‹ La vie de Saint Louis de GonzagueChapitre 50 sur 63 · LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DU SEIGNEUR WOLFGANG · texte numérisé non relu

LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DU SEIGNEUR WOLFGANG

Wolfgang d'Asch appartenait à une des plus anciennes familles de Bavière, au territoire de Landshutt. Fort jeune encore, il vint à Munich pour y étudier les belles-lettres, quand tout à coup la maladie interrompit ses études. Au mois de décembre 1617, il perdit presque entièrement la vue, et tous les remèdes, ceux même de la célèbre Faculté d'Augsbourg où il se fit porter, restèrent inutiles. C'était le cas de recourir à de plus puissants et de plus habiles médecins.

L'année suivante, le jour de l'Annonciation, le malade se fit conduire à l'autel de Notre-Dame et la supplia, au nom de son cher Fils, de le prendre sous sa protection. Dès lors, il fut plein de joie et d'espérance. Les hommes de l'art n'en continuaient pas moins à le tourmenter, toujours en vain, quand, peu de jours après, vers dix heures du soir, Wolfgang eut une vision. Quatre bienheureux habitants du ciel lui apparurent, Ignace, Xavier, Louis et Stanislas, tels qu'on les voyait représentés dans l'église de Munich; mais le malade, craignant quelque illusion,

n'en tint pas grand compte. Sur ces entrefaites, un jeune condisciple de Wolfgang vint d'Italie à Munich et raconta à leur commun maître, le P. Georges Spaiger, les merveilles opérées, surtout en Tyrol, non seulement par les reliques de saint Louis, mais même par l'huile de la lampe allumée devant son image. Il en avait une fiole sur lui, disait-il, très petite, mais suffisant à guérir bien des maux et qu'il estimait plus que l'or.

Le professeur, tout joyeux, courut porter à Wolfgang cette bonne nouvelle; mais celui-ci ne connaissait guère, de Louis, que son nom et son image. Il fallut donc que le Père lui dît la famille du saint, sa vocation, ses vertus. Il achevait à peine que le malade, plein de tendresse pour son nouveau patron, assurait déjà qu'il n'avait plus besoin d'autre médecin. Impatient d'user du céleste remède, il voulut cependant s'y préparer par la confession et la communion. Puis, ayant oint ses paupières de l'huile miraculeuse, il passa le reste du jour dans une douce tranquillité. A la troisième onction, à peine l'huile avait-elle touché les paupières que le jeune homme éprouva d'intolérables douleurs, criant comme si on lui arrachait les yeux. Tout à coup, ô prodige! il se lève, voit distinctement tout ce qui l'entoure, ouvrant des yeux avides de lumière, lui qui naguère cheminait péniblement en palpant les murs. Les médecins s'avouèrent vaincus et signèrent en commun un procès-verbal déposé au collège de la Compagnie de Jésus à Ingolstadt.

Ce ne fut pas le seul bienfait dont Wolfgang fut redevable à son puissant protecteur. De violents maux de tête, accompagnant la cécité, lui avaient enlevé la mémoire. Il avait beau lire et relire sa leçon de classe ; les prières communes elles-mêmes lui échappaient. Un jour qu'il était à Ingolstadt, dans la chapelle du collège, ses yeux se portèrent sur un portrait de

saint Louis et en même temps la persuasion lui vint qu'il pouvait demander ce qu'il voudrait et qu'il serait exaucé. Il pria le saint de lui rendre la mémoire. L'événement prouva que sa prière avait été entendue. A peine sorti, voulant faire une expérience, il lut bon nombre de vers qu'il récita sans faute à son maître étonné. Il en fut de même pour plusieurs poèmes en l'honneur de saint Louis. Bien plus, il apprit par cœur, sans effort, tout l'ouvrage du P. Virgile Cepari et plusieurs années après il n'en avait rien oublié.

Dès qu'il eut la libre disposition de sa fortune, Wolfgang voulut témoigner magnifiquement sa reconnaissance. Il fit construire deux chapelles, l'une à Ingolstadt, l'autre à Landshutt; plaça dans la première une statue d'argent et fit richement décorer la seconde. A trois reprises il entreprit le pèlerinage de Rome pour visiter le tombeau de saint Louis.

Il avait vingt-deux ans quand il se mit pour la première fois en route. Il allait à pied autant que possible, mais montait cependant à cheval quand il y était contraint par la fatigue. Aucun domestique ne l'accompagnait. Il ne put empêcher que d'autres voyageurs ne cheminassent avec lui et il en rencontra dont la société n'était pas pour lui plaire. Ce fut une fois une bande de luthériens, parmi lesquels se trouvait un aventurier armé d'une pique, lequel, quoiqu'allant à pied, tenait tête à Wolfgang. Cet homme ne cessait de proférer des blasphèmes et des paroles ordurières, au point que le pieux pèlerin crut devoir lui imposer silence. Ce fut en vain, et il n'eut d'autre ressource que d'exciter sa monture pour échapper à si mauvaise compagnie. Mais l'aventurier saute en croupe, le saisit à bras le corps et lui crie des horreurs aux oreilles. Wolfgang se tourne alors vers son céleste protecteur; il invoque saint Louis, et

à peine achevait-il sa courte prière, que le misérable tombait comme frappé de la foudre et si malencontreusement, qu'il s'enfonçait sa pique dans le corps. Ses compagnons l'entourent, lui font comprendre qu'il a ce qu'il mérite et le transportent sanglant dans une hôtellerie où on l'abandonna. Cela arriva dans les Alpes tridentines, au mois d'août.

Descendu en Italie, Wolfgang se dirigeait vers Ferrare et de là vers Bologne, sans guide, sans personne qui fit route avec lui, quand il se trouva perdu dans une vaste plaine. A la pensée qu'il ne connaissait pas son chemin, qu'il ignorait la langue du pays, il fut saisi d'une vive appréhension. Le lieu était solitaire et il approchait d'un bois. Pour s'assurer contre tout malheur, il fit alors le vœu de consacrer tout l'argent qu'il aurait disponible à faire fondre une statue de son bienaimé patron et à lui élever encore un beau sanctuaire. Il crut alors sentir la présence d'un ami invisible qui l'exhortait à la confiance. Mais peu après, six brigands s'élancent de la forêt, assaillent le jeune homme sans armes, le menacent de mort s'il fait un mouvement, s'emparent de son cheval et de ses bardes et lui lient étroitement les mains. Lui, qui n'avait plus de libre que la voix, se met à crier : « Bienheureux Louis, m'abandonnerez-vous? » Aussitôt il entend qu'on lui répond : « Non, non, tu n'es pas abandonné ». Wolfgang, qui pleurait, voit alors près de lui un voyageur à l'air imposant qui lui sourit, le console; puis s'adressant aux voleurs étonnés : « N'êtes-vous pas chrétiens? » Ce simple mot produisit trop d'effet pour avoir été prononcé par un homme mortel. Apeinj les brigands l'eurent-ils entendu, qu'ils prirent la fuite et s'enfoncèrent dans les bois. Alors l'inconnu encourage le pèlerin, l'assurant qu'il n'aurait plus rien à craindre. Mais celui-ci,

après l'avoir remercié, le pria d'être son guide jusqu'à Rome et lui remit sa bourse. Le mystérieux compagnon consentit à lui rendre ce service. Plus Wolfgang pensait à cet événement, plus il était convaincu que ce défenseur survenu si à point n'était pas de la terre. Ce protecteur bienveillant lui fit chanter en route des cantiques en l'honneur de saint Louis, prit de lui un soin paternel, subvenant lui-même à toutes les dépenses. Quand on entra dans Rome, le nouveau Raphaël conduisit son compagnon droit au tombeau de saint Louis et de là au Collège germanique, le salua aimablement, comme quelqu'un qui va revenir, et disparut pour toujours.

Il y avait quatre ans que Wolfgang était revenu de son pèlerinage, quand un terrible orage se déchaîna sur l'Allemagne où les Suédois mettaient tout à feu et à sang. L'ennemi était maître de Landshutt. Un jour que Wolfgang sortait de l'église, il apprend que, pour sauver la ville du pillage, on doit livrer des otages aux vainqueurs et que son nom, parmi plusieurs autres , a été désigné par le sort. Le voilà donc traîné à Augsbourg, inhumainement traité et jeté en prison.

Il y souffrit de telles misères qu'il tomba dangereusement malade. Son état fut bientôt désespéré, et le geôlier croyait n'avoir bientôt affaire qu'à un cadavre. Ce fut à ce moment que Louis lui apparut, debout près de son grabat et semblant l'asperger d'une eau odorante. Le mourant eut alors la pensée de faire encore vœu de retourner à Rome en pèlerinage. De ce moment, il alla mieux et entra bientôt en convalescence.

Tout ce récit est emprunté aux Acta Sanctorum des Bollandistes qui reproduisent ' intégralement le petit ouvrage du P. Biderman, professeur à Ingolstadt, dans lequel les faits

sont minutieusement relatés (1). D'ailleurs Wolfgang luimême, devenu prêtre et chanoine de Landshutt, en a confirmé la vérité par serment : « Moi, Wolfgang d' Ascii en Oberndorff, conseiller des princes-évêques de Frisingue et de Ratisbonne, chanoine de Landshutt, après avoir célébré la sainte messe, devant Dieu, toute la Cour céleste et la sainte Église, déclare et jure que, non seulement tous ces faits sont vrais, mais que je pourrais énumérer encore maintes faveurs de Dieu et de Louis, que j'ai cru bon de passer sous silence.

« C'est ce que je confirme ici par ma signature et le sceau de mes armes ».

(1) Le charmant petit livre du P. Jacques Biderman, d'une élégante latinité, a pour titre : Aloysius, sive Dci opilimi maximi bénéficia meritis precibusque B. Aloysii Gonza- </ae impetrata, et adolescenti viroque nobili Wolfgaago ab et in Asch collata, anno MDCXVIII, XXII et XXXV. Publié à Munich en 1740, il est dédié à l'impératrice Éléonore et porte l'approbation du princc-évêque de Frisinsue.

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