FAVEURS ACCORDÉES PAR SAINT LOUIS A SES JEUNES FRÈRES EN RELIGION
Elles sont innombrables. Jean Giustiniani, parent du cardinal de ce nom, étudiait au Collège romain, quand une grave maladie le réduisit à un tel état qu'on le disposa à recevoir les derniers sacrements. Mais le jeune Frère, plein de confiance en son ami du ciel, prit en main ses reliques et lit avec elles sur lui le signe de la croix, promettant de visiter chaque jour pendant un an le tombeau du bienheureux. A l'heure même il fut si complètement guéri qu'il put commencer à s'acquitter de son vœu. Un autre « scolastique », le Frère Louis Potenziani, dut à la même intercession, implorée par le même moyen, d'être sauvé de la peste qui désola l'Italie en 1656. Enfin, pour abréger ces détails qui seraient infinis, racontons le miracle qui eut lieu à Palerme en 1635.
Joseph Spinelli, jeune religieux de 22 ans, étudiait la philosophie au collège de cette ville, quand un jour, en pleine classe, il tomba sans connaissance. La paralysie s'empara de tous ses
membres qui restaient insensibles aux ponctions du fer chaud. Il perdit l'usage de la parole et l'oppression dont il souffrait menaçait de l'étouffer à tout instant. Mais au plus fort de son mal, Joseph, plein de confiance en saint Louis, pria par écrit qu'on lui donnât de ses reliques. A leur vue, le mourant fit vœu, s'il guérissait, de jeûner toute sa vie la veille de la fête du Bienheureux, et ne cessa jour et nuit de l'invoquer avec ferveur. Or un soir il s'endormit continuant sa prière. Durant le sommeil, il lui sembla entendre quelqu'un l'appeler tout haut : « Joseph! Joseph! » Et lui, d'une voix inarticulée répondit : « Qui donc m'appelle? » Étonné , celui qui veillait le malade accourut pour savoir s'il lui manquait quelque chose. Il demanda par écrit son confesseur, voulant se mieux préparer à la grâce dont il ne doutait plus. Trois jours après, comme il reposait, la nuit, il sentit qu'on lui prenait la main, et se tournant vers le chevet du lit, il vit deux jeunes religieux de la Compagnie, revêtus du surplis, qu'il crut être le bienheureux Louis et Jean Berchmans, mort peu d'années auparavant en grande réputation de sainteté. Et Louis dit : « Que voulez-vous, Joseph ? » Il répondit : « Je voudrais pouvoir parler et marcher ». — Pourquoi plutôt ne désirez- vous pas mourir? — Dieu est le maître; qu'il fasse suivant son bon plaisir ». .Alors Louis : « Courage, vous allez recouvrer la parole; pour le reste, le moment n'est pas venu ». La vision disparut. Il semblait au malade qu'il parlait et qu'il entonnait le Te Deum. Néanmoins, une fois éveillé, il se sentit encore muet.
Il réclama de nouveau avec tant d'instances les reliques du saint, que le recteur du collège les lui apporta le lendemain soir, accompagné de quelques Pères tenant des cierges. Et voici que le Frère, s'étant endormi peu après, vit encore Louis de Gon-
zague et Jean Berchmans. « Joseph, dit le premier, Dieu va vous rendre l'usage de la parole; sachez que c'est à ma prière; mais Notre-Seigneur entend que vous consacriez votre langue à sa louange et que vous n'en abusiez jamais. Ne vous effrayez plus d'aucune épreuve : je serai votre guide ». Alors, ouvrant une burette d'argent qu'il avait en main, le saint y plongea le doigt, fit une onction sur la langue du malade et disparut avec son compagnon. Joseph s'éveille et aussitôt crie à haute voix : « Saint Louis! Saint Louis! » mêlant ce nom béni à des actions de grâces et à des prières.
Le bruit s'en répand dans tout le collège, et à la fin de l'oraison du matin, on accourt de toute part. On constate le prodige, on s'en réjouit en remerciant Dieu, et les prêtres vont dire la messe votive du Bienheureux.
Pour abréger, après une seconde apparition semblable, la paralysie disparut à son tour. « Allons, cher Joseph, avait dit Louis, vous voilà guéri. Il ne reste plus que de vous adonner à la vertu ». Et il avait ajouté en souriant : « Voulez-vous quelque chose encore? — Mon salut, et le salut de celui qui me veille, et de l'infirmier et de tous ceux qui se sont recommandés âmes prières. — Voilà qui est bien; vous serez exaucé; mais songez à correspondre de tout cœur à cette grâce ». Ce disant, il lui donna sa main à baiser et disparut.
« 0 mon Louis, mon cher Louis, criait le malade; je suis guéri, je suis guéri! » Il s'élance de son lit, tombe à genoux devant la statue et les reliques du saint et demeure toute une heure ainsi, rendant grâces pour un si grand bienfait.
Joseph Spinelli ne fut pas ingrat. Peu d'années après, il demandait et obtenait la mission des Indes et se dépensait tout entier au service des nouveaux chrétiens des Philippines. Un semblable
prodige s'opéra en l'année 1765, au noviciat de Saint-André du Quirinal, en faveur du Frère Louis Celestini qui y étudiait la rhétorique. Subitement guéri d'une maladie mortelle, ce jeune religieux témoigna sa reconnaissance en se faisant le zélé propagateur du culte du Sacré-Cœur de Jésus, ainsi que son aimable patron le lui avait recommandé.