‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 42 sur 63 · CE QUE LOUIS ÉCRIVIT A LA MARQUISE SA MÈRE · texte numérisé non relu

CE QUE LOUIS ÉCRIVIT A LA MARQUISE SA MÈRE

Quand Louis fut revenu du grand danger où il s'était trouvé au commencement de sa maladie, il écrivit deux lettres à la marquise, sa mère. Dans la première, après l'avoir consolée et exhortée à la patience clans les adversités, il ajoutait ces paroles :

« Il y a un mois que je fus sur le point de recevoir de Dieu i Notre-Seigneur la plus précieuse des grâces, celle, comme je l'espérais, de mourir dans son amour : j'avais reçu le saint viatique et l'extrême-onction. Mais la maladie s'est changée en fièvre lente. Les médecins ne savent pas quand elle finira; ils sont tous occupés à me faire des remèdes pour rétablir ma santé corporelle, et moi, je prends plaisir à me persuader que Dieu Notre-Seigneur veut me donner une santé bien plus précieuse que celle que les médecins travaillent à me procurer.

« Ainsi je vis content, et j'espère que dans quelques mois il ' plaira à Dieu Notre-Seigneur de m'appeler de cette terre des morts à celle des vivants, de la compagnie des hommes à celle

des anges et des saints du ciel; enfin de la vue des choses terrestres et périssables à la vision et à la contemplation de Dieu, le souverain bien. En cela vous pourrez trouver des motifs de consolation, puisque vous m'aimez et que vous souhaitez mon plus grand avantage. Je vous supplie de prier pour moi, afin que, pendant le peu de temps que j'ai à naviguer en ce monde, le Seigneur daigne, par l'intercession de son Fils unique et de sa sainte Mère, noyer dans la mer Rouge de sa très sainte Passion toutes mes iniquités, pour que, libre de mes ennemis, je puisse arriver à la terre de promission, voir Dieu et jouir de lui ».

La seconde lettre fut écrite peu avant sa mort, quand il eut appris par révélation le temps précis auquel il quitterait la terre pour le ciel. Voici comment il consolait la marquise :

« Madame et très vénérée mère en Jésus-Christ. Pax Christi.

« Que la grâce et la consolation de l'Esprit-Saint soient toujours avec vous.

« Votre lettre m'a trouvé encore vivant dans cette région des morts, mais prêt à partir pour aller à jamais louer Dieu dans la terre des vivants. Je croyais avoir à cette heure déjà fait le pas; mais la violence de la fièvre, comme je l'ai déjà dit, ayant un peu diminué, je suis heureusement parvenu jusqu'au jour de l'Ascension. Depuis ce temps, un rhume a fait redoubler la fièvre; de sorte que je vais peu à peu au-devant des doux et chers embrassements du Père céleste, dans le sein duquel j'espère pouvoir me reposer en sûreté et pour toujours. Et ainsi s'accordent les diverses nouvelles données à mon sujet, comme je l'écris encore au seigneur marquis (1). Or, si la charité,

(1) Son frère Rodolphe.

comme dit saint Paul, fait pleurer avec ceux qui pleurent, et se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, votre consolation sera donc bien grande, Madame ma mère, pour la grâce que le Seigneur vous aura faite en ma personne, me conduisant au vrai bonheur, et m'assurant contre tout danger de le perdre. Je vous avoue que je m'abîme et me perds dans la considération de la bonté divine, mer immense, sans rivage et sans fond. Cette divine bonté m'appelle à un repos éternel après de bien courtes et bien légères fatigues. Elle m'invite du haut du ciel à ce souverain bonheur que j'ai cherché si négligemment. Elle me promet la récompense du peu de larmes que j'ai versées. Voyez donc à ne point faire injure à cette infinie bonté; ce qui arriverait sûrement si vous veniez à pleurer comme mort celui qui va vivre en la présence de Dieu, et qui vous servira plus par ses prières qu'il le ne fait ici-bas.

« Notre séparation ne sera pas longue, nous nous reverrons au ciel, et, unis ensemble pour ne plus nous séparer, nous jouirons de notre Rédempteur, nous le louerons de toutes nos forces, et chanterons éternellement ses infinies miséricordes. Je ne doute pas que, méprisant tout ce qu'inspirent la chair et le sang, nous ne donnions aisément accès à la Foi et à cette pure et simple obéissance que nous devons à Dieu, lui offrant librement et promptement ce qui lui appartient, et d'autant plus volontiers que ce qu'il prend nous est plus cher ; tenant pour certain que' tout ce qu'il fait est bien fait, puisqu'en nous enlevant ce qu'il nous avait donné, c'est pour le mettre en lieu sûr et nous rendre ce que tous nous désirons davantage.

« Je vous écris tout cela uniquement par le désir que j'ai t que vous, Madame ma mère, et toute la famille receviez ma mort comme une grande faveur. Que votre bénédiction mater-

nelle m'accompagne et me dirige dans le passage de la mer de ce monde, et me fasse arriver heureusement au port de mes désirs et de mes espérances. Je vous écris avec d'autant plus de plaisir, qu'il ne me restait plus d'autres preuves à vous donner de mon amour et du profond respect que je vous dois.

« Je finis en vous demandant de nouveau humblement votre bénédiction.

« De Rome, le 10 juin 1591 « De votn Jésus-Christ.

« De votre illustrissime Seigneurie le très obéissant fils en

« Louis de Gonza^ue ».

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