étrangères avaient porté la plus affreuse misère : tous trouvèrent en Vincent un père et un libérateur. Il procura aux uns la santé, aux autres la liberté, à ceux-ci une éducation chrétienne, à ceux-là une honnête retraite. On a vu par ses soins s'élever dans Paris de superbes hôpitaux, pour servir de palais aux pauvres qui inondaient cette ville. Il procura pour l'entretien de ces hôpitaux des fonds abondants. Aucun besoin n'échappait à l'immense charité de ce saint homme; et afin que rien ne manquât à la perfection et à l'héroïsme de si grandes ceu-

viles quidem animas, at Redemptori pretiosas in domura Domini et spem regni cœlestis induxit.

In urbem regiam deinde vocatus, officiisque majoribus intentus,

quae non pauperibus auxilia contulit? Nata esse et cum illo crevisse

visa est miseratio. Inopum nécessitâtes inquirens, divitum conscicn-

tiam sollicitans, omnem charitatem exercuit. Alendis confecta astate

1 senibus, orphanis, atque incertœ nativitatis infantibus educandis;

damnatis ad trirèmes remigibus e dura servitute eximendis; civibus

• morbo simul et inopià laborantibus juvandis recreandisque, omnem

| operam atque diligentiam adhibuit. Oppressas, bellis tum domesti-

cis, tum extraneis familias, imo provincias, conquisitis collectisque

opibus sublevari, egenis Parisios concurrentibus xenodochia extrui,

annuos census suppeditari curavit. Nulla miseriarum spccies quae

non illum misericordem senserit; et ne quid magnificis deesset

vres, il alliait le soin des âmes avec celui du corps. Jamais il ne sépara l'instruction de l'aumône, ni les pathétiques exhortations à la vertu, du soulagement des besoins corporels.

Ainsi, Vincent fut un de ces hommes de miséricorde dont la piété subsistera à jamais, dont l'Eglise a intérêt que le nom soit inscrit dans ses fastes, et que les louanges soient dans toutes les bouches. C'est lui qui, dans un temps où la multitude des pécheurs semblait menacer la piété d'une ruine totale, la soutint contre leurs efforts. Il lui ouvrit les maisons de sa congrégation comme des asiles où non seulement elle se conserva, mais où elle prit de nouvelles forces, et fit même des conquêtes sans nombre. Les chrétiens à qui l'embarras des affaires, et encore plus leurs passions, avaient fermé les yeux à la gloire de leur céleste origine, trouvèrent dans Vincent et dans ses enfants des guides éclairés, des médecins charitables, qui leur apprirent à changer de vie, à purifier, par une confession humble et exacte, leur conscience, à mépriser les biens fragiles de la terre, à connaître et à désirer ceux du ciel, à renoncer, pour s'en rendre dignes, aux voluptés ; à embrasser une austère pénitence. Ceux mêmes qui, portant l'innocence dans ces saintes retraites, y allaient tracer le plan d'une haute perfection, trouvaient chez Vincent bons

operibus, ut corporum commodo, ita animarum saluti ubique provisum est : eleemosynas, doctrinas, vitoe auxiliis accessere religionis documenta.

111e est, Beatissime Pater, ex iis misericordiee viris, quorum pietates non defecerunt, et quorum nomen extollere et laudes nuntiare gaudet Ecclesia. Is etiam est qui in diebus peccatorum corroboravit pietatem; Christianos originis suae cœlestis oblitos, et sœculi negotiis et cupiditatibus implicatos, ad rerum divinarum cogitationem et curam invitans, solitarias ac salutares Missionum domos aperuit. Hic qui pristinam vitam emendare, et conscientiam humili accurataque delictorum confessione detergere; qui vana et fragilia despicere, aeterna meditari; qui abjuratis voluptatibus asperas pcenitentia;vias ingredi; qui ad perfectius vitœ genus vocati, vocationem explo-

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offices, sages conseils, avis éclairés, exemples plus lumineux encore que les avis. Tels furent les fruits des exercices spirituels de dix jours que Vincent établit dans ses maisons. A la faveur de la solitude, du silence, des réflexions, des pieux entretiens, de la prière, des saintes lectures, de l'éloignement de tout commerce avec le monde, chacun ne s'occupait que de Dieu et de son salut ; la piété se ranima, et continue encore tous les jours à reprendre une nouvelle vigueur.

Mais le principal soin, et qui, je réassure, touchera le plus le cœur de Votre Sainteté, très Saint Père, le principal soin de Vincent fut de travailler à la réformation du clergé, persuadé que le clergé est la source d'où la religion et la piété coulent sur les peuples. Pour contribuer à ce grand ouvrage, Vincent se chargea de préparer, selon les vues et les ordres des évêques, les ordinands au saint ministère. Il n'épargna ni lui, ni les siens, ni dépense, ni peine, ni travail, pour les éprouver. Prières, instructions, exhortations pathétiques, tout fut employé par notre saint prêtre pour éclairer, purifier, animer les aspirants aux saints ordres, et pour les préparer à monter à l'autel et à exercer les autres fonctions sacrées avec l'innocence de mœurs, la lumière et le profond respect qu'elles méritent.

rare ac certain facere vellent, officiis, consiliis, monitis, exemplis juvabantur. Spiritualia, ut vocant, decem dierum exercitia, solitudo, silentium, quies, cogitationes sanctae, pia colloquia, preces, orationes, lectiones assiduas, procul ab omni hominum commercio quisque Deo vacabat et sibi. lis paulatim successibus pietas christiana refloruit, iisdem nunc etiam reflorescit.

Proecipua, Beatissime Pater, et quo magis ad Sanctitatem Vestram pertinet, de reformando clero, a quo religio dérivât in populos, Yincentii sollicitude Ordinandorum impositam ab episcopis curam suscepit : continuo per se suosque probare illos, hortationibus excitare, orationibus disponere, morum eis innocentiam commendare, scientiam sanctorum infundere, ecclesiasticae vocationis gratiam, divini sacrificii pretium recensere, ut a peccatoribus segregati et Christo rite addicti, ad cultum altarium, vel ad opus ministerii ea qua par est reverentia accédèrent.

Dieu mit notre digne prêtre en état de faire quelque chose de plus, de former à l'Eglise de dignes évêques. Appelé au conseil de conscience par la reine-mère, Anne d'Autriche, régente du royaume, il contribua beaucoup à faire élever aux premières dignités de l'Eglise des hommes d'une vertu apostolique ; et Ton peut dire que le clergé de France lui doit en grande partie l'éclat dont il brille aujourd'hui.

Que dirai-je, très Saint Père, de ces conférences ecclésiastiques sur l'Ecriture sainte, sur la discipline ecclésiastique, sur les fonctions pastorales et sur les mœurs des pasteurs, dont Vincent fut le promoteur, le chef, l'âme? Que dirai-je de cette multitude de séminaires dont il a sollicité et favorisé l'établissement, à qui il a donné des règlements et fourni de sages directeurs?

Tel était, très Saint Père, Vincent. Telles sont ses œuvres; toujours attentif à étudier les voies du Seigneur, toujours appliqué à y marcher, aspirant toujours à ce qu'elles ont de plus parfait, il est mort plein de jours et de mérites. Mais il a laissé dans la Congrégation de la Mission, qu'il a instituée, une pépinière d'enfants héritiers de sa charité, dépositaires de son esprit, et ses successeurs dans les fonctions du saint ministère qu'il a rempli avec tant de

Ut presbyteros episcopis, ita Ecclesiae dignos parabat episcopos. Annae Austriacas quas tune temporis regnum administrabat, a sacris consiliis, apostolicae virtutis viros ad summas praesulum sedes evehendos vel indicans, vel commendans, suis aut testimoniis aut suffrages Clero Gallicano eum, quo nunc etiam prasfulget, splendorem contulit.

Fréquentes de inquirendis Scripturarum sensibus, de adimplendis tum conversationis, tum evangelicas prœdicationis officiis tractationes, quid referam? Quid seminaria in plerisque regni dioecesibus ab eo erecta, directaque ?

Plenus dierum obiit Vincentius, viarum Domini sectator, scrutator bonorum operum, spirituum discretor, meliorum charismatum œmulator assiduus. At in congregatione quam instituit, filios reliquit post se suas charitatis haeredes, sui sacerdotii successores, quo-

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zèle. Parmi ces dignes enfants d'un père si saint, les uns, avec la vitesse des anges, vont dans les missions instruire les ignorants, annoncer aux pécheurs le jugement de Dieu, prescrire aux pénitents les règles de la pénitence, promettre de la part de Dieu des récompenses éternelles à ceux qui cherchent le royaume de Dieu et sa justice. Ils s'acquittent de cet important emploi avec lumière et avec patience. Les autres, chargés dans les séminaires de la garde du sanctuaire, attentifs à n'y laisser entrer aucun profane, conduisent par les degrés des différents ordres au faîte du sacerdoce, les clercs qu'ils élèvent et qu'ils forment sur les plus pures règles de l'ancienne discipline.

Pardonnez, très Saint Père, la longueur de cette lettre à la respectueuse affection que nous avons pour un homme dont nous venons de voir de nos yeux et d'admirer le mérite, les vertus, les exemples. Nous ne rendons témoignage que de ce que nous avons vu, et par là notre témoignage est au-dessus du soupçon. La mémoire du vénérable Vincent vit encore au milieu de nous; l'odeur de ses vertus se fait encore sentir par toute la France. Nous jouissons du fruit subsistant de sa sainte vie et de ses travaux pour le salut des âmes. S'il plaît à Votre Sainteté d'écouter favorablement les vœux que nous portons au pied de votre trône, en décernant à Vincent un culte public, vous ferez, très

rum alii, tanquam angeli veloces ad ministeria missionum missi, in omni patientia et doctrinâ, ignaris et rudibus elementa fidei, peccantibus divina judicia, resipiscentibus pœnitentiae leges, quaerentibus regnum Dei et justitiam ejus asternas remunerationes annuntiant; alii, quasi sanctuarii custodes, ne quis immundus praesumat ingredi vigilantes, clericos in seminariis educatos, et ad priscam Ecclesiae disciplinam efformatos, per ordinum gradus ad sacerdotii cuhnen religiose perducunt.

Ignosce, Beatissime Pater, nostris in eum virum affectibus, cujus mérita, cujus exempla hac nostra aetate mirati sumus. Quod vidimus testamur, et scimus quia verax est testimonium nostrum. Viget apud nos venerabilis Vincentii memoria. Spirat ad hue recens virtutum odor, quo totani Galliam perfuderat. Ejus vitee ac laborum in

Saint Père, une œuvre et très agréable au clergé de France, et glorieuse à votre pontificat. C'est la grâce qu'ose vous demander, avec les autres évêques de France,

Très Saint Père,

De Votre Sainteté Le très humble et très obéissant fils, Esprit, Evêque de Nîmes.

A Nîmes, le i3 octobre 1705.

Bulle de Canonisation de saint Vincent de Paul, donnée par Sa Sainteté le pape Clément XII, le 16 juin 1737.

Cette bulle donne le résumé de la vie, et elle est le plus beau panégyrique de saint Vincent de Paul. l ,

Traduction

CLÉMENT, ÉVÊQUE, SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE

I. — La céleste Jérusalem, cette bienheureuse cité du Dieu vivant, dans laquelle le souverain Père de famille distribue également à tous ceux qui ont travaillé à sa vigne

animarum regimine manentes adhuc fructus percipimus. Sanctitati Vestrae gratulabimur et nobis, si vota nostra audierit, et illum beatificaverit. Id cum aliis praesulibus suppliciter postulat,

Beatissime Pater, Sanctitatis Vestrae Humillimus et obsequentissimus filius, Spiritus, Ecclesiœ Nemausensis Episcopus.

Ncmausi, die i3 octob., ann. 1705.

I. — CLEMENS EPISCOPUS SERVUS SERVORU.M DEI. — AD PERPETUAI! REI MEMORIAM

Diversae meritorum dignitates in ccelo.

I. — Superna Jérusalem et beata Dei viventis civitas, in qua a cœlesti Patrefamilias unus asternae vitee denarius asqualiter omnibus qui in

le même denier de la vie éternelle, a différents lieux et demeures où chacun sera placé selon son mérite. C'est pourquoi les apôtres étant dans la tristesse à cause de la mort du Christ, dans la crainte pour leur faiblesse, dans Tinquiétude pour leur future récompense, en entendant dire que Pierre, le plus ardent et le plus hardi d'entre eux, et qui avait été établi leur chef et leur prince, renierait trois fois son Maître au chant du coq, le seigneur Christ les consola, disant : «Dans la maison démon Père il y a plusieurs demeures; » faisant entendre par ces paroles que nul d'entre eux, malgré la différence de force et de faiblesse, de plus grande et de moindre justice, ne serait exclu de cette heureuse maison, dans laquelle il y a plusieurs demeures, c'est-à-dire différents degrés de mérites dans une seule vie éternelle. En effet, autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles, car l'étoile diffère de l'étoile en clarté. Et l'Evangile parle de différentes fécondités : car tel grain produit cent, tel autre soixante, tel autre trente; ainsi les martyrs portent du fruit au centième, les vierges au soixantième, les autres en différente quantité.

Il y a donc dans la maison de Dieu différentes demeures; les étoiles n'ont pas la même clarté; non le même, mais

vinea sua operati sunt distribuitur, habet diversa loca et mansiones quas quisque pro suo accepturus est merito. Itaque anxios apostolos de morte Christi, et de sua infirmitate trepidos, et de futuro praemio sollicitos, cum audivissent Petrum promptiorem animo ac fidentiorem, et qui ceterorum caput et princeps constitutus fuerat, ter Dominum ad gallicantum negaturum, solatus est Christus Dominus, dicens : In domo Patris mei mansiones multae sunt; significans his verbis, quod nemo eorum, licet alius alio fortior, alius alio infirmior, alius alio justior, ab illa felici domo excluderetur, in qua multae essent mansiones, nempe diversae meritorum in una vita aeterna dignitates. Siquidem alia est claritas solis, alia claritas lurice, alia claritas stellarum, Stella enim a Stella differt in claritate. Et non una expressa est in Evangelio fecunditas, nam facit aliud quidem centesimum, aliud autem sexagesimum, aliud vero trigesimum : ubi centenus fructus martyribus, sexagenarius virginibus, alius aliis

43o PIÈCES JUSTIFICATIVES

multiple est le fruit de la semence. Ainsi, il n'y a pas qu'une seule couronne reçue au temps de la persécution : la paix a aussi ses couronnes, dont elle ceint les vainqueurs qui, en différents combats, ont renversé et soumis leur adversaire : à qui a vaincu la volupté, la palme de la continence ; à qui a combattu la colère, combattu l'injustice, la couronne de la patience; à qui a méprisé l'argent, le triomphe sur l'avarice. C'est la gloire de la foi de supporter les maux de ce monde dans l'espérance des biens futurs; et celui que la prospérité ne rend point orgueilleux, obtient la gloire de l'humilité. Qui est porté à la miséricorde envers les pauvres acquiert la rétribution du céleste trésor ; qui ne connaît pas l'envie, qui aime ses frères dans l'union et la douceur, est honoré de la récompense de la dilection et de la paix. Dans cette carrière des vertus, le bienheureux serviteur de Dieu Vincent de Paul n'est pas seulement parvenu lui-même à recevoir ces palmes et ces couronnes de justice, mais, par ses soins et ses exemples, il y a conduit encore un grand nombre d'autres. Car, comme un courageux soldat de Dieu, déposant tout fardeau et le péché qui l'entourait, il s'est engagé dans la bataille qui lui était proposée, devançant les autres par sa vertu, et, jusqu'à une extrême vieillesse, il a com-

assignatur. Multas igitur in domo Dei mansiones, non una stellarum claritas, non idem, sed multiplex est fructus; ita etiam non una est corona quae tempore persecutionis accipitur : habet et pax coronas suas, quibus de varia et multiplici congressione victores, prostrato et subacto adversario, coronantur; libidinem subegisse, continentiae palma est; contra iram, contra injuriam répugnasse, corona patientiae est; de avaritia triumphus est pecuniam spernere; laus est fidei fiducia futurorum mundi ad versa tolerare; et qui superbus in prosperis non est, gloriam de humilitate consequitur; et qui ad pauperum fovendorum misericordiam pronus est, retributionem thesauri cœlestis adipiscitur; et qui invidere non novit, quique unanimis et mitis fratres suos diligit, dilectionis et pacis praemio honoratur. In hoc virtutum stadio, ad has justitiae palmas et coronas accipiendas beatus Dei servus Yincentius a Paulo non solum ipse pervenit, sed alios etiam plurimos opéra et exemplo suo perduxit. Nam tanquam strenuus Dei miles, deponens omne pondus et cir-

battu vaillamment et fidèlement contre les princes et les puissances et les maîtres de ce monde de ténèbres, et il a mérité d'être couronné de la main du Seigneur dans la terre de la béatitude. Or, celui que Dieu, qui seul opère de grands prodiges, avait récompensé dans le ciel de l'éternelle félicité, il a voulu le rendre illustre sur la terre par des signes et des faits miraculeux, et surtout dans le temps où en France des novateurs, par de faux et fictifs miracles, s'efforcent de répandre leurs erreurs, de troubler la paix de l'Eglise catholique, et de séparer les simples de l'unité du Siège romain.

II. — Pour obéir donc à la volonté divine, pour exciter les fidèles à courir dans la voie du salut, pour réprimer la méchanceté des pervers et pour confondre la malice des hérctiques, nous avons décrété aujourd'hui, par l'autorité apostolique, que tout le peuple fidèle, dont Dieu a daigné, sans que nous le méritassions, nous donner la conduite, rendît au serviteur de Dieu Vincent le culte, la vénération et les honneurs des saints. Que l'Eglise exulte donc et se

cumstans peccatum, propositum sibi certamen aliis virtute praecurrens inivit, et ad longaevam usque senectutem adversus principes et potestates, et rectores mundi tenebrarum harum fortiter ac légitime certavit, et de manu Domini in terra illa beatitudine menait coronari. Quem autem Deus, qui facit mirabilia magna solus, aeternae felicitatis praemio donaverat in cœlis, in terris quoque signis ac prodigiis illustrem reddere voluir, eo potissimum temporequo in Galliis novatores falsis fictisque miraculis suos diffundere errores, pacem catholicae Ecclesias turbare, simplices ab unitate Romance Sedis abducere conantur.

Canonizatio B. Vincentii, ut excitentur fidèles, et perversi ac hxretici confundantur.

IL — Itaque divinae obsequentes voluntati, ut ad currendam viam salutis excitentur fidèles, ut perversorum coerceatur pravitas et haereticorum confundatur improbitas, servum Dei Vincentium ab I universo fideli populo, cujus regimini superna dignatione immerentes praesidemus, sanctorum cultu et honoribus colendum acvenerandum, hodierna die apostolica auctoritate decrevimus. Exultet igitur et gaudeat Ecclesia novum a Deo patronum sibi oblatum esse, qui pro

réjouisse de ce que Dieu lui a donné ce nouveau patron qui offrira ses prières au Seigneur pour les péchés du peuple. Que tous les fidèles le louent et lui accordent le culte et les honneurs par lesquels Dieu est honoré dans ses saints. Célébrons donc dans des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, dans la componction du cœur et la miséricorde envers les pauvres, la belle victoire remportée sur le monde et le diable, et le triomphe spirituel du serviteur de Dieu. Que des temples soient bâtis en son honneur au Dieu immortel ; mais nous, qui sommes le temple de Dieu, craignons de le violer et de le souiller par la tache de la perversité humaine, et faisons en sorte que rien d'impur ou de profane n'entre dans ce temple de Dieu, c'est-àdire dans notre âme, de peur qu'irrité, il n'abandonne la demeure qu'il habite. Qu'à la mémoire de Vincent et sur ses autels soient offerts des dons et des présents; mais offrons aussi nos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, témoignage de notre obéissance raisonnable. Enfin, que ses statues et ses images sacrées soient l'objet d'un honneur et d'un culte religieux; mais appliquons-nous soigneusement, avec le secours de la grâce divine, à exprimer et à représenter en nous, autant que le

peccatis populi apud Dominum preces adhibeat. Laudent eum universi fidèles, et eo cultu atque iis honoribus prosequantur quibus Deus in sanctis suis honoratur. In psalmis igitur, in hymnis et canticis spiritualibus, in compunctione cordis et egenorum miseratione, praeclaram de mundo ac diabolo relatam victoriam et spiritualem servi Dei triumphum celebremus. Templa quidem in ejus honorem immortali Deo aedificentur; sed nos, qui templum Dei sumus, humanae prasvitatis labe polluere ac violare timeamus, demusque operam ne quid immundum aut profanum templo Dei, hoc est animas nostrae inferatur; ne offensus sedem quam inhabitat derelinquat. Ejus mémorise et altaribus dona et munera offerantur, sed exhibeamus quoque corpora nostra hostiam viventem, sanctam, Deo placentem, rationabile obsequium nostrum : ejus denique religiosa simulacra sacraeque imagines in veneratione et cultu habeantur, sed ejus virtutum egregiam formam sanctaeque conversationis imaginera,

permettra la faiblesse de chacun, la forme éminente de ses vertus et l'image de sa sainte vie.

III. — Né dans un humble hameau du diocèse d'Acqs qu'on appelle Ranquines, de parents très pauvres, mais pieux, Vincent de Paul, dans son enfance, comme l'innocent Abel, fut pasteur de brebis, et attira sur lui et sur ses présents les regards du Seigneur. Car, vivant dans l'innocence, il offrait à Dieu, sur ses épargnes et ses privations, un agréable sacrifice de piété. En effet, il distribuait aux pauvres de la farine lorsqu'il revenait du moulin, et le pain même que ses parents lui avaient donné pour sa modique nourriture : consacrant ainsi à la vertu ce qu'il retranchait de sa subsistance, et nourrissant les pauvres de son abstinence et de son jeûne. Car l'ardente charité du pieux enfant ne trouvait pas d'obstacle dans sa pauvreté; et si, peu considérable était ce qu'il pouvait dérober à ses ressources, sa grandeur d'âme surpassait les bornes étroites de ses facultés. Ainsi, un demi-écu qu'il avait amassé peu à peu par une économie de tous les jours, par son travail et sa frugalité, il le donna tout entier à un pauvre qu'il rencontra, à

divir.a opitulante gratia, in nobis ipsis exprimere ac repraesentare, quoad cujusque nostrum imbecillitas patitur, sollicite studeamus.

Vinccntii ortus et prima charitatis initia.

ITI. — In humili pago, quem Ranquines dicunt, Aquensis diœcesis, ex pauperrimis, sed piis parentibus natus est Vincentius a Paulo, qui a pueritia tanquam innocens Abel pastor ovium fuit, et ad eum et ad munera ejus respexit Dominus. Nam in innocentia vivens, de sua parsimonia et abstinentia gratum Deo offerebat sacrificium pietatis; siquidem farinam, dum a mola rediret, et panem si bi in tenuem victum a parentibus traditum pauperibus distribuebat, impendens virtuti quod propriae subtrahebat sustentationi, ut fieret refectio pauperum abstinentia jejunantis. Ardentem enim pii adolescentuli charitatem paupertas non retardabat; licet parvum esset quod posset de sua facultate decerpere, tamen animi magnitudine census angustiam superabat. Itaque dimidium scutum, quod quotidiana parsimonia et industria frugalitate e suis laboribus minutatim collegerat, occurrenti misero totum elargitus est, ad exemplum

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l'exemple de cette pauvre veuve, qui a mérité d'être louée du Seigneur pour avoir donné, non de son abondance, mais de sa pénurie, tout ce qu'elle avait, toute sa nourriture.

IV. — Arraché par son père à la vie champêtre et pastorale, il fut envoyé à Acqs, dans le couvent des frères de Tordre de Saint-François, pour s'y appliquer aux lettres; ce qu'il fit avec tant de soin et de diligence, avec une telle intégrité de mœurs et une telle piété envers Dieu, qu'il fut l'exemple de ses égaux et l'admiration de ses maîtres. Delà, à Toulouse, puis à Saragosse, il s'appliqua avec assiduité aux études de théologie; et, chaste, humble, modeste, tel que doivent être ceux qui sont appelés à l'héritage du Seigneur, il monta par tous les ordres ecclésiastiques à la sublime dignité du sacerdoce.

V. — A peine était-il revêtu de l'honneur sacerdotal, que sa réputation déjà répandue de vertu et de doctrine le fit nommer, à son insu et en son absence, à un riche bénéfice; mais, dès qu'il apprit qu'il n'en pouvait prendre possession sans plaider, il y renonça de lui-même et de bon cœur; car, aimant mieux souffrir l'injustice et la fraude que de dispu-

illius pauperculae viduas quas a Domino meruit laudari, quia non ex eo quod abundabat illi, sed de penuria sua omnia quas habuit, misit totum victum suum.

Studiis addicitur. Sacerdos inunctus.

IV. — Ab agresti et pastoritia vita avocatus a pâtre Aquas missus est, ut in convictu fratrum ordinis sancti Francisci litteris operam daret. Id autem sedulo ac diligenter executus est, ea morum integritate et erga Deum pietatese gerens, utaequalibus exemplo, majoribusadmirationi fuerit. Hinc Tolosae, deinde Caesareas-Augustae in theologiae studiis opéra diligenter posita, castus, humilis et modestus, et quales in sortem ûomini vocatos esse decet, per omnes ecclesiasticos ordines ad sacerdotii sublimem dignitatem ascendit.

Ad praebendam nominatur : quam récusât ad Htem vitandam.

V. — Vix autem fuerat sacerdotali honore insignitus, inscius et **absens, cum fama ejus probitatis et doctrinae increbuisset, ad pin-

guem beneheii praebendam nominatus est, quam ut rescivit sine judiciali controversia se adipisci non posse, sponte ac libenter dimisit;'nam amans potius injuriam accipere et fraudem pati quam

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ter en jugement avec son frère, il voulut se priver d'un abondant revenu, qu'il ne pouvait obtenir sans un de ces procès qu'un ecclésiastique, comme il disait lui-même, doit absolument fuir.

VI. — Cependant, pour n'être pas à charge aux autres, mais pour fournir, par un honnête travail et une louable industrie, à son entretien et à celui de sa pauvre mère, il enseigna les humanités dans un bourg nommé Buzet, lieu assez considérable du diocèse de Toulouse, ensuite dans cette ville même. Et comme son principal soin et sa vigilante sollicitude étaient moins de remplir l'esprit de ses jeunes disciples d'une science seulement stérile des choses de Dieu, que de porter leurs âmes à embrasser la céleste sagesse, et de former leurs mœurs à la vertu et à la sainteté sublime de la profession chrétienne, des gentilshommes confiaient à l'envi leurs fils à ses soins, afin que, sous la conduite évangélique d'un si grand homme et à l'école de sa piété, ils s'avançassent dans la voie du Seigneur et dans la science des saints.

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