‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 24 sur 63 · AVEC QUELLE PERFECTION LOUIS ACHEVA SON NOVICIAT · texte numérisé non relu

AVEC QUELLE PERFECTION LOUIS ACHEVA SON NOVICIAT

Édifié lui-même des exemples de vertus dont il avait été témoin à la maison professe, Louis, dès son retour à Saint-André, rendit compte de son âme au maître des novices et se remit à tous les exercices ordinaires avec urne nouvelle ferveur. Il s'en acquittait avec une si grande perfection que nul ne pouvait signaler en lui la moindre défaillance. Lui-même qui, pour ainsi dire, soumettait au scalpel toutes ses pensées et tous ses actes, n'y trouvait rien à reprendre. Voici comment on le sut.

Il vint un jour proposer au maître des novices un scrupule qui l'affligeait beaucoup ; c'est qu'il avait beau s'examiner avec toute la diligence possible, il ne trouvait rien en lui qui allât au péché véniel. Il s'en troublait, craignant de s'ignorer lui-même et d'être plongé dans ces ténèbres spirituelles qu'il avait appris être un des grands dangers de l'âme. On peut juger par là quelle était la pureté de sa conscience. Et ce n'est pas merveille; Dieu le comblait de tant de grâces! L'usage qu'il avait de la mortification depuis sa première enfance lui avait fait ac-

quérir une sorte d'impassibilité qui le rendait insensible à tout ce qui est humain. On ne découvrit jamais en lui le moindre signe de colère, ou d'impatience, le moindre premier mouvement de passion. Chose d'autant plus étonnante, qu'il était d'un tempérament sanguin, d'un espit vif et plus avisé qu'on ne l'a d'ordinaire à cet âge. C'était donc bien l'effet de la grâce divine et d'une habitude acquise au prix de généreux efforts.

En tout ce qui le touchait, il se laissait toujours conduire par la raison, jamais par la passion qui égare si souvent les autres. Dans les conversations il ne se faisait pas un point d'honneur de l'emporter; il exposait simplement son avis, sans contredire ni contrister personne. Pour défendre la vérité, il se contentait d'une simple parole dite avec calme et d'un air aimable; si l'on insistait, il se désintéressait de la question.

Il avait grand soin d'étouffer en lui tout désir non seulement indifférent, mais louable, pour peu qu'il s'aperçût que son cœur en était troublé. Il jouissait ainsi d'une paix parfaite qui semblait être son état naturel.

Et ce qui l'y affermissait davantage, c'était la continuelle pensée de Dieu présenta toutes ses actions, qu'il cherchait par suite à faire le plus parfaitement possible ; c'était surtout son union intime avec Dieu entretenue par l'oraison, à laquelle il s'appliquait avec tant de zèle. Il aimait à dire que celui qui n'est pas homme d'oraison et de mortification n'arrivera jamais à la perfection; ce que d'ailleurs démontre l'expérience. « Tous les troubles, toutes les inquiétudes chez les personnes pieuses, ajoutait-il, viennent de là ». Il eût voulu le persuader à tous, estimant qu'on ne peut goûter une fois les douceurs de l'oraison, sans s'y attacher pour jamais. Au contraire, quiconque en interrompt la pratique, n'y revient guère, en aurait-il le loisir.

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