DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS
Le Seigneur ne tarda pas à exaucer les désirs de Louis. Les supérieurs, voyant que plusieurs de ceux qui servaient dans les hôpitaux tombaient malades, lui défendirent d'y aller davantage; mais il fit tant d'instances pour y retourner, qu'on y consentit. On eut seulement soin de lui assigner l'hôpital de la Consolation, où, pour l'ordinaire, on ne recevait point de malade contagieux. Malgré ces précautions, presque au même temps, Louis fut atteint du même mal que ses compagnons. Il se mit au lit le 3 mars 1591, persuadé dès cette première attaque que cette maladie serait pour lui la dernière. On vit sur son visage et clans tout son extérieur briller une allégresse extraordinaire. Ceux à qui il avait confié la révélation qu'il avait eue à Milan ne doutèrent pas, en voyant sa grande satisfaction, que le temps de sa mort, qu'il avait tant souhaité, ne fût arrivé. Il devait en être ainsi.
Ce grand désir que Louis avait de mourir lui donna quelque scrupule; il craignait qu'il n'y eût quelque imperfection.
Pour s'en éclaircir, il proposa ce doute au P. Bellarmin , son confesseur. Ce Père, Payant assuré que le désir de mourir pour s'unir à Dieu n'était point un mal, surtout quand il était accompagné d'une sincère résignation à la volonté divine, et que plusieurs saints l'avaient éprouvé, Louis soupira avec plus d'ardeur encore après la vie éternelle. Le mal, une fièvre pestilentielle, croyait-on, fit tant de progrès, qu'au septième jour, il se trouva à l'extrémité. Alors il demanda avec beaucoup d'instance à se confesser. Il reçut ensuite le saint viatique et l'extrême-onction des mains du Père recteur et répondit à toutes les prières avec de grands sentiments de dévotion. Tous les assistants fondaient, en larmes : ils regrettaient la perte d'un Frère si saint et qui leur était si cher.
Tant que Louis avait joui d'une certaine santé, il avait pratiqué tant de pénitences et de mortifications, qu'il semblait par là notablement abréger ses jours. Plusieurs Pères de ses amis lui avaient fait quelquefois des reproches à ce sujet, et lui avaient dit qu'au moment de la mort il en aurait les mêmes scrupules qu'avait eus saint Bernard. Louis, pour ne laisser à personne aucun doute là-dessus, après avoir reçu le saint viatique, la tête parfaitement saine, sa chambre pleine de Pères et de Frères, pria le P. Recteur de leur déclarer à tous qu'il ne se sentait aucun scrupule des pénitences et des mortifications qu'il avait pratiquées; qu'au contraire, il regrettait de n'avoir pas fait en ce genre plusieurs choses qu'il aurait pu faire, et que les supérieurs lui auraient accordées ; d'ailleurs qu'il n'avait jamais agi, en tout cela, suivant sa propre volonté, mais toujours avec l'agrément de l'obéissance. Il ajouta encore qu'il ne croyait pas avoir à se reprocher aucune transgression des règles ; ce qu'il déclarait afin que personne ne fût scandalisé, si toutefois on
l'avait vu ne pas suivre le train de la communauté et faire plus
Saint Louis reçoit, l'extrême-onction. (Tableau de Zoboli.)
ou moins que les autres. Ces paroles émurent encore davantage tous les assistants.
Louis, voyant entrer dans son infirmerie le P. Carminata,
provincial, lui demanda la permission de prendre la discipline; le Père lui répondit qu'il n'était pas en état de faire cette mortification, à cause de sa faiblesse. « Quelqu'un du moins, reprit le malade, pourrait me rendre ce service et m'en donner de la tête aux pieds ». Le provincial lui dit encore que cela ne se pouvait pas , parce qu'il y aurait danger que celui qui le frapperait n'encourût l'irrégularité. Ne pouvant rien obtenir de ce côté-là, il demanda avec instance qu'au moins on le laissai mourir par terre, ce qui lui ayant été pareillement refusé, il se soumit à ce que l'obéissance décidait. On croyait qu'il mourrait ce septième jour de sa maladie, jour auquel il finissait sa vingt-deuxième année ; mais le Seigneur permit que son mal diminuât et que sa maladie tirât en longueur, afin qu'avant de mourir Louis donnât en souffrant plus d'édification et plus d'exemples de vertus.
Cependant, le bruit s'étant répandu à Castiglione que Louis était mort, la marquise, sa mère, et son frère lui firent faire un service solennel. Peu de temps après ils apprirent qu'il vivait encore; cette nouvelle fit tant de plaisir à son frère, le marquis Rodolphe , qu'en la recevant il brisa une chaîne d'or qu'il portait au cou , et la distribua aux personnes qui se trouvaient alors avec lui.