‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 37 sur 63 · LOUIS CONNAIT PAR RÉVÉLATION SA MORT PROCHAINE. IL EST APPELÉ A HOME · texte numérisé non relu

LOUIS CONNAIT PAR RÉVÉLATION SA MORT PROCHAINE. IL EST APPELÉ A HOME

Orné de tant de vertus, Louis était depuis longtemps un fruit mûr pour le ciel. La sainte vie qu'il avait menée jusqu'alors parmi les hommes, l'avait rendu digne d'aller vivre parmi les bienheureux. Le Seigneur lui donna quelque indice qu'il ne tarderait pas à l'appeler à lui, pour lui donner la récompense qu'il s'était acquise en si peu d'années par le soin qu'il avait eu de les rendre bien pleines. Il était encore à Milan lorsqu'un jour, un an environ avant son heureuse mort, comme il faisait le matin son oraison et se trouvait élevé à une haute contemplation, le Seigneur, par une lumière intérieure, lui fit connaître que le terme était proche, et que le temps qui lui restait à vivre devait être fort court. Il lui dit en outre de le servir pendant cette année avec plus de ferveur et avec un détachement plus parfait de toutes choses, et de s'appliquer avec plus de soin que par le passé à la pratique de toutes les vertus, soit intérieures, soit extérieures. Cette révéla-

is

tion produisit en lui un si grand changement, qu'il se sentit encore plus détaché qu'auparavant de toutes les choses de ce monde. D'abord il n'en fit part à personne; mais peu de temps après son retour à Rome, il raconta au P. Vincent Bruno et à quelques autres, la grâce que Dieu lui avait faite. Il poursuivit avec le même zèle ses études théologiques, sans pouvoir toutefois y apporter le même goût qu'auparavant, car il se sentait continuellement poussé à reporter vers Dieu toutes les ardeurs de son cœur.

Il souhaitait quitter Milan et retourner à Rome, où il avait pris les premières leçons de la vie religieuse, et où il avait tant d'amis spirituels ; mais de crainte de blesser en rien la vertu d'indifférence et pour s'abandonner à la libre disposition de ses supérieurs , il ne fit rien connaître de son désir. Cependant le Seigneur voulut qu'il vint consoler ses frères, qui 1<' réclamaient au Collège romain. Le Père Général, voyant que Louis avait terminé les affaires pour lesquelles il était allé à Milan, que l'hiver ne faisait plus sentir ses rigueurs; presse d'ailleurs par le P. Rosignoli, recteur du Collège romain, qui souhaitait le retour de Louis pour le bien spirituel de sa nombreuse jeunesse, se détermina à le faire revenir à Rome. J'eus ordre de lui en donner la première nouvelle. Ma lettre lui fit un plaisir si sensible, qu'il en eut du scrupule. Il pria le P. Médicis de lui dire une messe pour demander à Dieu qu'il ne fût pas exaucé dans son désir, si le Seigneur en devait être plus glorifié. Peu de temps après, il reçut du Père Général même l'ordre de revenir.

" Parmi plusieurs lettres affectueuses qu'il écrivit alors, il m'en adressa une dans laquelle il s'exprimait ainsi : « Il me serait, je crois, bien difficile de vous dire la consolation que m'a eau-

sée mon rappel au Collège romain, tant je désire y revoir no- Pères et nos Frères. En attendant que je puisse, comme je l'espère en Notre-Seigneur, jouir de votre présence et de celle de tant cl amis que je retrouverai avec plus de joie que jamais, je vous prie de me rappeler particulièrement à leur souvenir, me recommandant du reste de tout cœur à tout le Collège romain ». Il écrivait aussi au P. Gaspar Alperes, son compagnon de noviciat : « A la nouvelle de mon retour, j'ai été d'autant plus heureux que, si nous avons une patrie ici-bas, je n'en connais pas d'autre que Rome, où j'ai été enfanté en Jésus-Christ ».

Ce fut donc au commencement de mai, l'an 1590, qu'il se mit en route avec le P. Grégoire Mastrilli et quelques autres Pères. Il garda pendant ce voyage la même règle que dans les précédents. Il retirait de cette conduite autant de consolation que ses compagnons de voyage en recevaient d'édification . C'est en vain qu'ils cherchaient à le distraire un peu de ses continuelles méditations, le voyant la plupart du temps garder le silence, tout absorbé en Dieu.

On éprouvait alors une grande disette. On ne voyait dans les routes, et en particulier dans les montagnes qui séparent la Toscane de la Lombardie, que de pauvres mendiants. Un des Pères voyageurs dit à ce sujet à Louis : « Mon cher Frère, que nous sommes redevables au Seigneur de ce que nous ne sommes pas nés comme ces pauvres ! » A quoi Louis répondit sur-le-champ : « Notre reconnaissance doit être bien plus grande de n'être pas venus au monde parmi les Turcs ». Louis estimait que ses compagnons de voyage avaient pour lui trop d'égards; il assura même à l'un d'eux qu'il aimerait bien mieux être avec des personnes qui n'auraient pour lui aucune considération.

A Sienne, il souhaita de communier dans la chambre de sainte Catherine; il alla y servir la messe à un des Pères avec qui il était venu de Florence, et il communia avec les sentiments de la plus tendre dévotion. On le pria au collège de faire un discours de piété aux jeunes congréganistes de la Sainte- Vierge. Ayant accepté cette mission , il se retira dans une tribune pour faire oraison devant le saint Sacrement. C'est là qu'il prépara sans rien lire son discours; ensuite il se retira à sa chambre pour écrire brièvement ce qu'il avait médité. Il parla avec tant d'onction et d'efficacité à ces jeunes gens, qui d'ailleurs connaissaient parfaitement la haute naissance de celui qui les prêchait, qu'il fit naître chez plusieurs d'entre eux le désir de renoncer au monde et de se faire religieux. On fut même obligé de distribuer différentes copies de ce discours à ceux qui en grand nombre le demandaient avec instance. Un prédicateur de la Compagnie de Jésus conserva par dévotion l'original de ce discours, écrit de la main de Louis.

Après le dîner, Louis et ses compagnons partirent de Sienne; mais le lendemain matin, tandis qu'ils étaient à l'hôtellerie délia Paglia, le fleuve, subitement grossi par un orage, se divisa en plusieurs courants, dont les premiers furent traversés, non sans un extrême danger. Comme on arrivait au bord du plus large et du plus profond, Louis, se retournant vers le P. Mastrilli : « Père, lui dit-il, ne passons pas ». De fait, ceux qui, plus courageux que prudents, risquèrent l'aventure, faillirent se noyer. Mais Louis, qui, toujours en prière, se recommandait à Dieu avec ses compagnons, vit, à la portée d'un trait d'arbalète, un jeune pêcheur qui allait délibérément d'une rive à l'autre. « Voilà le gué », s'écria-t-il. A ces mots, tous accoururent et trouvèrent un passage si facile qu'ils en furent stu-

péfaits. Les quarante voyageurs cherchèrent en vain des yeux le mystérieux inconnu : il avait disparu. « Je crois bien, dit le P. Mastrilli, en achevant ce récit, que ce fut Fange gardien du bon Louis qui nous montra, ou plutôt nous traça ce chemin ».

Enfin Ton arriva à Rome. Ce fut avec beaucoup de joie que les Pères et les Frères du Collège romain le virent au milieu d'eux. Ils ne pouvaient se lasser de le regarder, de lui parler et de goûter les fruits de sa très sainte conversation (1).

(1) « Quand Louis et moi fîmes ensemble le voyage de Milan à Rome, raconte le P. Grégoire Mastrilli dans sa déposition juridique, à peine arrivions-nous à l'hôtellerie, qu'il se réfugiait dans la ruelle du lit et se mettait en oraison. J'ai remarqué que partout on cèle brait sa sainteté, ses vertus, ses mœurs angéliques. Chacun, le montrant du doigt, s'écriait avec admiration : Voyez-vous ce jeune saint! Et moi-même, en vérité, j'admirais plus que personne sa haute perfection, le trouvant constamment absorbé en Dieu et insensible aux choses du monde...

« S'il désirait retourner à Rome, ce n'était dans l'intérêt ni de ses éludes ni de s» santé, mais pour se mettre au service des malades de l'infirmerie, pour y soigner en particulier le P. Corbinelli qui était fort âgé et un autre vieillard, le P. Pierre Parra, espagnol. privé de l'usage de ses mains. De fait, Louis lui rendit toute sorte de bons offices, lui coupant son pain, lui mettant les aliments à la bouche avec grande charité. Il s'occupait depréférence de ceux qui se montraient plus exigeants et moins patients. Il dressait la table des convalescents, lavait la vaisselle et portait les potions aux malades ».

CONSUMMATUS IN BREVI

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