‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 48 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES MIRACLES OPÉRÉS PAR SAINT LOUIS EN FAVEUR DE SA FAMILLE ET DANS LES LIEUX QUI LUI ÉTAIENT CHERS.

Louis fut un grand thaumaturge. « La sainteté de cet ange de la terre, dit le tribunal de la Rote dans le procès de canonisation, s'est manifestée avec éclat dans le monde entier par de glorieux miracles ». Rappelons d'abord quelques-uns de ceux qu'il fit en faveur des siens.

En 1593, deux ans après la mort du Bienheureux, le marquis Rodolphe, son frère, mourut à son tour à Castel Guiffredo. Les habitants de cette ville, qui depuis peu avaient passé sous l'autorité de ce prince, s'étant révoltés, la sainte marquise mère, donna Marta, en conçut tant de douleur qu'elle tomba malade -et fut réduite en peu de jours à l'extrémité. Déjà elle avait reçu le saint viatique et l'extrême-onction, quand elle vit, pleinement éveillée, son fils, le bienheureux Louis, tout brillant de lumière et comme revêtu d'immortalité, lui apparaître debout près de son lit. A son aspect elle se sentit revivre; elle qui, dans l'oppression de son mal, ne pouvait pas même pleurer, se

mit à verser de douces larmes en contemplant la gloire de son cher fils, remplie de l'espoir, non seulement de recouvrer la santé, mais de voir se relever la fortune de ses enfants. Le Bienheureux disparut, et contre l'attente de tous, sa mère guérit aussitôt et vécut encore vingt ans. Bientôt le prince François, héritier du marquisat, rétablit honorablement les affaires de sa maison et fut revêtu des plus hautes charges dans les plus illustres cours de l'Europe. Ainsi le premier miracle de Louis fut un acte de piété filiale envers sa mère.

Cette protection céleste accompagna don François de Gonzague, le frère préféré; et ce prince, de son côté, fut le promoteur infatigable de la canonisation de Louis. Ambassadeur de l'Empereur auprès du Saint-Siège, il eut la joie d'entendre le pape Clément VIII lui dire avec une vive émotion : « Heureux votre frère qui jouit au ciel de la gloire éternelle des Saints ! Quant à vous, mon cher fils, je me suis demandé souvent comment vous aviez échappé à de si grands périls. Mais je le vois, c'est lui qui vous a sauvé, c'est lui qui a rétabli la paix dans votre maison. Vous avez au ciel un protecteur fidèle qui vous préservera de tout dommage ».

Le duc Vincent de Mantoue, surpris à Florence, en 160.J, d'un violent accès de goutte, n'eut pas plutôt appliqué à la partie malade une relique de son bienheureux cousin, qu'il fut délivré de son mal. Plusieurs fois, à Mantoue, il usa du même remède avec le même succès.

La même année, le 10 octobre, le marquis Sigismond Mikouski-Gonzague, grand maréchal de Pologne, passant par le château de Budroas en Bohême, fut assailli d'atroces douleurs: il éprouvait déjà les spasmes de la mort, quand, se recommandant au bienheureux Louis, il se mit à presser sur sa poitrine

son image avec un abrégé manuscrit de sa Vie qu'il portait avec lui. Toute douleur cessa aussitôt, et ce seigneur fit suspendre au tombeau du Saint une belle lampe d'argent, en témoignage de cette guérison miraculeuse.

Même chose arriva, en 1608, pour donna Cinzia de Gonzague, nièce de Louis et supérieure du célèbre monastère de Castigiione. « A peine l'image m'eût-elle touchée, déposait-elle au procès de canonisation, que, chose merveilleuse, les douleurs me quittèrent; je m'endormis et fus complètement délivrée ».

La dame Camilla Ferrari, qui avait connu Louis dans sa première enfance, était réduite à la dernière extrémité. Elle eut recours à sa protection et lui promit par vœu une statuette d'argent. « Or, déclare le tribunal de la Rote qui reconnut la vérité du miracle, à l'instant même, la maladie disparut avec la fièvre, et la mourante recouvra la santé ». Ainsi guérie d'un mal qui la tourmentait depuis longtemps, cette dame recourut à deux reprises encore au Bienheureux avec le même succès, une fois pour sauver son jeune fils, désespéré des médecins, puis en faveur de sa petite fille, élève du monastère dont nous venons de parler.

Clément Ghisoni, l'ancien camérier de Louis, devenu majordome du prince François, obtint du Saint une grâce signalée tandis qu'il était à Rome, à la suite de son maître, ambassadeur de l'Empereur. C'était en 1606. Il venait de régler ses comptes et trouvait une erreur de 600 écus. Quelque diligence qu'il fit trois semaines durant, il ne put se rappeler l'emploi de cette somme considérable. Le pauvre majordome était aussi confus que désolé; ne sachant plus que faire, il tombe à genoux, recourt à son bienheureux patron, le prie de lui venir en aide dans son angoisse. Il lui demande en grâce de se souvenir de la fi-

délité et de l'amour que le serviteur a eus jadis pour son jeune maître et de l'en récompenser à propos. Cela fait, il se lève et entend une voix bien connue qui lui dit clairement : « Va voir le livre de l'économe et tu trouveras ce qui te manque ». Clément , tout joyeux, court chez l'économe et trouve écrit sur le livre : le 3 octobre, 600 écus pour les dépenses de la cour. En mémoire de ce bienfait, le bon Ghisoni voulut suspendre un ex-voto au tombeau du saint patron.

Louis au ciel s'intéressa non seulement aux personnes (qui lui étaient le plus étroitement unies, mais aux lieux mêmes qu'il avait sanctifiés par sa présence, surtout à Castiglione, sa patrie , et à Florence qu'il appelait le berceau de sa dévotion.

L'archiprètre Fausto Pastorio, délégué de la Sacrée Congrégation des Rites, en 1606, pour constater sous forme authentique les miracles opérés par le jeune saint à Castiglione, affirmait que « ceux qui viennent prier devant son image reçoivent une infinité de grâces de toute sorte ». De plus, il notait que devant les reliques de Louis brûlaient toujours douze lampes et qu'il avait compté jusqu'à quatre cents ex-voto.

Entre autres preuves de sa particulière protection envers ses anciens vassaux , on remarque les faveurs dont il se plut à combler les petits enfants. L'un d'eux tombe dans le feu et en est retiré sain et sauf, parce que sa mère s'est écriée : « Bienheureux Louis, au secours ! au secours ! » Un autre est guéri de la petite vérole pour avoir été oint avec l'huile de la lampe qui brûlait devant l'autel du Saint et pour avoir été béni avec sa relique ; un troisième, déjà moribond, revient à la vie au simple contact d'un fragment de ses saints ossements. Telle fut la reconnaissance de ces heureuses familles que le chef de l'une d'elles, le docteur

Antoine Marini, voulut revêtir quelque temps son jeune fils de l'habit de la Compagnie de Jésus.

Quant à Florence, l'archevêque de cette ville relevait, en 1753, cinquante-huit miracles obtenus par l'intercession de saint Louis. L'un des plus notables est celui qui fut fait, en 1607, en faveur de donna Julia de Nobili, femme du sénateur Paul Vinta, premier auditeur et secrétaire du grand-duc Ferdinand de Toscane. Presque mourante, cette pieuse dame se fit porter, le jeudi-saint, à l'église de la Compagnie où elle se trouva si mal que le recteur du collège dut lui donner l'absolution. Elle ne s'en prosterna pas moins devant l'image de saint Louis et lui dit : « 0 saint et chaste enfant, qui, à Tautel de YAnnunziata avez offert à Dieu votre lis virginal, intercédez pour moi auprès de Jésus et de sa Mère et rendez -moi la vie pour leur gloire et la vôtre ». Trois fois elle répéta la même prière; puis il lui sembla, disait-elle ensuite, que des liens se dénouaient et la laissaient libre et affranchie de toutes ses douleurs.

Elle se leva, entendit tout le reste de la grand'messe à genoux, y communia et, l'office terminé, raconta publiquement cette merveille; puis elle retourna chez elle à pied, le cœur plein de reconnaissance et de joie.

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Vincent duc de Mantoue (cabinet des médailles).

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