‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 30 sur 63 · DE SON ESPRIT DE PAUVRETE · texte numérisé non relu

DE SON ESPRIT DE PAUVRETE

Louis se complaisait dans la pauvreté religieuse, plus que l'avare en ses trésors. S'il la pratiquait déjà dans le siècle, au point de se mal vêtir, on peut penser quel zèle il y apporta dans la Compagnie qu'il se plaisait à appeler la vraie demeure de la sainte pauvreté.

Dès lors, il eut en horreur tout ce qui pouvait avoir quelque apparence de propriété. Nul vêtement qui ne fût à la communauté; aucun livre à son propre usage et qu'il pût emporter avec lui; ni montre, ni étui d'aucune sorte. Et quant aux objets de dévotion , il n'en possédait pas qu'il pût offrir aux autres et n'aimait point en recevoir. Jamais il ne voulut détenir reliquaire d'aucune sorte, ni chapelet de matière précieuse ou curieuse, ni tableau ou petit cadre particulier. Les images suspendues dans sa chambre lui suffisaient. C'est tout au plus s'il en conservait deux petites en papier : l'une de sainte Catherine, vierge et martyre, patronne de son entrée dans la Compagnie; l'autre de saint Thomas d'Aquin, dont il étudiait

la doctrine. Et encore avait-il fallu beaucoup d'instances et la permission des supérieurs pour les lui faire accepter. De plus, il ne voulut avoir ni dans son bréviaire au noviciat, ni dans son office de Notre-Dame au collège, aucune de ces petites images en papier dont plusieurs se servent pour remplacer les signets.

Il ne manquait pas de personnes qui, par affection pour lui, non seulement lui offraient divers objets de dévotion, mais le forçaient pour ainsi dire à les recevoir et sollicitaient ellesmêmes pour cela l'autorisation des supérieurs. Louis, autant qu'il le pouvait, refusait adroitement; si, pour ne point blesser quelqu'un, il était contraint d'accepter, il remettait aussitôt ces petits présents aux mains des supérieurs, demandait la permission de s'en dessaisir et les donnait à la première occasion.

Ne rien posséder, ne rien désirer au monde, être détaché de toute chose, voilà quel était son plus grand bonheur. Quand on lui fournissait des habits d'été ou d'hiver, il ne disait pas : ceci est trop long ou trop court, trop étroit ou trop large. Le tailleur lui demandait-il si tel vêtement lui seyait bien, il répondait d'ordinaire : « Il me semble qu'il va bien ». Il se réjouissait beaucoup d'être le plus mal partagé et quand on le laissait libre, il choisissait toujours ce qu'il y avait de pire.

Une règle de la Compagnie de Jésus ordonne à chacun de se bien persuader que des choses de la maison les plus viles lui seront données pour sa plus grande mortification et son plus grand profit spirituel. Louis interprétait cette règle ainsi : « Un pauvre qui demande l'aumône, ne s'attend pas à recevoir les meilleurs vêtements de la maison, mais les plus déchirés, les plus usés, tout ce qu'il y a de moins bon. De même,

si nous sommes de vrais pauvres, nous devons nous persuader que la maison doit toujours nous réserver les choses les plus

B.ALOYSIVS GONZAGA.

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Cezfarn-, apiid SmD. Paul!u-?i V. conixmi, a". 1607.

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mauvaises. Soyons donc assurés qu'il en sera et qu'il convient qu'il en soit ainsi ».

Il a raconté plusieurs fois à un confesseur le grand privilège

que Dieu Notre-Seigneur lui avait départi d'avoir été souvent le plus mal partagé en ces occasions. L'amour qu'il avait pour la pauvreté le lui faisait considérer comme une faveur toute spéciale.

Il se faisait si petit qu'on l'eût pris vraiment pour un pauvre mendiant recueilli par pitié; tout ce qu'on lui donnait, lui paraissait un présent de la charité. A table, s'il s'apercevait qu'un mets pouvait nuire à sa santé, il cessait d'en manger; mais, comme il n'aurait jamais voulu qu'on le remplaçât par un autre, il s'efforçait d'échapper à la vigilance de ceux qui servaient.

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