‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 36 sur 63 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

TÉMOIGNAGE DE DEUX PÈRES QUI FURENT EN RELATION AVE»' SAINT LOUIS A MILAN.

Après la mort de saint Louis, je reçus une lettre à son sujet du P. Bernardin de Médicis, de Florence, homme non moins illustre par ses vertus religieuses que par sa naissance. Il avait connu intimement Louis à Milan, où il professait la Sainte Écriture aux étudiants en théologie. Voici quelques passages de cet écrit :

« Notre bon Frère Louis me disait qu'il goûtait beaucoup la constance et la persévérance dans les petites choses, vertu à son avis fort nécessaire pour avancer dans la vie spirituelle : dès lors, en toutes ses actions, il se conformait à Tordre qu'il s'était fixé. Se laisser guider par l'impression est, disait-il, fort périlleux; la route sûre est de procéder par voie de lumière, de connaissance et de raison. Aussi s'appliquait-il à toujours agir à la lumière de la foi. Néanmoins il lui semblait ne toucher jamais au but qu'elle lui montrait, car à mesure qu'il avançait, elle lui découvrait de nouveaux horizons. 11 avait soif de souf-

frances et me disait qu'à ses yeux le signe le plus évident de sainteté, c'était de voir quelqu'un souffrir en bonne conscience, c'est-à-dire de le savoir juste et éprouvé de Dieu. Il pensait bien de tout le monde, sans approuver les défauts évidents, mais prompt à tout interpréter en bonne part, autant que possible.

« Il avertissait les autres de leurs manquements avec beaucoup de charité et de prudence, les priant de lui signaler les siens. En toute chose, il faisait preuve de ces mêmes vertus, sans se laisser aller à aucune légèreté. Aussi longtemps que j'ai eu des rapports avec lui, je n'ai pu constater dans sa conduite le moindre mouvement de passion, la moindre erreur volontaire , le plus petit manquement à la règle. Éminent en toute sorte de vertus, il n'affectait aucune singularité, ce que j'estime le plus haut degré de perfection. Voilà ce qui me revient à l'esprit à son sujet ».

Vers ce même temps, le bruit courut au collège de Milan que saint Louis avait un don d'oraison très sublime et qu'il n'était sujet à aucune distraction. Le P. Achille Gagliardi, homme docte et de grande autorité , en prit occasion de s'entretenir avec lui des choses spirituelles. Ils vinrent à parler de la voie unitive de la parfaite charité, ce que les auteurs sacrés nomment théologie mystique. Le Père découvrit alors qu'en outre des grâces signalées dont Dieu avait orné cette sainte âme, elle jouissait de plus d'une union parfaite avec Dieu et pénétrait dans ces mystérieuses profondeurs qu'enseigne le grand Denis l'Aréopagite. Cet exercice , il le connaissait et le goûtait si bien, il en avait étudié si intimement les secrets, que le Père en fut en même temps consolé et étonné, tant il voyait solidement enracinées de vertus héroïques et parfaites dans ce jeune homme entré en religion depuis quatre ans à

peine. A son jugement, il avait atteint un degré auquel des personnes avancées vent très rarement.

personnes avancées et consommées dans la vie religieuse arri

Portrait de saint Louis dans la chapelle du Collège romain.

D'ordinaire celui qui est aussi avancé dans la vie unitive semble éprouver de la peine à vivre avec le prochain, et aime à se tenir retiré sur ces hauts sommets avec le Seigneur, loin du bruit du monde. Le Père, pour éprouver Louis, lui avoua

qu'il s'étonnait de ne pas le voir se mettre en garde contre un mode d'oraison directement opposé, ce semble, à la profession que fait la Compagnie d'être en relation avec tout le monde pour travailler au salut des âmes. Or, la voie mystique et unitive éloigne de toute conversation sous quelque prétexte que ce soit et choisit uniquement la meilleure part, c'est-à-dire la voie contemplative, abandonnant aux autres la voie active. Saint Louis répondit : « S'il était prouvé qu'elle occasionnât en moi les effets dont parle votre Révérence, alors oui, je la considérerais comme suspecte et périlleuse pour moi ». Cette réponse ne fit qu'augmenter l'étonnement du Père, car il vit que, par un don remarquable et une grâce divine particulière, Louis savait unir ces deux tendances, la contemplation et l'action, sans que l'une nuisît à l'autre. Il était donc arrivé à ce suprême degré de l'union avec Dieu par l'amour et la conformité avec la volonté divine, où l'âme éprise de Dieu, découvrant le zèle qu'il a du salut des âmes, se sent poussée à quitter les hauteurs de la contemplation pour venir au secours du prochain.

Depuis lors, le Père allait racontant à tous les merveilles qu'il avait découvertes en Louis, et il en a témoigné dans divers écrits sous la foi du serment.

LILIVM IN

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