CHAPITRE II
d'une vision qu'eut sainte .marie-madeleine de pazzi touchant saint uouis de gonzague.
En l'année 1590, le P.. Virgile Cepari était, à Florence, recteur du collège de la Compagnie et confesseur extraordinaire du monastère de Sainte-Marie-des-Anges, où vivait sainte Marie- Madeleine de Pazzi. Confiant à cette dernière un manuscrit de la Vie de notre saint, il la pria de le communiquer aux autres sœurs pour leur édification. Comme il le dit lui-même, ces notes avaient été prises par lui du vivant même de Louis. En même temps il faisait don à la sainte d'une précieuse relique; c'était l'os d'un des doigts du Bienheureux.
La lecture de ces pages excita chez toutes les sœurs un sentiment d'ardente piété ; mais elle alluma en même temps dans leurs cœurs un vif désir d'avoir part à la relique. Or, le 4 avril de l'année suivante, la bienheureuse mère, entourée de dix religieuses, s'occupait, pour les consoler, à diviser en fragments ce reste vénéré. Et considérant en elle-même de quelle belle âme celui-ci avait été l'instrument, elle fut tout à coup ravie en esprit
et put contempler la gloire de saint Louis. Alors elle commença,
Vision de sainte Madeleine de Tazzi.
comme dans tant d'autres visions célestes , à dire tout haut par intervalles ce qu'elle voyait. Depuis quelque temps déjà les religieuses ne notaient plus ces visions, tant elles étaient fré-
quentes. Mais cette fois la mère prieure, sœur Vangelista del Giocondo, poussée, comme elle l'attesta depuis, par un mouvement intérieur, pensa que ces choses pourraient un jour témoigner de la sainteté de Louis. Elle ordonna donc d'écrire les paroles de la sainte. « Et moi, a déclaré dans les enquêtes sœur Maria Pac'ifica del Tovaglia présente à l'extase, j'écrivis les paroles qu'elle proférait, à mesure qu'elles sortaient de sa bouche ». Toutefois, en envoyant une copie au P. Cepari, elle ajouta que ce n'était qu'une petite partie de ce que la sainte avait révélé en ses ravissements. Le 15 avril 1G01, M^r Alexandre de Médicis, archevêque de Florence, présenta cet écrit à la sainte , afin qu'elle attestât par serment la vérité de ce qu'il contenait. Alors elle jura avoir vraiment eu cette vision telle quelle y était racontée. Cet acte coûta tellement à sa modestie, que son confesseur ordinaire lui dit pour la consoler un peu : « Dieu l'a permis pour faire briller davantage dans son Église la gloire de son serviteur ».
Or voici quelques-unes des paroles que la sainte prononçait durant son extase : « Ah! quelle est la gloire de Louis, jeune fils d'Ignace ! — En aurais-je eu l'idée , si vous ne me l'aviez montrée, ô Jésus! — Peut-il y avoir, pour ainsi dire, plus de gloire au ciel que je vois Louis en posséder? — J'affirme que Louis est un grand saint. Je voudrais parcourir tout l'univers pour le proclamer à la plus grande gloire de Dieu. Qui pourra dire le mérite et le prix de la vie intérieure ! Nulle comparaison avec les actes extérieurs. Louis sur la terre aspirait continuellement après le Verbe de Dieu : de là sa grande gloire! — Louis est un martyr inconnu ; car celui qui vous aime, ô mon Dieu, vous voit si grand , si parfaitement aimable que c'est un cruel tourment de ne pas vous aimer comme il désire et de voir qu'on
vous offense au lieu de vous aimer. D'ailleurs ne s'est-il pasfail martyr lui-même par la pénitence? Oh ! comme il aima sur la terre ! Voilà pourquoi maintenant au ciel il jouit de Dieu dans la plénitude de l'amour. Ici-bas, ses actes d'amour et d'union étaient autant de tlèches lancées vers le cœur du Verbe divin; aujourd'hui il se repose dans cette union intime avec Dieu : il l'a méritée: il l'a conquise et la possède».
Elle voyait alors le jeune saint priant au ciel pour ceux qui avaient aidé son àme durant sa vie mortelle, et elle ajoutait : « Moi aussi je veux m'ingénierà aider les âmes, atin que si quelqu'une entre en paradis, elle prie pour moi , comme Louis prie pour ceux qui lui ont fait du bien. Amen! »
Dieu voulut que la sainte fournît un témoignage sensible de ce qu'elle avait vu ; il lui inspira de faire elle-même le portrait de saint Louis. Ayant reproduit son image du mieux qu'elle pouvait, elle n'hésita pas à entourer sa tète de rayons, ainsi qu'il lui était apparu, resplendissant de gloire.