COMMENT LOUIS, RAPPELÉ A MANTOUE , PRIT LA RÉSOLUTION
d'embrasser l'état ecclésiastique.
Il y avait deux ans que Louis était à Florence, lorsque] son père, ayant été fait gouverneur de Montferrat par le sérénissime duc de Mantoue, voulut que ses deux fils vinssent à la cour de ce prince. Louis, avec l'assentiment du grand duc de Toscane, partit au mois de novembre 1579; il avait alors onze ans et huit mois.
Il continua de mener la même vie qu'à Florence, et de plus il prit une importante résolution : ce fut de laisser à son frère Rodolphe le marquisat de Castiglione dont il avait, comme aîné, reçu l'investiture de l'empereur.
Il avait déjà fait vœu de virginité ; mais une maladie dont il fut alors attaqué, lui fournit l'occasion de rompre les derniers liens qui le retenaient encore au monde. Pour obéir aux médecins qui pensaient combattre ainsi le mal, il s'astreignit à une diète si rigoureuse, que c'est merveille qu'il n'en soit pas mort. S'il lui arrivait, ce qui était rare, de manger un œuf entier, il estimait avoir fait un bon repas. Or, il persévéra dans ce
jeûne austère, non seulement durant l'hiver qu'il passa à Mantoue, mais encore pendant tout l'été à Castigiione, contre l'avis des médecins et de tous les autres, non par raison de santé, comme on le croyait, mais par esprit de dévotion. C'est ce qu'il avouais plus tard lui-même en confession au P. Jérôme Piatti.
Guillaume de Mantoue. (Cabinet des Estampes, à Paris.)
Si un pareil traitement le délivra de son infirmité, il fut, d'autre part, très nuisible à son estomac qui s'affaiblit au point de ne pouvoir recevoir ou retenir aucune nourriture. L'embonpoint dont il jouissait fit place à une maigreur excessive et, maigre son heureuse complexion, il tomba dans une extrême langueur. Mais il retira pour son âme un avantage inappréciable à ses yeux, c'est que son état lui servit d'excuse pour éviter les amusements auxquels, sans cela, sa position à la cour l'aurait con-
damné. Il ne sortait guère que pour visiter quelque église ou pour s'entretenir de choses spirituelles avec des religieux. S'il se rendait chez son oncle, Prosperde Gonzague,il entrait aussitôt dans la chapelle pour y faire oraison, puis il entretenait ce seigneur et d'autres personnes de la maison des choses de Dieu avec tant d'ardeur et d'élévation, que tous ceux qui l'écoutaient en étaient dans l'admiration et le tenaient pour un saint (1).
Il passait le reste du temps, retiré dans son logis, à lire les vies des saints écrites par Surius, à quoi il prenait grand plaisir. Ou bien il s'occupait à réciter l'office divin ou d'autres prières. Et il fit de tels progrès dans la piété, que, dégoûté de toute relation mondaine, de plus en plus ami de la solitude, il se détermina à céder son marquisat à Rodolphe et à prendre les saints ordres, non pas pour obtenir des dignités ecclésiastiques, car il refusa constamment toutes celles qui lui furent offertes, mais uniquement pour vaquer plus librement au service de Dieu.
Cette résolution prise, il pressa le marquis son père de le rappeler de la cour, afin de s'appliquer plus commodément à l'étude, mais sans lui rien dire encore de ses projets (2).
(1) « .Te me souviens, dit son fidèle serviteur Ghisoni, que, par ordre du marquis Ferdinand, Louis vint de Florence à Mantoue où il habita six mois le palais qu'on nomme palais de Vabbè de Gonzague. Là, il ne s'occupait que de Dieu, fuyant les jeux, les comédies et les autres divertissements de la cour... Si quelqu'un d'entre nouslui faisait observerqu'il était prince et seigneur, il répondait : Mieux vaut servir Dieu que de régner sur toute la terre. C'est ce que j'ai plusieurs fois entendu de sa bouche, et dès lors je mettais cet enfant au nombre des saints. » (Procès de canonisation.)
(2) « Quand il revint de Mantoue à Castiglione, amaigri par la diète et le jeûne, ses parents s'indignèrent d'abord contre son .gouverneur qui s'excusa sur ce que l'enfant refusait obstinément de manger. Et il fallut bien convenir qu'il avait raison ; car, sous les yeux même de son père et de sa mère, Louis continua les mêmes mortifications. » (Procès de canonisation.)